Pour le principe de précaution

C’est dès le 19 juillet 2021 que l’Agence Européenne des Médicaments a conseillé d’ajouter la myocardite et la péricardite à la liste des effets indésirables des deux vaccins à base d’ARN messager (ARNm) (BNT162b2 [Pfizer-BioNTech] et mRNA-1273 [Moderna]) contre le Covid-19, sur base de plusieurs rapports de pharmacovigilance faisant état de « cas rares (1)», confirmés dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) en janvier 2022 et par le CDC-US en avril 2022 (2). Ces différents rapports indiquent en effet que « de tels événements indésirables surviennent généralement dans la semaine qui suit l’injection, principalement après la deuxième dose du vaccin, qu’ils surviennent plutôt chez les hommes jeunes et qu’ils se traduisent par une évolution clinique bénigne et une courte durée d’hospitalisation ». Toutefois, l’incertitude sur l’ampleur du phénomène et l’absence totale de prise en compte de ces risques depuis lors dans les campagnes successives (3e injection dite ‘booster’, 4e injection dite ‘2nd booster’…) a amené une équipe française à se pencher scientifiquement sur la question et ce travail a fait l’objet d’une publication dans la revue Nature ce 25 juin 2022.

Les auteurs de cet article font remarquer que l’estimation des risques par genre, par groupe d’âge, par sorte de vaccin et par pathologie (myocardite et péricardite principalement), pour autant qu’on puisse disposer des données correspondantes, reste cruciale dans un contexte où de nouvelles campagnes de vaccination sont annoncées, en particulier vers les plus jeunes, avec des doses successives sans définition d’une limite aux rappels.

Ils concluent que « cette étude fournit des preuves solides d’un risque accru de myocardite et de péricardite dans la semaine suivant la vaccination contre le Covid-19 avec des vaccins ARNm, en particulier après la deuxième dose du vaccin ARNm-1273 [Moderna]. Des études futures basées sur une période d’observation prolongée permettront d’étudier le risque lié à la dose de rappel des vaccins et de surveiller les conséquences à long terme de ces inflammations aiguës post-vaccinales ».

Sans vouloir relancer un débat – de toute façon trop tardif – sur les risques de la vaccination en cours depuis un an et demi, et dans l’actuel contexte de l’atténuation progressive (comme annoncé dans ces colonnes depuis deux ans) de la pathogénicité des souches variantes du coronavirus SARS-CoV-2, il est vraiment crucial de réinsister sur la nécessité impérieuse de peser les risques respectifs des vaccins anti-Covid-19 et de l’infection naturelle devenue considérablement moins pathogène et d’appliquer en conséquence le principe de précaution, tout particulièrement vis-à-vis de ceux qui courent le moins de risques, à savoir les jeunes adultes, des adolescents, des enfants et même, comme aujourd’hui aux USA, des tout-petits dès l’âge auquel ils cessent de disposer de l’immunité maternelle et auquel ils peuvent développer la leur, soit dès l’âge de 6 mois (curieusement sans distinction entre ceux dont la mère a fait le COVID avant ou pendant sa grossesse, ceux dont la mère a été vaccinée avant ou pendant sa grossesse – 1, 2 doses ou plus – et ceux dont la mère n’a été ni infectée ni vaccinée). Il faut ajouter que ce 10 juin 2022, l’OMS recommandait de ne pas administrer le vaccin ARNm-1273 de Moderna aux personnes de moins de 12 ans, dans l’attente des résultats d’études complémentaires.

Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas se préparer à une surprise, à un imprévu, bien entendu. Un nouveau variant pourrait – même si un siècle de l’Histoire de la Virologie nous enseigne le contraire – manifester une virulence accrue (3). Mais c’est donc bien sur les cas graves que doit se focaliser le baromètre de la surveillance sanitaire, et non comme on le voit dans la presse presque tous les jours, sur le nombre de nouvelles contaminations détectées par PCR, appelées abusivement « cas ».


(1) En pharmacovigilance, un événement est considéré comme rare lorsque son taux d’incidence est inférieur à 0,001 (1 sur 1.000) et très rare à moins de 0,0001 (1 sur 10.000).

(2) Le CDC conclut néanmoins en recommandant la vaccination, considérant que les risques cardiaques consécutifs à la vaccination sont inférieurs à ceux que provoque l’infection naturelle par le virus « original » (WuHan, Delta). Cette conclusion devrait être réexaminée dans le contexte omicron. La même remarque s’applique à une autre publication dans Nature en décembre 2021.

