Pour une réflexion apaisée sur le bien-fondé des mesures sanitaires et leur proportionnalité.

Août 2022, nous sommes à un moment charnière de la longue crise du COVID-19, une épidémie contre laquelle les mesures sanitaires prises – judicieuses ou non, chacune est à évaluer individuellement et en fonction de la période d’application – ont chaque année tendance à être reconduites sans qu’une analyse objective et neutre, donc indépendante en soit faite. Cette épidémie, devenue aujourd’hui COVID-22 tant le tableau clinique est différent d’il y a deux ans, doit être examinée pour ce qu’elle est réellement avant que des mesures à très fort impact économique, social, psychologique et éducatif soient à nouveau prises.

• Des leçons de l’Histoire médicale

Comme le précise Erica Charters, professeur d’histoire mondiale de la médecine à l’Université d’Oxford, l’histoire nous apprend que la fin d’une épidémie mortelle n’est pas seulement une question de données médicales, mais aussi de changements politiques et sociaux. « Le problème est que les épidémies n’ont pas le genre de fin nette et objective que nous pouvons imaginer. Une fin rapide et décisive, obtenue par l’application rapide d’une innovation scientifique – un traitement miracle – est généralement un vœu pieux. Il est peu probable que nous assistions à quelque chose de ce genre avec le COVID-19. L’analyse des épidémies passées nous montre qu’en réalité, les fins d’épidémies sont longues et contestées. La société doit faire face non seulement aux réalités médicales de la maladie, aux dommages et aux traitements, mais aussi aux retombées politiques et économiques des mesures d’urgence, ainsi qu’aux différends quant à savoir qui a l’autorité de déclarer la fin de l’épidémie et ce qui devrait être mesuré pour guider ce processus. C’est pourquoi il y a tellement d’incertitude quant à l’état actuel du COVID-19 : différents groupes ont des expériences très différentes des aspects médicaux, politiques et sociaux de l’épidémie, et différentes idées de ce à quoi pourrait ressembler une fin. […] La fin d’une épidémie ne se limite pas au dénombrement des malades (fin médicale), elle englobe également la fin de la crise et des réglementations (fin politique) et le retour à la normale (fin sociale). Ces fins sont liées, mais elles sont différentes – et elles peuvent être en contradiction les unes avec les autres. L’analyse d’une variété d’épidémies passées révèle qu’il est plus précis d’identifier plusieurs fins à une épidémie, en tenant compte de ces différents points de vue ».

Et elle conclut : « Les épidémies ne sont pas une série d’événements biologiques bien délimités qui passent simplement dans l’Histoire avec la disparition de la maladie. Il s’agit aussi de crises morales mettant à l’épreuve les limites de la cohésion sociale et de la confiance. Comme nous le constatons actuellement pour le COVID-19, le processus final est une période d’évaluation morale, avec des discussions sur les leçons à tirer et l’élaboration de récits mettant en scène des héros et des méchants. Nous semblons être au milieu d’un tel processus, alors que les experts médicaux débattent des taux d’infection acceptables, les politiciens discutent des implications de la levée des restrictions et nous, avec nos parents, amis et voisins, nous discutons de la meilleure façon de vivre nos vies ».

• De l’impact social des mesures sanitaires agressives

A un moment où on sent clairement que, basée quasi-exclusivement sur le nombre de contaminations, la tension est en train de remonter et que terrain se prépare pour le retour des mesures excessives, aveugles et discriminatoires (dont de plus en plus de spécialistes questionnent non seulement l’efficacité, mais même l’innocuité), un article de l’équipe de John Ioannidis (Stanford University), dont les réflexions sont toujours très affûtées et judicieuses, souvent secouantes, est paru dans la revue ‘Frontiers in Public Health’.

