Au loup !

Crier au loup sans qu’il apparaisse a toujours eu le même effet: réduire la crédibilité de l’alerte, jusqu’au jour où…

J’avais fait remarquer dans un billet précédent qu’afin de ne pas crier au loup à propos d’une hypothétique deuxième vague (controversée) de la COVID-19, on ferait mieux de ne pas mettre en avant un chiffre, celui qui indique l’évolution de la variation des contaminations, des hospitalisations ou des décès.

Ce chiffre est certes scientifiquement intéressant, il fait partie des mesures classiquement utilisées par les épidémiologistes. Il indique si une courbe grimpe davantage que précédemment, reste constante ou s’affaiblit (et il en va de même pour une décroissance).

Toutefois, lorsqu’il porte sur des petits nombres, il projette une impression démesurée. En effet, le passage de 1 à 2 (+100%) donne une information identique à l’augmentation de 1.000 à 2.000 (+100%). Supposons que ces chiffres représentent le nombre de personnes hospitalisées dans votre commune, vous admettrez que votre réaction ne sera pas pareille selon le cas ! Le risque de débordement des hôpitaux n’est pas du tout le même.

La raison de mon inquiétude, c’est la publication quotidienne de chiffres superlatifs qui peuvent être démesurés par rapport à la réalité concrète. Mon argumentation sur la proportionnalité entre les faits bruts et leur communication a été abondamment relayée dans la presse et semble avoir été comprise. L’objection qui m’est faite est cependant que ce chiffre existe bel et bien, qu’il n’est ni faux ni inventé, et que ce n’est pas le moment de rassurer car si le niveau d’anxiété de la population venait à diminuer, la vigilance générale s’évaporerait.

Grand moment d’humilité: le 7 août, malgré la répercussion de mes remarques dans les médias et une tendance consensuelle apparaissant chez les experts (francophones en tout cas), je constate qu’une nouvelle représentation accompagne les infos quotidiennes. Non seulement on maintient l’évolution de la variation en exergue, mais on la présente maintenant en graphique, ce qui lui donne encore plus d’impact.

Qui donc, au cas où il/elle serait rasséréné/e par le graphique du haut, ne se laissera pas convaincre par celui du bas de l’évidence que nous affrontons bien une deuxième vague quasi aussi forte que la première…?

(Si j’étais facétieux, j’attirerais l’attention sur le fait que, depuis 2 jours, on est en négatif !! Mais ce serait malhonnête: la critique pour les chiffres négatifs est la même que pour les positifs, ils indiquent un ralentissement de la croissance et non une décroissance ! 🤗)

C’est plus clair ? 🤔

COVID-19, sous contrôle ?

Faut-il s’inquiéter de l’augmentation des “nouveaux cas” de COVID-19 en Belgique ?

J’aimerais pouvoir examiner cette question objectivement, en me tenant aux faits et à des données certifiées, sans m’aventurer dans des interprétations hasardeuses ni faire de prédictions. Un exemple: je ne parle pas de deuxième vague. Je sais qu’elle peut venir mais actuellement, je ne la vois pas vraiment. J’espère ainsi pouvoir partager mon analyse sans me faire incendier sur les réseaux sociaux…

Souvenons-nous: ce qui a poussé nos autorités à imposer un ‘lock down’ en mars-avril, c’est l’augmentation subite et inquiétante des admissions hospitalières et la perspective d’un débordement des capacités d’assurer les soins adéquats.

Graphique officiel de mortalité annuelle en Belgique
révélant le pic de sur-mortalité attribuable à la COVID-19 en avril 2020.