(3) Il s’agirait alors d’une souche ayant subi une évolution majeure (antigenic shift) comme on en a connu avec les influenzavirus lors de chaque pandémie (1918, 1957, 1968), un événement qui ne s’est jamais produit dans un intervalle de moins de 10 ans. Bien que les deux familles de virus montrent des similitudes importantes (virus respiratoires, à haut taux de mutation, zoonoses), les coronavirus ne sont certes pas des influenzavirus et il faut rester prudent dans les comparaisons, les coronavirus ne s’étant auparavant jamais répandus en pandémie comme en 2020. Toutefois, à cette date, l’évolution épidémique est conforme à notre hypothèse de base qui repose sur l’épidémiologie de la grippe.

4 commentaires sur “Pour le principe de précaution

  1. Gillet Michel

    Merci encore pour ces nouvelles précisions.

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  2. Monsieur le Professeur,
    Au-delà des risques répertoriés par la pharmacovigilance, les bulletins hebdomadaires de SCIENSANO révèlent depuis des semaines que l’incidence des non vaccinés à l’hôpital ET aux soins intensifs est nettement moindre que celle des « vaccinés complètement ».
    Jusqu’il y a peu, certes, les vaccinés + booster avaient un « meilleur taux » d’incidence que les non vaccinés, dans ces 2 catégories. Dans le rapport hebdomadaire du 24 juin, toutefois, voilà que le taux d’incidence des boostés est légèrement supérieur à celui des non vaccinés pour les hospitalisations, et il est à égalité » pour les admissions aux soins intensifs.
    Dans tous les cas de figure, il y a moins de non vaccinés que de vaccinés des 2 types et, surtout, le « score » des personnes qui ont reçu deux doses de vaccin est CALAMITEUX.
    Je vous pose donc la question : a-t-on oui ou non rendu les gens plus fragiles en les vaccinant ?
    Dans l’affirmative, le principe de précaution n’irait-il pas jusqu’à ne plus recommander la vaccination à QUICONQUE ?
    Et dans la négative, quelle est l’explication du constat chiffré (et très marqué) ?
    Bien à vous. GH Lambert.

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    1. Je pense que votre interprétation est très clairvoyante.
      Mais je ne vois pas comment faire pour mieux recommander une lecture attentive des statistiques…

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      1. Quand j’ai écrit le message ci-dessus, je n’avais pas encore lu la réponse que vous aviez faite à l’autre (« Les leçons de la fermeture des écoles »). Depuis lors, j’ai regardé le film de Bernard Crutzen, « La loi, la liberté » (auquel je vous remercie de m’avoir renvoyé) et j’ai été rassuré de voir que je n’étais pas le seul à avoir scruté les chiffres de SCIENSANO. De la 9e minute à la 13e, le Pr Christophe de Brouwer explique (mieux que moi) comment le susdit organisme d’État glisse sous le tapis l’incontestable constat que les vaccinés sont à présent plus fragiles que les autres, face au covid. Rassuré mais aussi sidéré, à (au moins) deux titres : 1° Malgré ces chiffres, donnés par ses propres conseillers (M. Van Gucht n’a jamais travaillé ailleurs qu’à SCIENSANO…), le ministre de la santé persiste à vouloir NUIRE à la santé de ses concitoyens (et la commission santé du parlement a même voté son obligation vaccinale des soignants !) ; 2° La presse de courant dominant n’a pas rédigé UNE ligne d’écho à ce reportage. Elle a sans doute estimé qu’elle avait fait trop de publicité au précédent en passant le plus clair de son temps à l’éreinter…
        Vous avez déjà réussi à faire insérer des cartes blanches dans La Libre ; un titre comme « Il faut cesser d’urgence toute vaccination » ne lui semblerait-il pas suffisamment accrocheur pour vous ouvrir une nouvelle porte de ce genre (le cas échéant avec le professeur de Brouwer précité, voire avec Kenji Yamamoto https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35659687/ ) ?
        Mes propres tentatives d’ouverture à l’égard de la presse, je l’ai déjà dit, n’ont pas eu l’honneur même d’un accusé de réception et je rage parfois en me redisant à voix haute que celui qui regarde en laissant faire est aussi nuisible que celui qui abuse de la docilité d’autrui (alias « le plus grand nombre »).

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