Extrait : « Une série de mesures restrictives agressives ont été adoptées dans le monde entier en 2020-2022 pour tenter d’empêcher la propagation du SARS-CoV-2. Toutefois, il est apparu de plus en plus clairement qu’un important effet secondaire négatif des stratégies de réponse les plus agressives (lockdown, confinement) pouvait impliquer une forte augmentation de la pauvreté, de la faim et des inégalités.
Plusieurs répercussions économiques, éducatives et sanitaires ont non seulement touché de manière disproportionnée les enfants, les étudiants et les jeunes travailleurs, mais aussi et surtout les familles à faible revenu, les minorités ethniques et les femmes, exacerbant ainsi les inégalités préexistantes.
Pour plusieurs groupes présentant des inégalités préexistantes (de genre, socio-économiques et raciales), les écarts d’inégalité se sont creusés. La sécurité éducative et financière a diminué, tandis que la violence domestique a augmenté. Les familles dysfonctionnelles ont été contraintes de passer plus de temps ensemble, et on a assisté à une augmentation du chômage et à une perte de sens de la vie. Cela a conduit à un cercle vicieux d’inégalités croissantes et de problèmes de santé.
Dans le récit et l’examen de portée actuels, les auteurs décrivent la macro-dynamique qui se met en place à la suite de politiques de santé publique agressives et de tactiques psychologiques visant à influencer le comportement public, comme la formation de masses et le comportement des foules.
Ils décrivent comment ces facteurs, couplés à l’effet des inégalités, peuvent interagir pour aggraver les effets d’entraînement.
À la lumière des preuves concernant les coûts sanitaires, économiques et sociaux, qui dépassent probablement de loin les bénéfices potentiels, les auteurs suggèrent tout d’abord que, le cas échéant, les politiques agressives de confinement soient inversées et que leur réadoption à l’avenir soit évitée. Si des mesures sont nécessaires, elles doivent être non perturbatrices.
Deuxièmement, il est important d’évaluer de manière impartiale les dommages causés par les mesures agressives et de proposer des moyens d’alléger le fardeau et les effets à long terme.
Troisièmement, il convient d’évaluer les structures en place qui ont conduit à des politiques contre-productives et de rechercher des moyens d’optimiser la prise de décision, par exemple en luttant contre la pensée de groupe et en augmentant le niveau de réflexivité.
Enfin, un ensemble d’interventions de psychologie positive évolutive est suggéré pour contrer les dommages causés et améliorer les perspectives d’avenir de l’humanité
».

On se contentera d’y ajouter l’impact catastrophique des mesures sur la problématique des migrations.

• Du solutionnisme forcément erroné des modèles

Et à propos des prévisions alarmistes fondées sur de la modélisation dont on nous a abreuvé sans relâche durant toute la durée de l’épidémie et qui vont très vraisemblablement revenir au devant de la scène politique au prochain automne, l’expérience devrait impérativement nous dire aujourd’hui qu’il ne s’agit pas là d’un outil miracle, ni même suffisamment fiable, pour envisager l’évolution de phénomènes aussi complexes que des épidémies due à des agents infectieux. Construire des modèles prédictifs d’épidémies est certes intéressant, parfois même utile, mais les employer aveuglément comme support d’une politique sanitaire n’a rien de raisonnable, plusieurs alertes l’ont signalé, des études y ont été consacrées et les faits l’ont amplement démontré.

Si vraiment on devait s’acharner à continuer dans cette voie pour une guidance des décideurs politiques, il conviendrait absolument de lire l’intelligente analyse d’Alasdair Munro sur les travers à éviter absolument en matière de modélisation.

• Des leçons à tirer de la crise

Il est inconcevable, après deux années où le fonctionnement et l’harmonie de notre société ont été perturbés comme rarement dans l’Histoire, du fait de la pandémie incontrôlable selon les uns, du fait des mesures sanitaires indistinctes selon les autres, on est en train d’aborder une nouvelle période d’incertitude sans avoir préalablement tiré au mieux les leçons du passé récent, comme de l’expérience plus ancienne. Sans préjuger du résultat d’une évaluation indépendante et objective, on ne peut qu’en souhaiter – voire même en exiger – une, qui réponde à ces garanties et dont il soit ensuite tenu compte.


12 commentaires sur “Pour une réflexion apaisée sur le bien-fondé des mesures sanitaires et leur proportionnalité.

  1. Merci beaucoup pour cette synthèse.
    Il est impératif de prendre du recul impartial, en raison des conséquences multiples (et prévisibles) des mesures adoptées dans la panique.
    La peur ne peut pas être le guide des mesures imposées au coup-par-coup.
    Leur application n’a pas obtenu les effets escomptés et a provoqué des effets secondaires catastrophiques pour la cohésion de la société : il est grand temps d’affirmer qu’on ne peut pas imposer à nouveau une solution qui n’a pas marché.