A cet égard (et malgré bon nombre de ‘couacs’ tels que la saga des masques ou – beaucoup plus dramatique – la négligence inexplicable vis-à-vis des maisons de repos), la politique de prévention mise en œuvre en mars 2020 a eu des effets incontestables et ramené la mortalité au niveau des autres années. On doit s’en réjouir. Elle aurait même exercé un effet favorable sur les affections par les autres virus respiratoires “courants” et sur les naissances prématurées…

Toutefois, sa prolongation, même atténuée, pose question, pour toutes sortes de raisons auxquelles chacun pense, sur le plan économique notamment et en particulier chez les plus démunis, mais également sur le plan sociologique, psychologique et éducationnel (pour les enfants et les adolescents) ou tout simplement sur le plan de la prévention et/où du suivi des autres pathologies, négligées en raison des priorités mais aussi à cause de la peur qu’inspire le passage à l’hôpital ou la visite chez le médecin.

Pour toutes ces raisons, il devient impérieux de reconsidérer la stratégie, en gardant bien en point de mire ses objectifs de départ.

Aujourd’hui, il existe bien un rebond (différent d’une seconde vague, tout le monde comprendra), en ce sens que de nouvelles contaminations apparaissent (cf. graphique ci-dessous, en haut à g.). C’est ici qu’il faut rappeler qu’être contaminé ne veut pas toujours dire être malade, la grande majorité d’infections par le SARS-CoV-2 s’averant asymptomatiques, et que l’objectivité exige que : 1) quand on rapporte les nombres de confirmations de tests positifs (qu’on appelle malheureusement “nouveaux cas confirmés”), on les accompagne toujours du pourcentage des tests réalisés qu’ils représentent; 2) quand on annonce le nombre de cas quotidiens comme moyenne de 7 jours, on cesse d’entretenir l’anxiété en parlant non pas du pourcentage d’augmentation par rapport à l’augmentation précédente, mais plutôt par rapport au nombre cumulé précédent.

Toutefois, ce ne sont pas les nouvelles contaminations qui appellent tant notre vigilance, mais plutôt le critère qui a provoqué le confinement, à savoir l’hospitalisation (en haut à dr.) et la capacité des hôpitaux de gérer l’afflux. Ce critère-là est incontestablement très limité, même si on ne peut nier un début d’augmentation. Aussi n’oserais-je me risquer à encourager un déconfinement complet à ce stade, cela va de soi.

Evolution de 4 caractéristiques de l’épidémie de SARS-CoV-2 (Sciensano, 02/08/2020)
1) nouvelles détections du virus, 2) admissions à l’hôpital, 3) nombre de patients en unité de soins intensifs et 4) nombre de décès.

Aujourd’hui , de plus en plus de personnes sont testées. Même si le nombre de tests par jour n’augmente pas significativement (et c’est dommage, il devrait, pour bien faire), le nombre cumulé de personnes testées augmente chaque jour. Il n’est donc pas surprenant de voir augmenter le nombre de cas. Il aurait fallu que le virus disparaisse magiquement de la population pour qu’on ne le dépiste plus. Par conséquent, nous devons nous re-focaliser plutôt sur la statistique des hospitalisations et tenir celle-là à l’œil.

Il convient donc de :

Surveiller les hospitalisations, les admissions dans les unités de soins intensifs (en bas à g.) et, bien entendu, les décès documentés comme étant dûs au virus (en bas à dr.), voilà l’objectif numéro un.

• En cas d’augmentation préoccupante des admissions à l’hôpital, rechercher le foyer de dispersion, le circonscrire clairement et y appliquer des consignes de sécurité extrêmement rigoureuses le temps nécessaire.

Relâcher progressivement les contraintes dans les zones “vertes” à l’échelon communal, tout en maintenant la vigilance et un testing régulier et massif. On m’objectera que tester tout le monde et à intervalles réguliers coûte cher, certes, mais certainement beaucoup moins que ce que vont coûter tous les effets collatéraux du confinement et d’un déconfinement lent et affligé de marches-arrière. Au départ, un ciblage est envisageable avec des priorités bien définies en fonction des populations les plus à risque, jusqu’à une généralisation des tests avec une périodicité à établir. Aucun test n’est rigoureusement infaillible, mais ceux qui sont actuellement développés en Belgique-même sont extrêmement performants, ils sont généralement adoptés à l’étranger et devraient, par raison d’Etat, bénéficier d’un assouplissement des complications administratives permettant une mise en application rapide.

Établir une stratégie quant à la conséquence de la positivité des tests. Pour cela, il importe de bien différencier les tests de présence virale (test de détection, PCR et dérivés, isolément du virus, etc.) des test de l’immunisation potentielle (tests sérologiques de détection d’anticorps). La logique voudrait l’application, pour les personnes ayant un test de dépistage positif, d’une «quatorzaine» bien comprise, pour laquelle l’élément majeur pourrait effectivement être la fameuse bulle limitant les contacts, la distanciation et le port impératif du masque, le confinement complet étant idéal. Pour les personnes chez qui on trouve des anticorps anti-SARS-CoV-2, il existe toujours un débat quant à leur contagiosité, mais en première approche, on peut, jusqu’à preuve du contraire, les considérer comme «guéris», même si cette expression doit faire bondir certains spécialistes.

En résumé, le confinement a rempli son objectif et a permis d’amoindrir et d’écourter le pic de l’épidémie dans le pays. Il a évidemment mis la population sous cloche et, depuis le début, on sait que soulever la cloche pour laisser les gens revivre normalement sera un défi terriblement compliqué, puisqu’on sait qu’on n’aura pas éradiqué le virus. Remettre la cloche, même partiellement, ne fait que reporter le problème et prolonger, voire aggraver les difficultés collatérales.

Les formes sérieuses de la maladie, nécessitant une hospitalisation et, dans certains cas, des soins intensifs, doivent être dans le collimateur pendant que, grâce à des tests à grande échelle, une meilleure connaissance de la circulation du virus doit être établie.

La valse des chiffres… question de point de vue

Ce vendredi 31 juillet, le nombre d’infections par le SARS-CoV-2 officiellement détectées en Belgique s’élève à 68.006, contre 67.335 jeudi.

Pour que leurs lecteurs saisissent bien la marée montante que cela représente, les journaux, sans distinction, que je sache, titrent : “Cela représente une augmentation de 62% par rapport à la semaine précédente.” Impressionnant.

C’est une mesure indiscutable. Toutefois, on pourrait relativiser un peu en choisissant une autre façon, plus naturelle, d’interpréter les chiffres: “Cela représente une augmentation de 1% des contaminations” (0,99651% si on veut être précis). Beaucoup moins impressionnant.

En outre, il ne s’agit pas de malades mais de personnes testées et avérées positives.

Tout est dans les chiffres, bien sûr, mais surtout dans leur expression, en fonction de ce qu’on souhaite leur faire dire.

Solidarité belge: l’union fait la force !

Les dernières nouvelles de la “deuxième vague”.

Sciensano inaugure maintenant une nouvelle rubrique d’accès aux données: un affichage par commune, éclairant on ne peut mieux la nature du rebond qui a justifié le retour à des mesures plus sévères.

Évidemment on exprime ici le nombre de cas absolus et non le nombre de cas par 100.000 habitants. Et on parle de tests positifs, non d’hospitalisations. Deux défauts que je dénonçais précédemment. Toutefois, ici, il faut bien admettre que la différence est telle qu’aucune façon de calculer ne change les conclusions à en tirer…
S’en souviendra-t’on lorsqu’il sera question de revoir la solidarité inter-régionale…?

Joyeux reconfinement social à tous !

[Données de Sciensano 27/07/2020]

Le choix des mots détermine la perception des dangers et le choix des stratégies.

Il est vraiment indispensable d’arrêter d’exprimer les résultats des tests de la #COVID_19 en ‘nombre de nouveaux cas’ mais plutôt en un rapport ‘nombre de tests positifs / nombre de tests réalisés’. Et de toujours préciser la proportion des positifs asymptomatiques et symptomatiques légers.

