Petit coup de pouce – utile mais étriqué – de la “variole du singe” à l’#OpenAccess

Après l’initiative de la Maison Blanche il y a une semaine, on apprend par Research Professional News que «Les leaders scientifiques européens ont soutenu un appel international en faveur d’un accès libre immédiat aux articles concernant des recherches sur la variole du singe, une maladie infectieuse déclarée urgence de santé publique de portée internationale par l’Organisation mondiale de la santé le mois dernier. Des partisans, dont le groupe des conseillers scientifiques en chef de la Commission européenne, ont signé une lettre ouverte aux éditeurs scientifiques, les exhortant à « accepter volontairement de rendre leurs publications sur la variole du singe et d’autres maladies à Orthopoxvirus immédiatement accessibles dans des dépôts publics appropriés afin de soutenir les efforts actuels de réponse à l’urgence de santé publique »». https://researchprofessionalnews.com/rr-news-europe-infrastructure-2022-8-european-leaders-call-for-open-access-to-monkeypox-papers/

S’il faut chaque fois une alerte épidémique pour pouvoir accéder à l’information scientifique en #OpenAccess, on n’est pas rendu…

L’initiative, comme en 2020 pour le Covid, est utile, évidemment, et il faudra l’applaudir si elle est entendue par d’autres éditeurs que le seul Springer Nature… Toutefois, elle risque fort d’être relativement éphémère, comme dans le cas du coronavirus SARS-CoV-2 en 2020 (cf. Elsevier’s Term and Termination) et surtout excessivement réduite du point de vue du domaine concerné. Cela va se limiter à la très rare littérature sur le monkeypoxvirus et les Orthopoxvirus, continuant ainsi à priver les chercheurs et prestataires de soins (en particulier dans des régions sensibles du monde où les problèmes épidémiques sont particulièrement préoccupants et où on n’a tous simplement pas les moyens d’acheter les publications scientifiques payantes) d’un accès libre aux travaux sur les autres poxvirus, sur d’autres familles de virus ainsi que sur les maladies infectieuses en général. C’est évidemment méconnaître l’utilité d’informations plus larges pour affronter les cas de cette infection (qu’on appelle malheureusement «variole du singe», bien que, comme précisé dès son apparition médiatique, ce ne soit ni une variole, ni du singe).

Les progrès en virologie (comme dans tous les domaines d’ailleurs) ont toujours été obtenus grâce aux connaissances acquises non seulement sur le virus qui préoccupe le chercheur, mais également sur d’autres virus proches mais parfois éloignés.

C’est une critique déjà formulée lors du moratoire sur l’accès libre aux publications concernant le SARS-CoV-2 et le COVID au début 2020.

Ce seront donc encore une fois les «preprints» en libre accès sur des plateformes ouvertes qui apporteront à tous et partout cette information plus large. Précisons que ces informations quasi exclusivement obtenues avec les moyens publics, utilisant des données publiques, sont souvent pour le moment séquestrées dans des publications payantes, d’où cet appel de la part des «leaders scientifiques européens». Dommage qu’il faille qu’un sentiment d’inquiétude, voire pour certains, de panique, apparaisse pour que les “leaders scientifiques” européens et mondiaux s’éveillent à l’impérieuse nécessité d’ouverture de la recherche publique…

Ne crachons pas dans la soupe, l’initiative est positive (même si elle n’est encore que sollicitée), mais reconnaissons qu’il existe, ne serait-ce qu’en matière de santé publique, une immense littérature très utile qui reste hors d’atteinte pour de très nombreux professionnels dans le monde qui devraient pouvoir y accéder sans entrave et sans qu’une potentielle pandémie soit présente à la clé pour en activer la prise de conscience.

Combien de pandémies, réelles ou non, faudra-t-il donc pour que le concept d’accès public libre aux résultats de la recherche publique commence à prévaloir…?


P.S.: Un avis concordant, et non des moindres : « Monkeypox and open access: time to change the narrative » par Robert Kiley et Johan Rooryck, de cOAlition S.

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