Communication ou Excommunication ?

Le buzz médiatique y est allé bon train le 31 août dernier lorsque les Grandes Conférences Liégeoises, pourtant coutumières de sujets polémiques depuis 15 ans, ont osé braver l’interdit et inviter Didier Raoult en novembre prochain, pour une conférence sur l’interférence de la politique et des lobbies financiers et pharmaceutiques avec la science et la médecine. Tout le monde s’est ému d’un tel acte blasphématoire, contraire à la doxa établie par l’inquisition médicale française dès le printemps dernier et soutenue internationalement par un ensemble hétéroclite et indéfinissable d’intérêts divers.

Le sujet, surtout si c’est celui par lequel il est né qui en parle, est devenu tabou. D’innombrables intervenants sur les réseaux sociaux ont donné leur opinion, pour ou contre, parfaitement non-éclairée, sur un sujet qui a quitté le domaine de la science et de la médecine pour entrer dans celui du droit d’expression, et atteindre des sommets dans l’ultracrépidarianisme généralisé.

Étrange histoire… Pourtant, l’article original ne manquait pas de prudence dans son titre même : « Hydroxychloroquine and azithromycin as a treatment of COVID-19: results of an open-label non-randomized clinical trial ». De l’aveu-même des auteurs, il s’agit bien d’un essai clinique ouvert non randomisé. Certes, l’étude était frappée d’emblée d’une faute méthodologique liée au trop faible nombre de patients et à l’arrêt volontaire de l’expérience par un nombre significatif de patients, mais elle avait le mérite d’attirer l’attention sur une piste potentielle de traitement au moment même où on en avait le plus besoin.

D. Raoult face à ces attaques virulentes, de véritables anathèmes, a utilisé des médias populaires, notamment de nombreuses vidéos sur YouTube, auto-promotrices et condescendantes, voire agressives, ce qui n’a pu qu’enflammer le débat et le sortir complètement de la communauté médicale où il était désormais proscrit, pour l’amener au niveau des discussions de comptoir de bistrot. Tout ceci a conduit, en s’éloignant de la rigueur scientifique, à une sorte de rivalité de clubs de football, dont les fondements médicaux ont pratiquement disparu.

Le débat scientifique lui-même a cessé d’en être un lorsque deux articles niant énergiquement l’effet bénéfique de l’hydroxychloroquine (HCQ, un médicament très utilisé pour combattre la polyarthrite rhumatoïde et le lupus érythémateux disséminé) et publiés dans deux des « meilleurs » journaux médicaux mondiaux, The Lancet et le New England Journal of Medicine, ont été rétractés par leurs auteurs pour fraude manifeste. Tout, dans ces articles, était faux et forgé de toutes pièces. Le sacro-saint examen par les pairs (Peer Review) a failli lamentablement et c’est l’Open Peer Review, c’est-à-dire la lecture en Open Access, qui a permis de déceler la forfaiture.

Curieusement, c’est dans un total silence médiatique (que je sache) qu’un article sur une étude belge rétrospective portant sur plus de 8.000 patients de COVID-19 hospitalisés était publié le 24 août 2020, montrant qu’un traitement court et à faible dose par l’HCQ réduisait (de 27% à 17%) le taux de décès dans le groupe traité.

Passé inaperçu donc, l’article. Et pourtant, un communiqué de Sciensano, d’habitude prompt à déclencher le buzz sur le sujet de la COVID-19, est paru le 26 août, mais lui aussi, dans l’indifférence générale. On a ici affaire à une étude portant sur un nombre statistiquement significatif de patients et l’information vaut de circuler. Elle sort également du tabou la question de l’HCQ et justifie que la parole soit accordée à quelqu’un qui, bien que controversé, est par ailleurs un excellent virologue.

J’en terminerai par ceci: les Grandes Conférences Liégeoises ne sont pas l’ULiège. Elles ont un comité de programmation indépendant qui ne rend aucun compte à personne. Elles ne sont ni subventionnées ni hébergées par l’Université, même si, il a 15 ans, celle-ci s’est impliquée dans leur lancement et si, aujourd’hui encore, plusieurs universitaires ou anciens, comme le recteur honoraire Arthur Bodson ou moi-même, siègent à leur CA. Elles ont un impératif de rentabilité certes, mais elles veillent à couvrir des sujets souvent « chauds » et contestés. C’est leur essence même. Au fil des années, elles ont suscité, par leur programmation, de nombreux tollés, non pas tant auprès de leur public nombreux et fidèle, qu’auprès de personnes, souvent universitaires, qui s’arrogent un rôle de censeur et voudraient pouvoir décider qui il est bon d’inviter et qui ne peut pas l’être. Dans ce cas, ils n’hésitent pas à en faire état à leur recteur et à lui demander d’intervenir…

Une invitation aux Grandes Conférences Liégeoises n’est pas l’octroi par l’Université d’un doctorat honoris causa. Ça n’a rien à voir et il ne faut pas tout confondre. Pour nous, la politique de la muselière ou du bâillon n’a jamais eu que l’effet inverse de celui qu’elle vise.