‘Nouveaux cas’ est d’ailleurs inapproprié: il s’agit de ‘cas nouvellement identifiés’, ce qui n’est pas du tout la même chose. Ensuite, ‘identifié’ ne veut pas dire ‘malade’ puisqu’on sait qu’une majorité des cas est asymptomatique. Ceci ne veut pas dire que la donnée ‘nombre de positifs confirmés’ n’est pas utile, les porteurs confirmés étant potentiellement transmetteurs. Elle ne doit pas être escamotée mais, comme elle dépend principalement du nombre de test effectués, elle doit être considérée avec grande prudence et ne peut être brandie à la une des journaux et créer la panique. Le nombre d’hospitalisations qui, dans la crainte d’un débordement des capacités, fut au cœur de la logique du confinement généralisé, reste l’indicateur de choix.

Depuis 5 mois, nous vivons une démonstration permanente de l’importance de l’usage des termes propres pour la clarté des concepts. Un vocabulaire approximatif, souvent dû à une traduction approximative, peut avoir des conséquences majeures sur des décisions qui nous concernent tous.

Titre de @lavenir_net du 26/07/2020

Il est évidemment politiquement incorrect de vouloir relativiser les chiffres et ainsi remettre en cause les dispositions prises au niveau gouvernemental, sous peine d’être considéré comme appelant à la désobéissance civique, ce qui n’est vraiment pas mon intention. Je crois à la nécessité d’une grande prudence. Mais si on examine l’impact hospitalier ci-dessous, dans le même article, on comprend que le terme “seconde vague” est franchement abusif.

Infographie du même @lavenir_net du 26/07/2020

On devrait pouvoir inciter à la prudence sans avoir à déformer les données objectives ni instaurer une terreur supposée nécessaire mais dont l’impact sur la vie sociale, les commerces et les autres soins médicaux est de plus en plus dramatique.

Au 26/07/2020, 65.727 cas détectés en Belgique et cumulés sur toute la durée de la pandémie, équivalent à 5.703,3 cas par million, ce qui représente donc 0,5% de la population, donnée qui aide également à relativiser.

Évidemment, je conçois parfaitement que, dans un esprit de prudence que je partage entièrement, il s’avère nécessaire, pour responsabiliser les irresponsables, de prévoir le pire. Dommage qu’il faille déformer la réalité des données pour en arriver là.

Comment repérer un éditeur prédateur ?

J’ai donné récemment une interview à Johanne Montay pour son très bon article sur les éditeurs prédateurs, Payer pour publier un article scientifique : le fléau des revues prédatrices, décliné dans plusieurs interventions dans les journaux parlés de la RTBF.
En illustration, voici qu’arrive mon premier prédateur du jour (il en viendra plusieurs autres, comme tous les jours et de plus en plus souvent !)

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Hi Dr. Rentier B,
I hope you’re safe from the COVID-19 global pandemic! Stay at home and stay safe.
How are doing today? This is Mark Richardson, I saw your recent publication online “Pediatric Pneumonia” and we are happy to write this email conveying my thanks for such manuscript. We have received a few requests from students associated with our journal ES Journal of Pediatrics to gather your current research to be published in our journal, kindly let us know your availability.
Theme of this issue: “Consensus: varicella vaccination of healthy children—a challenge for Europe”.
Dead line for article submiss/ion is on June 2020 – July 2020,
Kindly follow the journal link:  / https://escientificlibrary.com/pediatrics/in-press.php
And you’re sorry if we take your precious time.
Note : If you are interested to join our/Editorial Board Member/Editor in Chief/, kindly submit your updated CV and research interest’s keywords.
Sincerely,
Mark Richardson
Editorial Office: ES Journal of Pediatrics
eScientific International Open Library
Rocklea, Pincode – 4106, Brisbane, Queensland, Australia
Email: pediatrics@escientificlibrary.org or submissions@escientificlibrary.com

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Tout d’abord, il faut savoir que je n’ai jamais de ma vie publié ni soumis d’article dans « Pediatric Pneumonia ». Je n’ai d’ailleurs pas la moindre expertise dans ce domaine. Voici déjà une étonnante maladresse… Qui peut se laisser prendre par une telle énormité ?
Ensuite, le thème ainsi annoncé du prochain volume est, mot pour mot, le titre d’un article que j’ai publié il y a quelques années. L’appât est posé. Mais d’autres indices plus subtils apparaissent rapidement.

