Covid-19, un tournant pour l’Open Access ?

La pandémie de Covid-19 a bouleversé la communication biomédicale, du moins sur le sujet précis de l’infection par le SARS-CoV-2, comme Marc Vanholsbeeck et moi l’avons évoqué dans une chronique de Carta Academica dans Le Soir de ce samedi 31 octobre, reprise par Mediapart ce mardi 3 novembre. En effet, un moratoire a été lancé et largement respecté par la plupart des éditeurs scientifiques dans le monde. On peut s’en réjouir. Le succès de cette initiative est, pour nous qui prônons l’ouverture sans limitation de l’accès public, immédiat et gratuit à l’information scientifique, une démonstration, par la crise, de la légitimité de notre action et de la nécessité d’étendre ce mode de communication à l’ensemble de la recherche, urgente ou non.

Dans la foison d’articles parus durant cette année 2020, beaucoup ont été contredits voire même rétractés. Ils ont permis, via les réseaux dits sociaux, aux plus incompétents de donner bruyamment leur opinion sur l’origine du virus, ses effets sur le système immunitaire, sa capacité de muter, les molécules actives contre lui, etc. Tout comme pour les changements climatiques, n’importe qui pense pouvoir rendre public sa théorie sur la Covid-19, inspirée des sources les plus variées, y compris les moins fiables. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est nécessaire de pouvoir identifier, dans le bruit de fond, les publications rigoureuses. Et c’est pour cela que la communauté scientifique repose tellement sur le peer review (l’examen par les pairs) que, malheureusement, certains de ses membres s’emploient à pervertir, ce qui nous amène à promouvoir l’Open Peer Review.

Le cas de la vitamine D

Quoi qu’il en soit, dans cette fenêtre d’opportunité d’un accès libre immédiat et gratuit, une série d’observations sur le rôle protecteur de complications de la vitamine D publiées dans des journaux médicaux parmi les mieux considérés, présente la caractéristique très rare d’être totalement consensuelle: toutes les études vont dans le même sens et leurs conclusions sont toutes statistiquement significatives.

Ce n’est pas vraiment nouveau. Depuis plusieurs années, on a observé une corrélation entre la teneur sanguine en vitamine D et un certain degré de protection contre la sévérité des infections respiratoires aiguës. En consultant la littérature scientifique récente sur le sujet, grâce à cette initiative de la mettre totalement en Open Access, on constate qu’une telle corrélation a été abondamment documentée cette année pour le SARS-CoV-2. En voici une douzaine d’exemples, tous directement consultables d’un simple clic :

🔷 Avril 2020 – Evidence that Vitamin D Supplementation Could Reduce Risk of Influenza and COVID-19 Infections and DeathsNutrients

🔷 Juin 2020 – Vitamin D Levels and COVID-19 Susceptibility: Is there any Correlation?Med Drug Discov

🔷 Mai 2020- The role of vitamin D in the prevention of coronavirus disease 2019 infection and mortalityAging Clin Exp Res

🔷 Juillet 2020 – Potential role of hypovitaminosis D and vitamin D supplementation during COVID-19 pandemicQJM

🔷 Août 2020 – COVID-19: the older adult and the importance of vitamin D sufficiencyJ Nutritional Sci

🔷 Août 2020 – Vitamin D for COVID-19: a case to answer?The Lancet

🔷 Août 2020 – Reasons to avoid vitamin D deficiency during COVID-19 pandemicArch Endocrinol Metab

🔷 Août 2020 – Vitamin D status and outcomes for hospitalised older patients with COVID-19British Medical Journal

🔷 Septembre 2020- The link between vitamin D deficiency and Covid-19 in a large populationmedrXiv

🔷 Septembre 2020 – Association of Vitamin D Status and Other Clinical Characteristics With COVID-19 Test ResultsJAMA Network Open