[PS: ceci ne se veut pas une promotion de la conférence, toutes les places ont été réservées dès le jour de l’annonce.]

Pour une sérologie complète et efficace

Enfin, voici une synthèse sérieuse des progrès accomplis en matière d’immunité au SARS-CoV-2.
Et malgré tout, nous ne disposons toujours pas de données sérologiques, parent pauvre de l’information pourtant essentielle sur la progression de l’épidémie. La non-validation des tests rapides n’y est pas pour rien.
Et le mythe anxiogène de la contagiosité des séropositifs est en train de s’écrouler.

En résumé :

  1. Il faut une semaine après infection pour produire une réponse immunitaire humorale (anticorps) mesurable.
  2. Il est normal que, sans nouvelle rencontre avec le virus, les anticorps circulants diminuent et disparaissent même après 6 semaines. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter, ce n’est pas un phénomène spécifique à ce virus contre lequel on « perdrait » son immunité, c’est absolument normal et connu depuis plus d’un siècle: une deuxième rencontre suscite une réponse secondaire, plus forte et plus rapide. Et maintenant c’est bien démontré avec le SARS-CoV-2, lui aussi.
  3. Le raffinement des tests sérologiques permet de conclure à la capacité ou non de neutralisation du virus par les anticorps produits et mesurés. Ce sont donc des outils à mettre en œuvre et valider d’urgence. La présence d’anticorps neutralisants (anti-RBD) est corrélée à la protection de l’individu et très probablement à sa non-contagiosité.
  4. Une « immunité croisée » existe bien chez des personnes qui ont été infectées précédemment par un autre coronavirus. Il en existe beaucoup et ils sont responsables de rhumes et d’affections respiratoires légères. La réponse immunitaire développée alors se réveille en réponse secondaire reconnaissant, au moins partiellement ce virus-ci, un « cousin » en quelque sorte, et cela peut expliquer pourquoi beaucoup de personnes échappent à l’épidémie où font une infection à bas bruit, qui passe inaperçue. Doser leurs anticorps présente donc un grand intérêt.
  5. Il y aurait apparemment dix fois plus de séropositifs que de PCR-positifs dans la population. D’où l’absolue nécessité d’autoriser, de promouvoir et de systématiser les tests sérologiques. Rapidement.

https://jamanetwork.com/journals/jama/fullarticle/2770758
Journal of the American Medical Association, 12/09/2020

Un non-événement

On va croire que j’ai des comptes à régler avec Sciensano, l’indispensable service public belge en charge de la surveillance épidémiologique de la pandémie de COVID-19 et de l’information à en donner au public. J’assure qu’il n’en est rien mais cela ne m’empêche pas d’avoir une grande difficulté avec leur communication vulgarisée et en particulier l’usage des statistiques. Il ne faut d’ailleurs pas être un statisticien hors-pair pour ressentir ce malaise.

Dans leur dernière conférence de presse, ce vendredi 4 septembre, ils annoncent que “sur les 65.000 voyageurs revenus de zone rouge, 66% ont fait un test à leur retour en Belgique, et 2% d’entre eux étaient positifs.

En soi, pas de surprise: le taux de positivité chez l’ensemble des personnes testées en Belgique est actuellement de… 2,07% !

Par conséquent, si on ne peut mettre en doute l’affirmation qui suit, “Ça veut dire que 20% du total des cas diagnostiqués en août, en Belgique, revenaient donc de l’étranger, elle nous laisse tirer une conclusion fausse qui serait qu’une contamination sur 5 a lieu à l’étranger, en zone rouge. En effet, comme le taux de positivité de ces 43.000 personnes testées est le même que celui de la population testée ne revenant pas (du moins, on le suppose) d’une zone rouge, on ne peut conclure qu’une seule chose:

au mois d’août, 20% des tests réalisés en Belgique l’ont été sur des personnes revenant de zones rouges.

C’est évidemment moins sensationnel et, pour tout dire, sans intérêt.

2020 ou la crise du bon sens

En cette année 2020, un tout petit parasite a trouvé un créneau et s’est autorisé à se répandre à la surface du globe. Il a beaucoup perturbé l’espèce humaine qui régnait en maître sur la planète, ou qui pensait le faire. Il l’a tellement secouée, ébranlée dans ses convictions obtuses, que rien ou presque rien, dans l’activité humaine de plus de 7 milliards d’individus n’a échappé à la secousse. On écrira un jour des volumes sur tous ces effets.

Ce qui surprend le plus certains observateurs, davantage que les dégâts que ce virus provoque dans les poumons, les vaisseaux sanguins et parfois le système nerveux de ceux qu’il infecte, ce sont les ravages qu’il est capable d’infliger à bon nombre de ceux chez qui il n’a pas (encore) pénétré. Et chez ceux-là, qui sont pourtant PCR-négatifs et séronégatifs, il a néanmoins un effet dévastateur à distance sur leur centre du bon sens, que les neuro-anatomistes n’ont pas encore bien localisé.

L’altération de cet organe entraîne une pathologie complexe du bon sens, la bonsensite, qui se caractérise par une inaptitude soudaine à se plier aux règles de la statistique et à la compréhension de principes physiques, biologiques et microbiologiques de base, mais elle se manifeste également par une perte de la faculté de percevoir les contradictions, les incohérences, les aberrations et les propositions irréalistes dans l’élaboration des principes de gestion d’une pandémie. Les risques liés à cette pathologie pourraient entraîner des conséquences bien plus graves que la pandémie elle-même.

Les études épidémiologiques en Open Access (les autres sont hors de prix) montrent une certaine corrélation, en début d’épidémie, entre l’augmentation du nombre de cas et les accès de bonsensite chez les non-contaminés. Toutefois, la corrélation s’est perdue dès lors que le niveau de « nouveaux cas » est devenu très bas: la bonsensite a alors connu un pic de recrudescence très important, une « deuxième vague » en quelque sorte, plus importante que la première, et de nombreuses variétés de la maladie sont apparues.

Je me contenterai de quelques exemples.

  • L’incapacité à comprendre qu’un chiffre doit toujours être rapporté au total de sa catégorie. L’information « +1 » ne veut rien dire en soi: c’est très différent si c’est « +1 sur 2 » ou « +1 sur 1000 ». Comme la perte de l’odorat et du goût chez les infectés, cet effet est heureusement réversible, mais les séquelles collatérales sont nombreuses, en particulier chez les membres des rédactions de presse.
  • Le refus d’envisager la nécessité de ranger la population dans des catégories homogènes avant de rapporter des chiffres, seul moyen de savoir de quoi on parle quand on évoque les contaminations et les contaminés.
  • L’effacement de la mémoire d’un principe absolu des études statistiques en épidémiologie, principe qui exige de réaliser les études d’incidence sur base d’un échantillonnage au hasard et représentatif.
  • L’incompréhension manifeste des notions d’unités par mètre cube. L’injonction de limiter à 200 personnes le public d’une salle (un progrès: jusqu’ici, c’était 100) sans tenir compte de la capacité effective de la salle, amène à remplir une salle de 200 mais d’être au dixième de la capacité dans une salle de 2.000… Cet effet est d’ailleurs encore plus marqué quand on remarque que le nombre de places est lié à la surface au sol alors que l’air respirable est lié au volume. La différence entre les deux est donc encore plus importante. On se serait donc attendu à une norme correspondant à une jauge proportionnelle qui serait une fraction de la jauge maximum (et, encore mieux, une proportion croissante selon les dimensions de la salle pour tenir compte du volume).
  • Une grande difficulté à saisir la différence, en termes de port de masques, entre une digue de mer sous le vent du large (où on doit en porter un) et une terrasse de restaurant le long de celle-ci, abritée (où on ne doit pas).
  • L’invention des bulles de contacts sociaux à géométrie variable. Là, je reconnais, il s’agit de l’effet très localisé d’un variant belge de la bonsensite. La réduction de la mobilité transfrontalière doit certainement freiner sa propagation vers les pays voisins, toujours épargnés à l’heure actuelle.
  • Une forte atteinte du sens de l’équilibre. En particulier celui qui doit commencer à s’installer entre la perception du risque viral d’une part et celle des désastres sociologiques, économiques, culturels, éducatifs et j’en passe, d’autre part. Cette obsession d’en sacrifier mille pour en protéger un semble être un signe spécifique de la bonsensite.
  • Enfin – mais ce n’est sans doute pas tout car on pourrait découvrir d’autres effets nocifs – on notera l’apparition précoce de l’obstination à ne consulter que des experts scientifiques et à systématiquement oublier de donner la parole aux victimes, non pas du virus, mais des conséquences des mesures prises pour l’éviter. Il doit s’agir d’une atteinte sévère du cortex visuel car les dégâts des mesures crèvent dès à présent les yeux.

On le voit, les effets, regroupés sous le vocable de bonsensite, révèlent des pathologies très diverses. Ceci a conduit les facultés de Médecine à affiner les définitions. On distingue donc aujourd’hui une bonsensite aiguë sujette à des rechutes fréquentes (une par mois environ) et une bonsensite chronique à l’issue indéterminée, une bonsensite de type I affectant les 5 sens et une bonsensite de type II dévastant la capacité de raisonnement logique. Comme la pathogénie des bonsensites reste mystérieuse (la relation avec le SARS-CoV-2 étant indirecte et probablement non-spécifique), l’espoir de la mise au point d’un vaccin anti-bonsensite est très faible. Et celui d’une immunité de masse reste problématique, aucune protection naturelle ne semblant exister. Seule, à long terme, une éducation scolaire adaptée pourrait permettre, dans les générations futures, de combattre la bonsensite en cultivant le bon sens dès le plus jeune âge.

Enfin, bonne nouvelle, il faut fort heureusement signaler que, comme une autre pathologie, le ridicule, avec laquelle elle entretient un cousinage et souvent des relations de cause à effet, la bonsensite ne tue pas.

Pas si vite…

Nous parlons depuis quelque temps de taux de positivité des tests de la COVID-19. On est bien d’accord, je pense, depuis quelques jours, que c’est une notion importante pour relativiser les choses. Si on a 500 «nouveaux cas», c’est à dire nouveaux tests positifs, il est utile de savoir si c’est sur 1.000 tests effectués ou sur 20.000… en effet, dans ces deux situations, le taux de positivité est de 50% ou de 2,5%, respectivement. Ce n’est pas anodin. Il me semble qu’en outre, c’est criant de bon sens. C’est une notion dont nous disposons enfin et j’en suis ravi. Elle permet de comparer, par exemple, deux villes, deux provinces, deux pays et de rapporter le nombre de positifs au nombre de tests réalisés. Si on teste beaucoup ou peu, ça change la perspective du simple nombre absolu, sans référence.

Mais il ne faut pas non plus vouloir faire dire à ce ratio ce qu’il ne peut pas dire. Dans le cas qui nous occupe, j’entends déjà certains dire que le taux de positivité représenterait l’incidence, voire même la prévalence de la COVID-19 en Belgique. C’est terriblement abusif.

En réalité, pour mesurer l’incidence d’un agent infectieux dans une population, donc la proportion de nouveaux cas, il faut utiliser un échantillon représentatif, c’est à dire tiré au hasard dans cette population.

Si un échantillon est formé sur base d’autres critères que le hasard et quel que soit l’intérêt de ces autres critères et leur bien fondé, l’échantillon sera biaisé et non-représentatif. Par conséquent, il ne pourra pas être utilisé pour constituer une évaluation fidèle de l’incidence dans la population.

Aujourd’hui, en Belgique, on ne teste pas au hasard mais selon d’autres critères, tels que la présence de symptômes, la suspicion de contamination, la fonction de personnel soignant, le retour de ou les départ en vacances, etc. Ces choix, aussi justifiés soient-ils, biaisent les échantillons et ne permettent pas l’extrapolation à la population tout entière. En outre, les choix opérés au printemps 2020 ne sont pas les mêmes qu’en été. Nous ne sommes donc pas dans un contexte méthodologique homogène.

Pour suivre scientifiquement l’évolution de l’épidémie en Belgique, il faudrait constituer périodiquement des échantillons représentatifs (au hasard donc) de la population, de l’ordre de 2.000 (avec la technique des «pooled samples», c’est très faisable) et les tester, en plus et indépendamment des autres tests. Le pourcentage de positifs pourrait alors être utilisé pour estimer le pourcentage de nouvelles infections et permettrait enfin de suivre sérieusement l’évolution de l’épidémie.

[Merci à Christian Gravet pour la discussion sur cette mise au point.]

Qui peut m’expliquer ?

Ca devient déboussolant.

On nous annonce que “les recommandations de testing pour les enfants de maternelle (moins de 6 ans) ont été modifiées samedi par l’institut de Santé publique Sciensano, pour correspondre désormais à ce qui valait jusqu’ici pour les tout-petits (moins de 3 ans). Selon la procédure mise à jour, il ne suffit plus qu’un enfant de moins de 6 ans montre des symptômes de la Covid-19 pour qu’on recommande de lui faire passer un test de dépistage”.

D’habitude, certains m’accusent d’être trop imprudent et d’encourager les gens à relâcher la vigilance (ce qui est faux). Mais pour le coup, me voici du côté des plus prudents, parce que, pour moi, on ne doit pas lésiner avec le testing, d’autant plus que les tests sur salive sont en train d’apparaître.

À mon humble avis, si un enfant, à l’école maternelle, présente des signes de COVID-19, donc est symptomatique, il doit être testé, même s’il n’est pas dans un état qui exige de l’hospitaliser et même si personne, dans son foyer, n’est consciemment fragile.
Ou alors je ne comprends plus rien à la prévention. Ni à la politique de testing pour laquelle tout le monde s’accorde à dire qu’elle doit être aussi large et massive que possible.

Le document de Sciensano n’est guère plus explicite (ici, en français, moins complet. Il s’agit du règlement pour les enfants jusque 3 ans, dont on annonce l’extension jusqu’à 6 ans).

J’ai dû manquer quelque chose, c’est très possible, mais je n’ai vu, dans la littérature scientifique, aucune communication sur la base de laquelle une telle décision pourrait être prise. Toutes indiquent qu’on n’a pas encore suffisamment de données pour se prononcer, ce qui devrait inciter à la prudence… Quelqu’un peut m’aider ?

L’inverse n’est pas vrai

L’absurdité (à mes yeux en tout cas) se prolonge dans la décision de fermer toute une classe (et tout le monde part en quarantaine) si c’est l’instituteur/trice qui est testé/é positif/ve… Quelqu’un comprend ?

À faible risque de quoi, exactement?

Enfin, on confond allègrement ici “être à faible risque d’infection” et “être à faible risque de devenir malade”.
A moins qu’un scoop médical ait échappé à mon attention, nous en sommes toujours à l’idée qu’un enfant peut être infecté, porteur, potentiellement contaminant, et demeurer asymptomatique. Par ailleurs, lorsqu’il est symptomatique, il tousse, éternue et propage le virus, sauf si on apporte les preuves scientifiques du contraire. Connaître cette réalité peut s’avérer extrêmement important. En tout cas dans un contexte où on impose, sans doute à juste titre, des mesures contraignantes à tout le monde… Quelqu’un comprend ?

Qu’on trouve judicieux de ne pas tester tous les enfants, je le comprends, mais la décision de ne plus tester les 0-6 ans symptomatiques est formidablement contradictoire par rapport aux autres mesures en vigueur. Je n’entends pas de réaction des spécialistes… Il y a quelqu’un ?

Entendons-nous bien. Je ne suis pas en train de m’opposer à cette étrange décision, je cherche seulement à me faire expliquer pourquoi je déraille.


Petite précision: c n’est pas Sciensano qui prend de telles décisions, c’est le RAG. Sciensano les diffuse. “En cas de menace pour la santé publique, les autorités sanitaires prennent des mesures en vue de réduire autant que possible le risque pour la population belge. Le Risk Assessment Group (RAG) analyse le risque pour la population sur la base de données épidémiologiques et scientifiques.”

Bien, mais peut mieux faire…

On progresse, lentement mais sûrement.

1) Tout d’abord les chiffres bruts manquaient. D’autres et moi-même les avons réclamés. Ils sont devenus disponibles. 👍🏻

2) Dans le cadre des calculs effectués sur ces chiffres, celui qui accompagne le nombre brut de «nouveaux cas», hospitalisations ou décès, c’est le pourcentage d’augmentation par rapport à la veille. Il s’agit du calcul de la dérivée première qui conduit à représenter une accélération ou une décélération de la vitesse avec laquelle le nombre varie. Cette présentation génère des pourcentages d’accroissement énormes, particulièrement spectaculaires avec les petits nombres et donc trompeurs pour les non-spécialistes. Repris récemment systématiquement en rouge sur les graphiques publiés par le service public Sciensano (cf. ci-dessous), ce calcul, certes utile pour monitorer l’évolution des chiffres, devrait céder la priorité à un pourcentage rapporté à l’augmentation en cours. Malgré les arguments souvent développés, rien n’a encore changé, la formule avec l’effet le plus anxiogène est toujours utilisée et est relayée par la presse. 👎🏻

On voit ici que cette représentation (rouge) donne une allure catastrophique à une courbe (verte) peu inquiétante. Trop peu ?

3) Ensuite, le combat s’est porté sur l’obtention du nombre de tests effectués, donnée indispensable pour pouvoir connaître le taux de positivité des tests de détection, en d’autres termes, le pourcentage de tests positifs par rapport au nombre de tests effectués. Il a fallu longtemps mais c’est finalement devenu disponible la semaine dernière. 👍🏻

On constate le haut taux de positivité de mars-avril, lorsqu’on effectuait peu de tests et qu’ils étaient plutôt destinés aux malades. Actuellement le taux est stabilisé à environ 3% (en moyenne, par jour: 600/20.000)

Toutefois, ces données et ce calcul manquent encore dans la répartition par province et par commune. 👎🏻

4) Considérer des tests de détection moléculaires (PCR + antigène) positifs chez une même personne comme deux “nouveaux cas” est évidemment abusif. Cela gonfle artificiellement le nombre de cas si on assimile « cas positifs » à « tests positifs » et, maintenant, cela pourrait contribuer au dépassement du fameux seuil de 50 “cas” pour 100.000, seuil au delà duquel on devient une zone orange et qui, à Bruxelles par exemple, a entraîné l’obligation du port du masque en toutes circonstances, y compris dans les parcs ! 👎🏻

5) Aujourd’hui, sur 9.916 décès attribués au virus durant toute l’épidémie, on ignore jusqu’au sexe et à l’âge de 2.670 d’entre eux, soit 27% ! Plus de 1 sur 4 ! Cela jette un sérieux doute sur la précision du diagnostic du décès et donc de sa qualification en décès COVID. Et pourrait avoir largement contribué à accorder à la Belgique un rang extrêmement élevé du taux de mortalité sur le plan international. (Sciensano peut, je pense, être exonéré de cette responsabilité-là mais c’est tout le système qui n’est manifestement pas au point!) 👎🏻

En outre, de nombreux éléments épidémiologiques manquent encore dans les rapports quotidiens (ils devraient pouvoir être réintroduits rétrospectivement dans la mesure du possible): 👎🏻

1) la répartition, parmi les nouvelles détections du virus, des statuts cliniques (asymptomatiques, symptomatiques légers, graves, hospitalisés, aux soins intensifs, sous assistance respiratoire) au moment du test. Selon Sciensano le 14 juillet dernier, les asymptomatiques constituaient 75% des positifs.

2) la répartition du taux de positivité (nombre de positifs/nombre de tests effectués) par province et par commune.

3) la garantie que les hospitalisations et les décès sont associés au code postal de résidence du patient plutôt qu’à celui de l’hôpital, pour permettre un suivi au niveau local.

4) la fréquence, le nombre et la nature des co-morbidités observées chez les patients décédés.

Enfin, ce qui est important à réaliser, c’est que nous ne devons plus nous considérer aujourd’hui dans une gestion de crise mais dans une gestion de risque. Et la communication de risque est différente de la communication de crise. Nous devons impérativement adapter notre vocabulaire à cette situation si nous voulons continuer à obtenir la participation citoyenne aux mesures sanitaires. Cette participation est indispensable pour faire face à toutes les éventualités que nous pourrions rencontrer dans les mois qui viennent. Gardons les superlatifs pour décrire les vraies alertes et ne les banalisons pas lorsqu’il n’y a pas lieu. Ne détournons pas nos concitoyens de cette préoccupation par l’imposition de règles inexplicables et exagérées. Que le bon sens prévaille.

Un bond de géant ?

Je ne vais pas en faire une chronique quotidienne, ce serait la même depuis 5 mois…
Mais je défie quiconque de me dire que ceci n’est pas du catastrophisme (même si j’aime assez Le Vif, comme journal et j’y suis abonné depuis son premier numéro). Ce que je reproche ici se retrouve dans tous les journaux, y compris ceux qui publient mes interventions qui vont dans le sens contraire ! Ceci est dû au fait que c’est une donnée épidémiologique classique qui accompagne le rapport quotidien de Sciensano.