Le nom ES Journal of Pediatrics ressemble à celui du très sérieux Journal of Pediatrics, mais ce n’est pas lui !
L’adresse australienne n’existe pas réellement ou, plutôt, est incomplète. Elle réfère à un quartier de Brisbane, sans plus.
Le facteur d’impact annoncé comme appât pour ceux qui, trop nombreux hélas, y attachent encore de l’importance, n’est pas officiel ni même visible où que ce soit.
Le coût pour publier est de 300 €, ce qui, pour une publication payante, serait raisonnable, si toutefois elle pouvait être considérée comme fiable, ce qui n’est évidemment pas le cas ici. En outre, la rétraction n’est envisageable que pendant une semaine et au prix additionnel de 30 €.
La proposition flatteuse (par ailleurs ouverte à tous, rien de personnel, donc), de faire partie du comité éditorial de la revue ou de devenir un reviewer n’a aucun sens lorsqu’elle s’adresse à quelqu’un d’incompétent. C’est dire le sérieux de la proposition.
Le style est également révélateur : « Hi Dr. Rentier B » est non seulement inhabituellement familier et de toute évidence automatisé. Ajoutons-y quelques fautes d’anglais flagrantes (« How are doing today? », « dead line » ou « you’re sorry if we take your precious time », parmi beaucoup d’autres tournures de phrase étranges) et le tableau est complet.

À cet égard, le commentaire que l’on trouve en fouinant un peu sur le site web de l’éditeur est révélateur (les étrangetés et maladresses de langage sont soulignées par moi) :
«  We think about manuscript for publication from any piece of the world and guarantee that all entries are refereed through a twofold visually impaired procedure (double blind peer review process). The quick and productive survey and distribution procedure makes your Papers promptly accessible online to every one of peruses quickly upon distribution. Every one of our commentators attempts to keep submitted compositions and related information secret and not redistribute them without authorization from the journal. All the distributed substance is for all time put away in our documents and we utilize Digital Object Identifier (DOI) to find the Articles all through the world. We heartily welcome creators to visit our site and present their logical papers to our Journals. »

La qualité de l’écriture doit immédiatement inspirer de sérieux doutes quant à la qualité des publications et à leurs chances d’être diffusées utilement dans la communauté scientifique. Cependant, l’aspect du site web est très professionnel et s’il n’était truffé de maladresses langagières, il pourrait aisément tromper son monde. Ces arnaqueurs sont en train de s’améliorer considérablement. On frémit à penser qu’avec les moyens qu’ils auront vite acquis, ces pseudo-éditeurs pourraient bientôt s’offrir un support professionnel de rédaction de leurs courriels et de leur site et ainsi gommer les imperfections qui les trahissent encore…

Le conseil à donner est de publier où on le souhaite mais d’en faire personnellement et volontairement la démarche, l’auteur trouvant lui-même son éditeur, et surtout de ne jamais écouter les sollicitations de sirènes flatteuses. Elles sont d’emblée suspectes.

A prédateur, prédateur et demi !

Mais je m’en voudrais d’en rester là en matière de prédation. L’essor de ces éditions prédatrices provient en réalité d’un effet pervers de l’Open Access (OA). En effet, sentant leurs immenses profits menacés par l’OA, les grands éditeurs (majors) qui cultivent depuis de nombreuses années une autre forme de prédation et qui l’exercent sur les universités et leurs bibliothèques, je n’y reviens pas, ont décidé de jouer la carte de l’OA après l’avoir farouchement combattu, mais ont fait basculer le mode de paiement… De payer pour lire, on en est venu à payer pour publier. Cette manoeuvre a bien réussi car beaucoup de chercheurs sont prêts à dépenser une partie de leurs moyens de recherche pour s’offrir un article dans une revue prestigieuse aux yeux de leurs collègues. L’idée de payer pour publier (incidemment contraire à tous les principes de neutralité et d’évitement des conflits d’intérêts) s’est ainsi installée insidieusement et a fait naître les vocations chez des escrocs qui se sont lancés dans le business.