🔷 Septembre 2020 – Vitamin D sufficiency, a serum 25-hydroxyvitamin D at least 30 ng/mL reduced risk for adverse clinical outcomes in patients with COVID-19 infectionPLOS One

🔷 Septembre 2020 – A Basic Review of the Preliminary Evidence That COVID-19 Risk and Severity Is Increased in Vitamin D DeficiencyFrontiers in Public Health

🔷 Octobre 2020 – Role of vitamin D in preventing of COVID-19 infection, progression and severityJ Infect & Public Health

Lorsqu’on connaît la variation de la teneur en vitamine D dans le sang en fonction de l’exposition aux rayons UV solaires, on ne peut s’empêcher de contempler les courbes d’infections d’un œil un peu différent.

▪️ Ce taux est l’objet d’une variation saisonnière liée à l’exposition solaire

Variations saisonnières du taux de vitamine D et relation avec l’ensoleillement. Le panneau inférieur indique le pourcentage d’échantillons de sérum dépassant 25 ng/ml (bleu). Les données, collectées aux USA, couvrent 287 semaines consécutives et concernent 3,44 millions d’échantillons de sérum (PLOS One)

▪️ le taux moyen diminue avec l’âge, sauf si l’on veille à une prise de suppléments alimentaires riches en vitamine D.

Voilà bien deux constatations qui doivent attirer notre attention, vu ce qu’on connaît aujourd’hui de l’épidémiologie de la Covid-19 (profil apparemment saisonnier et susceptibilité aux formes sévères augmentant avec l’âge). Une alimentation riche en poisson est également une excellente source de cette vitamine. Certains en tireront certainement toutes sortes de conclusions sur les différences de sévérité de la Covid-19 dans les différents pays… Personnellement, je ne m’avancerai pas plus sur ce terrain, pour éviter de me joindre à l’ultracrépidarianisme ambiant.

Je sais pertinemment que d’apparentes corrélations peuvent n’être que des coïncidences, mais ici, le consensus médical entre taux de vitamine D et sévérité de la maladie est très clair.

Désolé si j’enfonce une porte ouverte, mais il me semble qu’on a fort peu entendu jusqu’à présent recommander les compléments en vitamine D, surtout en automne-hiver, pour se prémunir, au moins partiellement, contre la Covid-19 et ses complications, au même titre qu’on promeut la distanciation, le port du masque et la désinfection des mains comme chacun sait.

11 commentaires sur “Covid-19, un tournant pour l’Open Access ?

  1. Jean-Pol

    Merci professeur pour pour votre article . Depuis 20 ans je prends un comprimé de vitamine D de début novembre à fin mars + de la vitamine C ( via un jus de citron ) .
    Rappelons-nous que la forme la moins coûteuse de vitamine D est l’huile de foie de morue ( que nos ancêtres utilisaient déjà , mais qui a très mauvais goût ….)
    Je tiens à la disposition des lecteurs de ce blog deux chroniques
     » réflexions sur le bonheur et la santé »
    « covid 19 : à propos de l’immunité »
    Ce ne sont pas des textes scientifiques , mais il partent de mon expérience personnelle de la santé ( significative puisque j’ai 65 ans ) .
    Pour les obtenir , vous m’envoyez un mail : jp_benoit@outlook.com
    Je termine par ceci : à long terme la médecine préventive est plus efficace que la
    médecine curative ( même si cette dernière est nécessaire ) et elle devrait être confiée aux médecins généralistes ou à des naturopathes ( pour autant que leur formation soit contrôlée et reconnue par les pouvoirs publics ce qui est le cas dans certains pays ).

    J'aime

  2. Jean-Pol

    concernant la vitamine D , il est sans doute préférable de la pendre en gélules spécifiques ( surtout si on prend de fortes doses ) .
    Les gélules d’huile de foie de morue ou l’huile de foie de morue sont à consommer avec modération parce qu’elles contiennent de la vitamine A ( dont le sur-dosage peut poser des problèmes au niveau du foie ) .
    La vitamine D est produite naturellement par l’exposition au soleil , d’où sa carence plus fréquente dans l’hémisphère Nord . L’alimentation ( même équilibrée ) ne nous en donne pas suffisamment , il n’y a donc aucun autre moyen que de compléter par gélules . ( en surveillant son taux de temps en temps avec une prise de sang ) .

