Mais quand cessera-t-on de donner du crédit aux classements d’universités qui n’ont aucun sens ?

Voici revenu le temps des classements. Dans la torpeur de l’été médiatique finissant, cela devient une sorte de tradition.

Je me demande parfois comment réagirait Le Soir ou tout autre journal belge si, chaque année, au moins deux fois, un classement chinois le plaçait en très lointaine position derrière l’Asahi Shimbun ou encore The Times of India ou Bild ou The Sun…? Ou même le très célèbre New York Times, pourtant 39e au classement mondial des tirages
Ne penserait-il pas illico qu’on ne parle pas de la même chose et que, de toute façon, ses lecteurs ne sont pas intéressés, du moins au premier chef, par ces autres journaux « prestigieux »?
Et encore, la comparaison ne tient guère la route lorsqu’on réalise que, dans le cas précis du classement de journaux présenté ici, on n’utilise qu’un seul critère et qu’en outre, il est objectif (le tirage), à l’inverse des classements d’universités, qui en utilisent plusieurs, et dont la pondération comme la signification sont hautement discutables.

Et que dirait-on si une de nos étudiantes devenait championne olympique et si ce seul fait nous faisait grimper de 100 places au classement…? (Quoique, là, ça pourrait se défendre !).

Il faut vraiment qu’on arrête de donner du crédit à ces classements qui ne veulent quasiment rien dire, mais qui frappent l’opinion comme si cela avait un sens pour les lecteurs.

La seule conclusion utile pourrait être de se dire que figurer parmi les 500 « meilleures » universités mondiales équivaut à se situer dans les 5 meilleurs pourcents, ce qui est et reste, pour toutes les universités belges, un succès, si on s’obstine à croire le moins du monde aux classements. Mais là encore, n’utilisons pas un système auquel nous n’attribuons aucune valeur pour nous glorifier d’une soi-disant évaluation qui n’a pas de sens.

Le référendum est une mauvaise parodie de la démocratie

© Benedicte (L'Hebdo)

[© Benedicte, L’Hebdo]

En une grosse semaine, on a dit et écrit une multitude de choses sur le Brexit. Tout et son contraire, ou presque.

Voici une analyse qui, personnellement, me parle. Son auteur exprime à merveille ce que je pense mais le formule bien mieux que je ne pourrais le faire.

Je partage l’idée qu’un référendum sur un sujet aussi important et complexe, provoquant des conséquences énormes et même planétaires, est non seulement une folie, mais également un déni du processus démocratique tel qu’on le conçoit dans nos pays.

Notre démocratie est fondée sur la représentation: nous élisons des représentants chargés de s’occuper des affaires communes, d’en étudier les tenants et aboutissants et de prendre les décisions en connaissance de cause. Certes ils/elles font cela plus ou moins bien, parfois très mal, mais notre responsabilité leur est déléguée. Si nous n’en sommes pas contents, il existe une sanction électorale. Personne ne peut, en principe, garder cette représentation ainsi que le rôle , les avantages et les charges que cela implique, au delà du terme électoral sans ré-élection.
Il n’y a aucune raison, quel qu’en soit le motif, d’organiser une consultation directe: elle remet en cause le système, ce qui est dangereux (qu’on l’aime ou non), elle l’invalide de facto (pourquoi pas un référendum sur chaque question qui se pose, alors?) et elle accorde le pouvoir de décision à une minorité mal instruite de la question et de ses conséquences. En effet, en n’imposant pas une majorité des 2/3 des votants comme pour changer une constitution et en ne rendant pas le vote obligatoire, on en arrive à une décision capitale prise par 34% de la population.
Bien évidemment, on rappellera que le Royaume-Uni s’apprête à quitter une embarcation dans laquelle il n’a jamais eu qu’un pied, l’autre restant à quai, empêchant ainsi le bateau de naviguer à sa guise, et qu’il est préférable qu’il le quitte. D’autres diront le contraire.

Mais le propos n’est pas là, il est dans le fait que ce référendum-ci, sans doute plus que tout autre avant lui, démontre qu’il constitue un outil fondé sur une illusion démocratique, en réalité purement démagogique, et qu’il devient une arme redoutable capable d’exploser dans les mains de celui qui s’en sert et de le volatiliser politiquement. Ceci n’est toutefois qu’un moindre mal (il est bon que les manipulateurs de la démocratie se volatilisent), c’est bien peu de chose en regard de la réaction en chaîne que cette explosion peut déclencher pour une nation, un continent et peut-être le monde entier.

Le centre Terra sort de terre

A Gembloux, aux côtés de la vénérable Faculté d’Agronomie devenue depuis 2009 « Gembloux Agrobio-Tech ULg », est en train de s’élever un nouveau bâtiment d’une envergure considérable : Terra, jalon tangible du succès de cette intégration universitaire.