La faute est donc, non pas à l’OA mais à ceux qui en ont détourné l’esprit, pervertissant même le terme Gold OA, inventé pour décrire la publication gratuite tant à la lecture qu’à l’écriture. Au passage, beaucoup de publications chez les majors restent payantes à lire, le paiement par l’auteur pour publier étant la condition de l’OA immédiat de l’article, les autres articles restant payants à la lecture. Bref, le profit est partout et de tous les côtés dans ce système, alors qu’il existe aujourd’hui des plateforme de pré-publication ouvertes gratuites permettant de prendre date et de s’exposer à une révision ouverte par les pairs.

Alors, ces grands éditeurs-là sont-ils moins prédateurs ?

Sommes-nous face à une pandémie du challenge FB ?

L’agent infectieux

Plusieurs excellents amis (ils/elles se reconnaîtront) m’ont proposé ces derniers temps de participer à un « Challenge FaceBook ». C’est une grande mode actuellement, en confinement. Et l’idée est, de surcroît, très amusante.

A dire vrai, je « posterais » bien volontiers 10 oeuvres artistiques personnelles, 10 photos en noir et blanc, 10 couvertures de livres ou 10 pochettes d’albums vinyle « collector »., etc.
En vérité, cela m’amuserait beaucoup.

L’épidémie

Mais rien que pour répondre à ces sollicitations sans tricher, je devrais interpeller chaque fois 10 amis auxquels je demanderais de faire de même et je contribuerais ainsi à une prolifération pandémique de ce nouveau passe-temps… Et si je participe aux quatre challenges suggérés, je dois multiplier par quatre les résultats, étant moi-même quatre fois un point d’entrée de la pandémie dans mon réseau relationnel.

La modélisation

Je me demande si je ne vais pas demander à mes collègues @DamienErnst et @NicolasVandewalle de modéliser cette nouvelle pathologie. Mais essayons d’abord tout seul, en amateur.

  • Chaque jour, je dépose un document.
  • Mon R0 est de 1 pendant 10 jours de suite, il est donc de 10 après 10 jours. C’est le nombre maximum de « victimes » directes de mon action.
  • Après cela, ma dissémination s’arrête et je ne contribue plus à l’épidémie.
  • Si je compte le nombre de contaminés de cette propagation, en fait, il devrait y en avoir beaucoup plus puisque chacune de mes victimes contribue à prolonger la propagation. Et c’est là que la modélisation intervient. En principe, ce nombre devrait atteindre 210 dépôts après un mois, du moins si tout le monde joue le jeu…

Comme je suis sollicité sur quatre plans, il convient de multiplier ceci par quatre, donc 840 ou, en fait, un peu moins puisqu’il est vraisemblable que je sollicite certains mêmes amis dans 2, 3 ou même 4 catégories différentes…

Evidemment, dans mon modèle, j’ai introduit une limite dans le nombre de répercussions de telle sorte que tout s’arrête par épuisement des bonnes volontés (comme les pandémies virales s’arrêtent par l’affaiblissement de la densité de proies). J’ai choisi de limiter les dégâts à 20 cycles de transmission (hé oui, quand on modélise, on doit bien simplifier !)

Confinement

  • La dispersion peut être empêchée par la mise en « confinement » volontaire de certaines de ces 10 victimes (autrement dit, de personnes sollicitées qui refusent de jouer). Au bout de 10 jours , postulons qu’il y en aura le nombre /c/ et nous verrons que les valeurs de c sont potentiellement comprises entre 0 et 10. Modélisons ces différentes valeurs.
  • Supposons que /c/(qui représente les confinés volontaires, ceux qui, parmi les 10 appelés, décident de ne pas jouer le jeu) soit égal à 3. Seules 7 personnes jouent donc réellement.
  • On constate qu’après 10 jours, on n’atteint plus que 43 dépôts et seulement 150 au bout d’un mois.
  • Nous assistons ainsi au désormais fameux « aplatissement de la courbe ».
  • Le confinement (volontaire ou non) est donc efficace contre la propagation de ce passe-temps comminatoire.