    J'aime

  3. camille.ek@uliege.be

    Merci, Monsieur Rentier!

    Camille Ek

    J'aime

  4. […] dans ce billet est celui de Bernard RENTIER, épidémiologiste à l’ULiège Dans son blog « ouvertures immédiates« , en date du 2 novembre ainsi que la reprise de son propos dans le Mediapart du 3 novembre 2020, […]

    J'aime

  5. Annick Wilmotte

    Un grand merci de mettre l’accent sur la prévention et de rassembler les informations sur l’utilité de la vitamine D! Je voudrais ajouter à votre liste, la recommandation de l’académie nationale de médecine française:
    http://www.academie-medecine.fr/communique-de-lacademie-nationale-de-medecine-vitamine-d-et-covid-19/
    J’ai envoyé à mon oncle et ma tante qui sont en maison de repos un colis avec de la vitamine C, de la vitamine D et des chocolats car je pense qu’ils sont certainement carencés. Ils ne font plus que quelques pas à l’intérieur du home quand ils ne sont pas carrément confinés dans leur chambre.
    Il y a une dizaine d’années, à l’occasion d’une grosse déficience détectée par prise de sang, je m’étais documentée sur la vitamine D et avais lu qu’on n’en parlait pas beaucoup car il n’y avait pas de brevet et elle était assez bon marché.
    Encore merci, Annick Wilmotte

    Aimé par 1 personne

    1. Jean-Pol

      la vitamine D , la moins chère est un vieux remède de « grand-mère » , l’huile de foie de morue , mais ça a très mauvais goût , donc on la trouve en gélules , mais tout aussi chères que de la vitamine D seule en gélules . Avantage de l’huile de foie de morue : elle contient aussi de la vitamine A .
      Vitamine C : ça peut être des comprimés mais aussi un jus de citron ….
      Un bon médecin généraliste soucieux de prévention devrait rappeler ça à ses patients.
      L’exposition au soleil permet la synthèse de la vitamine C , d’où sa carence surtout dans l’hémisphère nord , mais avec le réchauffement climatique on pourra peut-être bientôt se passer de gélules !!!

      J'aime

      1. Alain Hensenne

        @jean_pol Oups…Concernant la vitamine D…
        Elle existe sous deux formes : D2 (ergocalciférol), produite par les végétaux, et D3 (cholécalciférol), présente dans les produits d’origine animale. Ces deux molécules sont des 9,10-sécostéroïdes. Le corps humain synthétise aussi la vitamine D3 au niveau de la peau, sous l’effet des rayons ultraviolets.
        La vitamine C, c’est autre chose.
        Comme disait Panoramix, quand on ne sait pas, il vaut mieux ne rien dire…
        MDR…

        J'aime

  6. Jean-Pol

    A Alain Hansenne , oui bien évidemment , c’est bien la vitamine D et pas C qui est synthétisée sous l’effet du soleil , ce n’est pas une erreur de connaissance,de ma part ; juste un commentaire écrit trop vite sans relecture ….Toutes mes excuses et merci d’avoir corrigé mon erreur

    J'aime

    1. Alain Hensenne

      De rien, l’ambiance de ce moment que nous vivons tous, me deviens de plus en plus habituelle et lourd. Et vous? Quelle est votre impression en tant qu’être Humain?
      J’ai parfois l’impression que ma rationalité semble se détacher de la réalité.

      J'aime

  7. […] 4 décembre 2020, la vitamine D que j’évoquais ici récemment comme devant faire partie de la prévention élémentaire contre les infections respiratoires et la […]

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :