Long mais mal connu

Par une opinion publiée ce samedi 11 juin dans La Libre, E. Cogan et M. Vanhaeverbeek apportent un correctif important par rapport à la fausse nouvelle du Soir du 2 juin qui affirmait, sur base de chiffres fournis par Sciensano (qui n’en tirait pas de conclusions) que le fameux « COVID long » toucherait une personne infectée sur trois en Belgique six mois après l’infection, une affirmation péremptoire dont on imagine aisément les effets anxiogènes et la reprise enthousiaste par une bonne partie de la presse. Les auteurs démontrent clairement le biais de sélection dans l’étude qui a malencontreusement amené Le Soir à en faire sa manchette.

Ce biais de sélection est, pour faire court, dû au fait que, lors d’une enquête, les personnes interrogées doivent être réparties de manière homogène, dans ce cas-ci, entre personnes ayant contracté le COVID et personnes ne l’ayant pas eu (avec une distinction, pour ces dernières, entre celles qui sont vaccinées et celles qui ne le sont pas, sachant qu’en outre, la vaccination anti-COVID nécessite plusieurs doses, boosters, etc). Une étude américaine ne présentant pas – ou beaucoup moins – ce biais de sélection que celle que rapporte Sciensano, publiée dans le journal Nature, conclut que la fréquence du COVID long serait plutôt de 7,8%. Cela reste considérable, il est vrai, mais toutefois très inférieur à 1/3.

Le COVID long – Définition

« Le COVID long est l’état dans lequel les personnes atteintes ne se rétablissent pas pendant plusieurs semaines ou mois après l’apparition de symptômes évocateurs du COVID-19, qu’ils aient été testés ou non. Le nom  » COVID long  » a été créé par les personnes qui en font l’expérience au printemps 2020 pour décrire leur parcours de non guérison ». Cette définition date de mai 2021, quand le phénomène a commencé à être fréquemment observé. Depuis lors, une définition médicale plus précise quoiqu’encore très imparfaite, a été proposée. Elle propose « une symptomatologie clinique comprenant de la fatigue, des malaises, de la dyspnée, des troubles de la mémoire et de la concentration ainsi qu’une variété de syndromes neuropsychiatriques comme principales manifestations, plusieurs systèmes organiques pouvant être impliqués », mais reconnaît qu’à l’heure actuelle, les mécanismes physiopathologiques sous-jacents sont encore mal compris. Sans une meilleure caractérisation, il est difficile d’identifier avec certitude ces différents symptômes comme une conséquence du COVID. Cogan et Vanhaeverbeek évoquent en outre le fait que le syndrome en question est également rencontré chez des personnes qui ont subi une longue hospitalisation en soins intensifs.

Les SPIA

Les séquelles post-infectieuses de longue durée ne sont pas l’apanage du SARS-CoV-2. Il existe de nombreuses pathologies inexpliquées du type « Covid long », comprises comme des séquelles d’agents infectieux divers. Le phénomène n’est donc pas nouveau, ni attribuable spécifiquement au COVID. On parle alors de SPIA, « syndromes post-infection aiguë » (en anglais, PAIS).

La liste est longue, on y trouve, aux côtés des PASC (Post-acute sequelae of SARS-CoV-2 infection) et du PACS (Post-acute COVID-19 syndrome), qui sont les vraies appellations médicales du COVID long, par exemple le Post-Ebola syndrome (PES), le Post-Ebola virus disease syndrome (PEVDS), le Post-dengue fatigue syndrome (PDFS), le Post-polio syndrome (PPS), le Post-SARS syndrome (PSS), le Post-chikungunya chronic inflammatory rheumatism (pCHIK-CIR). Plusieurs phénomènes similaires sont observés suite à l’infection par d’autres virus : le virus d’Epstein-Barr et la mononucléose infectieuse, le virus du Nil Occidental, le virus du Fleuve Ross, le virus Coxsackie B, le virus influenza H1N1/09, le virus de la varicelle et du zona, ainsi que des pathogènes non viraux comme Coxiella burnetii (syndrome de fatigue de la fièvre Q), Borrelia (maladie de Lyme) ou Giardia lamblia.

Burn out ?

Une très grande difficulté, concernant la gestion médicale du « COVID long », consiste à faire la distinction entre une pathologie post-infectieuse et d’autres manifestations de type burn out qui pourraient, en partie au moins, résulter de l’impact psychologique de l’anxiété et des conséquences socio-économiques des mesures sanitaires liées au COVID.

4 commentaires sur “Long mais mal connu

  1. Arnaud

    Bonsoir Pr Rentier,

    A votre connaissance, au sein du groupe de personnes n’ayant pas eu de COVID, peut-on observer une différence significative entre celles qui ont été vaccinées 1 dose, 2 doses, 3 doses et celles qui n’ont pas été vaccinées, en terme de survenue de la symptomatologie appelée « COVID long ». Autrement dit, dans chacun de ces sous-groupes, quelle est le pourcentage qui aurait présenté une symptomatologie évoquant un « COVID long » et ce pourcentage est-il différent d’un groupe à l’autre ?

    Merci et bonne soirée à vous.

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    1. Ce serait extrêmement utile d’avoir de telles informations. Malheureusement, la difficulté d’identifier ce qui peut être un Covid long rend une telle analyse très difficile.
      Une étude a montré que la probabilité de symptômes de Covid long diminuait après la vaccination et les données suggèrent une amélioration durable après une deuxième dose, pendant la durée d’observation (9 semaines) mais les auteurs reconnaissent qu’un suivi plus long serait nécessaire pour se prononcer. https://www.bmj.com/content/377/bmj-2021-069676
      Une étude française va jusqu’à conclure que la vaccination pourrait atténuer les symptômes du Covid long chez les personnes qui en souffrent, sans pouvoir proposer un mécanisme. Mais là encore, des vérifications sont vraiment nécessaires. https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=3932953

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  2. Svetlana Roudyk

    Est-il possible que dans certains cas ce qu’on appelle « le covid long » fasse partie des effets secondaires de la vaccination conte le Covid-19? Merci d ‘avance de votre réponse.

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    1. S’il y a des articles scientifiques en ce sens, je ne les ai pas vus…
      Beaucoup sont consacrés à une possible atténuation d’un COVID long chez des primo-infectés après vaccination, surtout avec 2 doses apparemment mais je n’ai pas vu de rapport d’un COVID long suite à une infection post-vaccinale, bien que de telles infections soient à présent fréquentes…

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