Voilà un graphique déjà vu quelque part !

Mais quoi qu’il en soit, tout cela fait quand même de nombreuses victimes…

Conclusion

Voilà pourquoi, tout en remerciant mes chers amis qui ont voulu me mettre à la tâche et mettre mes documents favoris en valeur, j’ai décidé de me défausser, pour éviter une grave pandémie addictive.

2020 EUA webinar of the series on Academic Career Assessment in the transition to Open Science

On Tuesday May 19, 2020, from 2:00 to 3:00 pm, I shall be pleased to chair the second 2020 EUA webinar of the series on academic career assessment in the transition to Open Science.

My guests will briefly discuss the 2019 EUA survey on this topic from 4 different perspectives :

1️⃣ Perspective of Research in the transition to Open Science
🌅 GUNNAR SIVERTSEN (Nordic Institute for Studies in Innovation, Norway)

2️⃣ Perspective of Career Paths in Teaching
🌠 SUSAN TE PAS (EUA Learning & Teaching Thematic Peer Group on Career Paths in Teaching and Professor of Cognitive Psychology of Higher Education at Utrecht University, Netherlands)

3️⃣ Perspective of Career Development and Mobility for early-stage Researchers
🎇 EDWIN CONSTABLE (EUA Council for Doctoral Education Steering Committee member and former Vice-Rector for Research at the University of Basel, Switzerland)

4️⃣ Perspective of EU Research and Innovation Policy
🎆 KONSTANTINOS GLINOS (Head of Unit for Open Science, Directorate-General for Research and Innovation, European Commission)

If you are concerned or simply interested in this topic, join us here.
[Free access, just register].

Ralentir le Coronavirus, c’est se donner les moyens de gérer la crise.

Petite illustration de la logique des précautions sanitaires actuellement mises en place en Belgique pour maintenir la propagation du Covid-19 dans le champ de capacité de soins.


Il faut comprendre que le succès de l’opération n’assure pas – ou très peu – la diminution du nombre total de personnes infectées, mais étale dans le temps l’épisode épidémique.

En conséquence:

  • pas de débordement du système de soins, les personnes à risque seront prises en charge et, pour la plupart, soignées de façon satisfaisante, la mortalité sera considérablement diminuée;
  • l’épisode, à l’échelle de la population, durera plus longtemps, il faudra patienter avant un retour à la normale.

En conclusion: au prix d’une prolongation de la période épidémique, les fatalités seront limitées au maximum.

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Quelques précisions sur les difficultés que l’on rencontre pour prévoir l’évolution locale de l’épidémie.

Représentation des différents groupes de population durant une épidémie infectieuse. En ordonnées: la gravité des symptômes
1. Décédés.
2. Malades (symptomatiques).
3. Porteurs du virus asymptomatiques.

Lors d’un épisode épidémique, on distingue plusieurs catégories de population, à commencer par deux principales: les infectés et les non-infectés.

Parmi les infectés, certains sont asymptomatiques, également appelés porteurs sains (catégorie 3). On ne peut évidemment les distinguer des non-infectés puisqu’ils ne se plaignent de rien. Seul un dépistage, à supposer qu’il soit suffisamment sensible, peut permettre d’en avoir le cœur net. Toutefois, ceci nécessiterait de tester toute la population, ce qui est – financièrement et techniquement – irréalisable à l’heure actuelle.

Les grandes difficultés rencontrées aujourd’hui et qui entretiennent une grande confusion sont liées directement à la méconnaissance que nous avons des proportions relatives de ces catégories d’infectés 2 et 3 mais également de la proportion de non-infectés.