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  2. jacques AGHION

    Merci de me faire connaître des auteurs que je ne connaissais pas.
    Il serait intéressant (que dis-je : essentiel) que les écrits de « bernardrentier1 » soient lus et discutés par des hommes et des femmes politiques : dans quelle proportion ces personnes les comprendraient-ils et accepteraient d’adapter peu ou prou leus façons de penser – et d’agir?

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  3. Mathieu Sébastien

    Je crains que ces mesures ne soient remises sur la table en automne, sans avoir fait une analyse de leur réelle efficacité, de leur impact, des éventuels effets délétères de ces dernières. En fait, comme dit Bernard Crutzen, tant décrié par les médias (sans doute gène-t-il puisqu’il a une autre façon de penser, un autre vision……..), est -ce encore une crise sanitaire ? Et moi j’ajouterais : est-ce que toutes ces mesures appliquées depuis 2019 ont-elles une portée sanitaire et/ou un fondement scientifique ? Je ne veux pas parler de « complot », de « complotisme » (mot ou terme créé médiatiquement pour taire tous débats), mais il y a de quoi se poser des questions sur le bien-fondé de tout ceci, il y a des choses tellement irrationnelles qui ont eu lieu au cours de ces 3 dernières années, au nom de la « lutte contre un virus ». Déjà l’expression lutter contre un virus (respiratoire en l’occurrence) est une aberration, on ne lutte pas contre un virus respiratoire, on vit avec les virus respiratoires depuis la nuit des temps, il faut faire en sorte biensûr que celui-ci ait le moins d’impact négatif sur les individus, mais c’est aussi une question de santé publique, qui implique : mental, activités physiques, bien-être. En ce sens, et cela c’est difficile de faire comprendre cela aux adeptes de la religion covidiste, le port du masque en population générale, les QR code, ne sont certainement pas des outils pour lutter contre un virus……..La santé c’est tellement plus………
    Juste une réflexion d’un citoyen avec du bon sens.

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  4. L. Vandeputte

    Je remercie le Pr Rentier pour cet article si clair, pondéré et critique. Quant à l’univers politique, moi qui l’ai fréquenté pendant une vingtaine d’années et pour y avoir endossé un mandat d’élue communale, je peux vous dire combien j’ai été atterrée (et le mot est faible) par la manière dont cette question avant tout médicale et scientifique a été très traitée. Le politique est largement sorti de son rôle dans la gestion de cette question. Il a, à mon sens, fait preuve d’un abus de pouvoir. Et les égo, voire narcissismes, des un.e.s et des autres ajoutés à la particratie dont souffre notre pays, risquent d’empêcher encore longtemps qu’une parole honnête, humble, ouverte soit publiquement portée sur cette lamentable gestion par le politique. J’espère me tromper mais …

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  5. Très « sage », comme d’habitude ! Merci Bernard .
    Nicolas.

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  6. Marie

    Que pensez vous de l’article (du Lancet!) ci joint qui contredit presque tout ce qui a été écrit sur le sujet, notamment vos 3 liens sur les modèles! Est ce sérieux?
    https://www.thelancet.com/journals/laninf/article/PIIS1473-3099%2822%2900320-6/fulltext

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  7. Marie de Croÿ

    Cher Monsieur,

    J’ai laissé un commentaire au bas de votre article, mais, n’étant pas une habituée, je ne sais s’il vous parviendra. Peut-être est il plus efficace de répondre directement à votre mail. Je suis consternée et abasourdie par l’article du Lancet ci-joint que renseigne Notre Bon Droit ce matin et qui semble contredire totalement le vôtre, en particulier vos liens sur le peu de fiabilité des « modèles ». Ne pourriez vous pas démonter cet article qui est quand même à la base de la décision officielle du Royaume Uni d’autoriser le nouveau vaccin « bivalent »?

    Je profite de l’occasion pour vous dire que j’apprécie énormément vos interventions et que je vous suis depuis le tout début. J’ai moi même écrit en son temps à la Libre Belgique pour dénoncer leur stigmatisation des non vaccinés, sans réponse bien entendu…

    Je vous envoie mon meilleur souvenir. Marie de Croÿ

    https://www.thelancet.com/journals/laninf/article/PIIS1473-3099%2822%2900320-6/fulltext

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    1. Bonjour ! Merci pour vos réflexions. Il y a beaucoup à dire à propos de cet article, à commencer par les conflits d’intérêt des auteurs… mais également sur la méthode de mesure des « averted deaths ». Dès que je trouve le temps, je vous réponds en plus de détails.
      Bien à vous.
      BR

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    2. Cet article me donne beaucoup de souci.

      Tout d’abord, il faut prendre l’habitude de regarder attentivement qui sont les auteurs et qui les finance ou les subventionne.
      Dans ce cas-ci, c’est assez clair. L’auteure principale a reçu des honoraires de consultante personnels de HSBC, GlaxoSmithKline et de l’OMS en rapport avec l’épidémiologie du COVID-19, elle est membre non rémunérée du conseil scientifique consultatif de MODERNA et de la Coalition for Epidemic Preparedness. Deux coauteurs ont reçu de l’OMS des contrats de consultance personnels liés au COVID-19. Ce travail a reçu des subventions de l’OMS, de GAVI, de ‘The Vaccine Alliance’ et de la Fondation Bill & Melinda Gates, […].

      L’équipe de chercheurs travaille à l’Imperial College de Londres, institution prestigieuse mais qui a été fortement critiquée pour la radicalité de ses modèles épidémiologiques de la crise Covid qui n’ont pas été confirmés par les faits (https://www.liberation.fr/checknews/2020/06/03/les-previsions-de-ferguson-qui-ont-conduit-de-nombreux-pays-a-se-confiner-etaient-elles-fantaisistes_1790061/).

      Ensuite, les écueils méthodologiques de la modélisation signalés par Alastair Munro (https://alasdairmunro.substack.com/p/against-models-as-propaganda) et d’autres chercheurs cités dans mon article de blog se retrouvent très exactement ici.

      Enfin, ce travail est axé sur la mesure des « décès évités », une des notions les moins fiables en modélisation puisqu’au fil du temps, les écarts à la norme ne veulent plus rien dire, surtout lorsqu’on intervient massivement sur le décours de l’épidémie, ce qui est le cas ici. En réalité, les décès évités peuvent l’être pour plusieurs raisons et pas uniquement à cause d’une politique vaccinale intensive et indiscriminée :
      – la population n’est pas la même à différents moments sur le plan de son statut immunitaire, le travail en question ne tient pas compte de l’immunité naturelle ;
      – il existe un effet moisson, les personnes les plus à risque alourdissant les premières phases épidémiques et n’étant plus là par la suite ;
      – le virus lui-même varie par vagues successives de variants. Attribuer l’évitement de décès au seul vaccin est délibérément réductionniste, comme si un seul élément déterminait à lui seul la réduction – ou l’augmentation – de la mortalité. On pourrait tenir le même raisonnement quant aux décès évités par la diminution de la pathogénicité des variants successifs ;
      – comme les très nombreux articles sur l’efficacité vaccinale, il n’est pris en compte que les décès attribués au Covid, les données sur la mortalité totale font défaut.

      A lire également, à propos précisément de cet article du Lancet, ceci : https://www.hartgroup.org/imperial-fantasy-of-20-million-lives-saved/ mais il faut savoir que pour les censeurs de la science, ça sent le soufre !

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      1. Marie de Croÿ

        Un tout grand merci, cher Monsieur, pour cette mise au point à la fois pertinente et nuancée.

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      2. Mathieu Sébastien

        et oui, je suis d’accord avec vos conclusions, qui relèvent encore une fois du bon sens et de la logique, deux notions qui ont fortement disparu au cours de ces 3 dernières années (la liste des incohérences et absurdités liées à la « gestion » de cette pandémie étant incommensurable), bref, revenons en aux vaccins qui, prétendument, aurait sauvé ici des millions de vies, déjà comment peut-on définir le nombre de vies sauvées, c’est IMPOSSIBLE, même sur la base de modèles mathématiques (foireux), d’autre part, quid de l’immunité naturelle?, quid des variants de moins en moins virulents? et comme vous dites, de l’effet moisson, un terme qui, je m’en souviens très bien, avait fait sourire ou rire Nathan Clumeck (mais apparemment il n’a pas trop capté vos propos….) lors d’une conférence dont j’ai oublié le nom. La première vague ayant été horrible, il ne faut pas le nier, une grande partie des personnes fragiles et/ou âgées ont malheureusement été « éliminées »….Bref, la science prend un tournant ‘ténébreux »…………..Un milieu assez corrompu, comment avoir encore confiance en celle-ci ??

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  8. Marie-Christine Peeters

    Un tout grand merci pour vos publications pertinentes .
    Merci aussi d’aborder ce chaos avec votre vision de scientifique intègre mais pas seulement .

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