« Le nombre de décès dus à la Covid-19 en Belgique s’élève désormais à 9.916, soit 16 de plus par rapport au total communiqué jeudi par Sciensano. La moyenne quotidienne des décès sur une période de sept jours est à présent de 5,3 et bondit de 95% par rapport à la semaine précédente. » Le Vif, 14.08.2020

Bondit…
Pas difficile de bondir, pour un nombre tout petit (je précise bien ma pensée: 1 décès, c’est 1 de trop, on est d’accord). Si le nombre était 2,75 et passe à 5,3 (les décimales sont dues à un calcul moyenné sur 7 jours), c’est évidemment quasi doublé. Mais il y a une grande différence dans l’effet anxiogène entre:

  • « nous avons en Belgique aujourd’hui 2,65 décès dûs à la COVID-19 de plus qu’hier » (1)
    et
  • « le nombre de morts dûs à la COVID-19 bondit de 95% ».

Si je possédais un euro hier et que j’en ai un de plus aujourd’hui, j’ai doublé ma fortune. Ça ne fait pas de moi un homme riche.

Attention, si vous faites hurler la sirène d’alarme tous les jours, au bout de quelque temps, plus personne n’y fera attention, même si c’est une vraie alerte.

NB: la moyenne annuelle de décès par jour en Belgique pour les années précédentes est de 304. La surmortalité attribuable aux épisodes de grippe saisonnière tourne autour de 1.000 décès.

Et voici… le taux de positivité !

Celles et ceux qui suivent mes interventions se souviendront que j’ai abondamment réclamé la publication du taux de positivité des tests de dépistage de la COVID-19 (le principe étant que publier un nombre de «cas» n’a guère de sens si on ne précise pas combien de tests ont été effectués). J’ai même reçu le conseil de faire le calcul moi-même…

Ce n’est plus nécessaire. La requête a peut-être été entendue ? En tout cas Sciensano a rendu publique cette information sur son site. https://covid-19.sciensano.be/sites/default/files/Covid19/Derni%C3%A8re%20mise%20%C3%A0%20jour%20de%20la%20situation%20%C3%A9pid%C3%A9miologique.pdf

Comme attendu, cela donne une bonne idée de la circulation du virus. Ça indique en outre que, durant les dernières semaines, le taux de positivité est resté stable, donc que l’augmentation du nombre absolu de positifs qui crée l’émoi est effectivement lié à l’augmentation du nombre de tests effectués, comme on pouvait s’en douter.

Les semaines 9 à 12 (24/02-22/03), relativement peu de tests, très ciblés sur les symptomatiques graves ont vu un accroissement du taux de positivité des tests de détection du virus (PCR) jusqu’à près de 1 sur 3. Durant les semaines 13 à 17 (23/03-26/04), avec l’augmentation du nombre de personnes testées et l’élargissement de la sélection, on assiste un abaissement vers un taux moyen d’environ 3%, reflet probable de la situation générale, et on ne verra plus de changement important de ce taux d’avril jusqu’aujourd’hui. Les légères variations qui s’ensuivent sont vraisemblablement liées à une politique de ciblage des tests qui évolue.

Le taux de positivité est en jaune, difficilement visible, et ses valeurs d’ordonnées sont sur l’échelle de droite (photo d’écran 10.08.2020)

Ce taux a effectivement augmenté durant les 6 dernières semaines pour atteindre environ 3%. Le graphique nous rappelle qu’en mars dernier, le taux de positivité était monté à plus de 30% dans le même temps. Pas du tout la même cinétique. Hormis cet effet de démarrage, spectaculaire, j’en conviens, le taux est bien stabilisé et peut varier avec le ciblage (= qui est testé). Un affinement de celui-ci conduit à une augmentation du taux.

Quelques remarques cependant:

1. Comme souvent rappelé par divers spécialistes, les tests ne sont plus exactement les mêmes aujourd’hui qu’en mars-avril, ils ont techniquement évolué. Toutefois, ceci devrait permettre une détection plus fine, qu’on s’attend à trouver plus sensible.

2. La politique de testing a, elle aussi, évolué, le public testé n’est plus le même. Tout changement de cette politique entraîne une variation du taux de positivité.