Les porteurs asymptomatiques (catégorie 3) sont potentiellement contagieux. Ils le sont moins que les symptomatiques puisque, dans le cas particulier du Coronavirus Covid-19, ils ne toussent ni n’éternuent (deux des symptômes essentiels avec la fièvre, les douleurs musculaires et les difficultés respiratoires). Mais on ne peut exclure qu’ils transmettent le virus. Ils constituent, sans qu’on puisse les identifier, un groupe potentiellement dangereux dont on n’a pas de raisons de se méfier a priori. Ce sont eux, ainsi que les faiblement symptomatiques non encore fébriles qui sont, à leur insu, responsables de la rapidité de la progression du virus.

Le Coronavirus responsable du Covid-19 est très généralement bénin, au sens où la majorité des personnes malade n’est pas très lourdement affectée et où, si les soins adéquats sont prodigués à temps, très peu de patients atteignent la catégorie 3 et décèdent (il s’agit toujours de personnes dont le système respiratoire est endommagé ou dont le système immunitaire est défaillant), mais en outre, les symptômes qu’il provoque sont très semblables à ceux qu’occasionnent les plus de 140 autres sortes de virus respiratoires (rhinovirus, adenovirus, influenzavirus, etc.). Se trouver dans la catégorie 2 des porteurs symptomatiques ne veut donc pas encore dire qu’on est infecté par ce Coronavirus. Là également, un test de confirmation est nécessaire.

On le comprend, savoir exactement où on en est n’est pas simple. Beaucoup d’erreurs d’appréciation sont possibles. Dans le doute, il convient donc, dès que l’épidémie s’avère galopante, de prendre des mesures strictes en considérant toute la population comme potentiellement contaminante, sans exception (sauf celle, encore rare mais qui va grandir, des patients diagnostiqués avec précision et guéris). C’est ce qui justifie les mesures extrêmes prises par les autorités belges responsables ce 12 mars 2020 dont l’objectif est de ralentir la progression de l’infection et l’étaler pour ne pas dépasser les capacités actuelles de gestion médicale de la pandémie.

Revisiting Research Career Assessment

The right to knowledge is a fundamental human right as an integral part of the right to education. However today, we are still a long way from recognizing knowledge as a public good, particularly in the scholarly field, where knowledge is produced through research and disseminated through publications which, in most cases, are accessible only upon payment. Most publications that are openly accessible have costed their author(s) à publishing fee (article processing charge, APC) the price of which is related to the publisher’s prestige. This has led to a flourishing business for publishers who have built up huge multinational consortia with sales in the hundreds of billions of dollars and profit margins of 40% and more. Such profits are all the more unreasonable as they are made up mainly of public funding.

Imprisoned in a system of evaluation based on prestige, researchers are now facing the need to regain control of their mode of communication and must then submit to new rules of evaluation that better reflect their true value and their contribution to the community.

The means exist today to meet these conditions, with the principles of Open Science.

However, if Open Science is to be established on a global scale, a profound change is needed in the mentality of the world scientific community, starting with the customs and traditions of evaluators of all kinds, those who are called upon to judge the quality of a research project, a research team or even a researcher. This researcher will never embark on the path of Open Science, however beneficial it may be in terms of cooperation and sharing of public knowledge and know-how, if he or she cannot have confidence in the criteria that will actually be examined in his or her evaluation.

« No Open Science without a revisited evaluation ».

Ideas for reforming the assessment of researchers’ careers have been discussed and encouraged. It is now useful to make them known, to measure their initial effects, to bring together the various areas of expertise, to become familiar with the practices developed in the various universities and to try to find ways that are acceptable to all. Such ways should not undermine the high standards of quality desired for research and should constitute a real encouragement for the young generation of researchers to adopt and promote the values of Open Science.

This is why the EUA, wishing to promote the principles of Open Science in Europe, has decided to organise its ACATOS « Academic Career Assessment in the Transition to Open Science » workshops. The first was held on 14 May 2019 in Brussels and the second will take place in Oslo on 18 May this year.