Personnellement, c’est pour moi une grande joie d’assister à la naissance d’un deuxième GIGA à l’ULg. Cela a en effet été mon rêve pendant de longues années de voir se créer de tels regroupements d’unités de recherches dispersées en un seul pôle d’activités de recherche coordonnées. Et j’ai toujours en tête les autres possibilités pourtant évidentes mais hélas manquées par excès d’individualisme. 

J’y vois également la formidable démonstration du succès de l’integration de la Faculté de Gembloux au sein de l’ULg. Ceci montre clairement que les arguments que je défendais auprès des défenseurs à tout crin de l’autonomie gembloutoise étaient valides: respect des spécificités, pas de délocalisation mais, au contraire, croissance et développement sur place, ouverture large aux interactions multidisciplinaires qu’offre une université complète.

Félicitations aux concepteurs à qui j’adresse tous mes voeux de réussite, en espérant que cette initiative ambitieuse ne sera pas la seconde, mais seulement la deuxième…

Max Planck sur l’idée de transformer tous les abonnements en APC, idée décrite dans ce livre blanc : http://openaccess.mpg.de/2121558/MPDL_Open_Access_White_Paper

L’effort permanent de scientifiques influents pour pérenniser le « business model » et le chiffre d’affaire des multinationales de l’édition à leurs propres dépens me sidérera toujours.
Que les grands prédateurs des ressources de la recherche utilisent tous les moyens que leur argent leur permet de déployer (séduction des chercheurs, promotion de l’évaluation par le prestige, lobbying intensif des instances décisionnelles) pour maintenir leur commerce et le rendre encore plus florissant me semble normal (après tout, ce sont des marchands et la règle est évidente), mais que les chercheurs se précipitent tête baissée pour trouver, sous prétexte de rationalisme, voire de « réalisme », à travers de soi-disant avantageuses négociations, des solutions qui agréent aux responsables de leur syndrome de Stockholm, au lieu de reconquérir leur indépendance, me déconcerte et, à vrai dire, me décourage complètement.
Le mouvement de l’Open Access a gagné la première bataille (un long combat de 20 ans). Il est en train de perdre la suivante.

Rankings: figures are deceptive

[French version here]

LinkedIn, the professionally oriented social network giant has announced  its project of a new revolutionary university ranking based on the careers of their alumni.

Every ranking is (and has to be) biased. It is even impossible to rank without using one or several criteria and without ignoring all others. The huge complexity of a university cannot be reduced to a single figure (with several decimals), a necessary operation however to achieve a ranking.

Even if the rule of the game is clearly stated (here the careers of the alumni), the criterion is resting on an illusion (here the illusion that one can sum up someone’s career into one figure, not to mention the difficulty in deciding what is a « good » career).

The universal ranking is not born yet, and may never be.

In the meantime, those who are detaining the big data, namely the social networks, are in an ideal position to make believe that they have the power to determine what is best for someone’s training. In addition, the fact that the professional experience is crowdsourced, with all the delusion it mat imply about credentials, diplomas, titles and functions, makes the whole project even more frightening.

A bit of realism leads to understand the huge benefits that the sales of such informations and their processing may generate, based on the very human belief that figures tell the truth. A goldmine.

 

Classements: l’illusion du chiffre

Le géant des réseaux sociaux à orientation professionnelle LinkedIn annonce son projet de classement des universités sur base de l’analyse de la carrière des diplômés.

Tout classement implique un (ou plusieurs) biais. Il est même impossible de classer sans se fonder sur un (ou des) critère(s) et sans négliger les autres. On ne peut réduire l’immense complexité d’une université à un seul chiffre, avec plusieurs décimales, ce qui est pourtant la condition essentielle pour aboutir à un classement.
Même si on annonce clairement la couleur (ici, la carrière des diplômés), le critère ne peut qu’être basé sur une illusion (dans ce cas, celle qui laisse penser qu’on peut réduire la qualité d’une trajectoire professionnelle à un chiffre et trois décimales…).
Le classement universel n’est donc pas né, et il est loin de naître. En attendant, ceux qui possèdent les « big data » et en premier lieu les « réseaux sociaux » sont en position de laisser croire que, détenteurs d’une multitude de données (par ailleurs crowdsourcées, avec les risques d’imprécision voire de fantasmes que cela implique en matière de qualifications, diplômes et titres acquis et de fonctions exercées), ils sont en mesure d’en tirer des conclusions significatives pour l’orientation d’un individu…

Un peu de réalisme amène à comprendre l’immense bénéfice que peut générer la vente de ces informations et du traitement qui en est fait, en se basant sur l’éternelle crédulité dont font preuve les humains par rapport à « la vérité du chiffre ». Un pactole.