3. Nous n’avons pas d’informations sur le statut clinique des nouveaux contaminés détectés (asymptomatique, symptomatique léger, symptomatique sévère,…) ni d’ailleurs celui des négatifs, qui pourraient avoir été testés précisément parce qu’ils étaient symptomatiques ! (ça aussi, ce serait intéressant à savoir…);

4. Nous ne connaissons toujours pas avec une précision suffisante le biais de sélection: pour quelle raison est-on testé ? quelles sont les catégories de testés et leurs proportions ? (adressé par un généraliste, suspect de contact contaminant, retour de l’étranger, etc.) http://www.vivreici.be/videos/detail_coronavirus-en-belgique-quelle-est-la-proportion-de-nouveaux-cas-positifs-par-rapport-au-nombre-de-tests-effectues?videoId=1643470);

5. Nous avons ici l’information au niveau national mais nous n’avons pas encore l’information équivalente au niveau des villes et communes. Pourtant elle serait extrêmement utile pour analyser l’impact des mesures de sécurité sanitaire prises indépendamment des normes fédérales dans des foyers suspects lorsque des mesures plus restrictives y sont prises comme tout récemment à Anvers.

6. On ne manquera pas de m’objecter que rien n’empêche encore la courbe actuelle de prendre bientôt l’allure de celle de mars. Évidemment. En futurologie, tout peut arriver et je n’ai pas plus que quiconque une boule de cristal. Disons donc qu’on n’en sait rien. Et si cela n’arrive pas, ce que je souhaite, on pourra également dire que c’est grâce aux mesures prises (ce qui sera d’ailleurs tout-à-fait possible).


Note ajoutée après publication

@covidata.be me signale que le taux de positivité fait l’objet d’une présentation mise à jour sur son site depuis quatre mois. Désolé de ne pas en avoir eu connaissance. Le savoir eût évité bien des débats inutiles. J’ajoute dorénavant leur lien intéressant à ma liste de références.

Au loup !

Crier au loup sans qu’il apparaisse a toujours eu le même effet: réduire la crédibilité de l’alerte, jusqu’au jour où…

J’avais fait remarquer dans un billet précédent qu’afin de ne pas crier au loup à propos d’une hypothétique deuxième vague (controversée) de la COVID-19, on ferait mieux de ne pas mettre en avant un chiffre, celui qui indique l’évolution de la variation des contaminations, des hospitalisations ou des décès.

Ce chiffre est certes scientifiquement intéressant, il fait partie des mesures classiquement utilisées par les épidémiologistes. Il indique si une courbe grimpe davantage que précédemment, reste constante ou s’affaiblit (et il en va de même pour une décroissance).

Toutefois, lorsqu’il porte sur des petits nombres, il projette une impression démesurée. En effet, le passage de 1 à 2 (+100%) donne une information identique à l’augmentation de 1.000 à 2.000 (+100%). Supposons que ces chiffres représentent le nombre de personnes hospitalisées dans votre commune, vous admettrez que votre réaction ne sera pas pareille selon le cas ! Le risque de débordement des hôpitaux n’est pas du tout le même.

La raison de mon inquiétude, c’est la publication quotidienne de chiffres superlatifs qui peuvent être démesurés par rapport à la réalité concrète. Mon argumentation sur la proportionnalité entre les faits bruts et leur communication a été abondamment relayée dans la presse et semble avoir été comprise. L’objection qui m’est faite est cependant que ce chiffre existe bel et bien, qu’il n’est ni faux ni inventé, et que ce n’est pas le moment de rassurer car si le niveau d’anxiété de la population venait à diminuer, la vigilance générale s’évaporerait.

Grand moment d’humilité: le 7 août, malgré la répercussion de mes remarques dans les médias et une tendance consensuelle apparaissant chez les experts (francophones en tout cas), je constate qu’une nouvelle représentation accompagne les infos quotidiennes. Non seulement on maintient l’évolution de la variation en exergue, mais on la présente maintenant en graphique, ce qui lui donne encore plus d’impact.

Qui donc, au cas où il/elle serait rasséréné/e par le graphique du haut, ne se laissera pas convaincre par celui du bas de l’évidence que nous affrontons bien une deuxième vague quasi aussi forte que la première…?

(Si j’étais facétieux, j’attirerais l’attention sur le fait que, depuis 2 jours, on est en négatif !! Mais ce serait malhonnête: la critique pour les chiffres négatifs est la même que pour les positifs, ils indiquent un ralentissement de la croissance et non une décroissance ! 🤗)

C’est plus clair ? 🤔