Perseverare diabolicum

La Libre en ligne, 1/4/22, titre : « La vaccination obligatoire des soignants passe la première lecture sans une date d’entrée en vigueur. La commission de la Santé de la Chambre a approuvé vendredi soir, après sept heures de débats, le projet de loi relatif à la vaccination obligatoire des professionnels des soins de santé contre la Covid-19. À la demande de l’opposition, une deuxième lecture sera nécessaire avant le renvoi du texte en plénière pour approbation définitive. »

Tout n’est donc pas bouclé, mais cette décision, aussi interpellante soit-elle, semble en bon chemin d’approbation définitive. Comment en est-on arrivé là, alors que cette future loi fédérale repose sur une croyance depuis longtemps invalidée par les observations scientifiques ?

Cette croyance est celle que – parfois à tort – on tend à appliquer aux vaccins en général, à savoir que non seulement ils protègent le vacciné mais également les personnes que celui-ci rencontre, la vaccination étant réputée capable d’empêcher la propagation. Ce mythe, qui s’applique dans certains cas, est loin d’être la règle. Il est particulièrement infirmé lorsque le site de vaccination et les organes impliqués pour l’immunisation sont différents de ceux où le virus se réplique, ce qui est le cas pour les virus respiratoires lorsque la vaccination est intramusculaire. Ce raisonnement est cohérent par rapport à l’observation de la prévention par les vaccins anti-Covid des formes graves de l’infection (celles où le virus ne se contente pas de se répliquer dans les voies respiratoires, mais se propage vers le sang et les organes internes).

Si une personne vaccinée reste susceptible de transmettre le virus (la charge virale est identique chez les vaccinés et les non-vaccinés, même si celle-ci s’estompe éventuellement plus rapidement chez les vaccinés, Medrxiv 2021a, Medrxiv 2021b, the Lancet 2021, UCDavis.edu, News-Medical-Net 2021, Medrxiv 2022, the Lancet 2022), rendre la vaccination obligatoire pour le personnel soignant est vide de sens. Une mesure efficace et plus logique serait de tester régulièrement ce personnel et l’écarter prudemment en cas de positivité. Un autre débat est alors de déterminer si un test PCR hypersensible est utile ou si un test antigénique bien réalisé suffit. Une telle mesure qui préserve la liberté de choix des personnes pour un consentement éclairé, s’avère bien plus protectrice vis-à-vis d’un patient fragile.

On en revient à la même logique que celle qui s’appliquait au Covid Safe Ticket, particulièrement « unsafe » puisqu’accordé d’office et sans test de dépistage à toute personne complètement vaccinée (la notion de vaccination complète ayant d’ailleurs varié au cours du temps, de 2 à 3 doses, avec, en outre, l’étonnante exception Johnson & Johnson). Il n’est pas inutile de continuer à insister sur l’aberration que constitue le CST maintenant désactivé puisque tout se met en place pour sa réactivation dès la première occasion que pourrait constituer à tout moment une reprise d’un variant de SARS-CoV-2 ou une flambée d’influenza ou de VRS ou encore d’un autre virus respiratoire.

Qu’on me comprenne bien : ceci n’est pas une critique du vaccin (même si je reste dubitatif quant à son application universelle et non-ciblée ainsi que sur son bien-fondé pour les jeunes) et il est inutile de me taxer d’antivax, ce que ne suis absolument pas. Il s’agit d’une critique de règles soi-disant sanitaires (CST, obligation vaccinale des soignants) qui manquent leur objectif avoué et sont même, par nature, dangereuses pour un public à risque.

Par ailleurs, il convient de s’interroger sur l’intérêt d’entamer, chez des non-vaccinés, une vaccination ciblant une ancienne souche virale, à l’heure où Omicron et son variant BA.2, fort éloignés antigéniquement de leurs prédécesseurs, sévissent et alors que leur pathogénicité est fortement réduite.

« La majorité a approuvé également quatre amendements, dont un concernant l’entrée en vigueur du dispositif. Plus aucune date n’est à présent fixée, celle du 1er juillet était jusqu’ici évoquée. La mise en œuvre de l’obligation devra être décrétée par un arrêté royal délibéré en Conseil des ministres. Celui-ci devra être motivé par des avis scientifiques établis, notamment par la Task Force Vaccination et le Conseil Supérieur de la Santé. »

Le Parlement s’apprête donc à voter une loi qui le dépouille de ses prérogatives en matière législative et ouvre un chemin dangereux par rapport au système démocratique. Je laisserai toutefois ces considérations à d’autres, vu que je n’ai aucune expertise dans le domaine de la politique. Néanmoins, ce procédé ne manque pas de heurter mon opinion de citoyen.

« Le projet de loi concerne uniquement les soignants, et non les autres membres du personnel des établissements de soins. »

Et voilà bien une autre aberration. Il n’est nullement besoin de longues explications pour faire comprendre que cette distinction n’a guère de sens et ne repose que sur une opinion. Certes, je m’en réjouis pour le personnel non-soignant, mais la discrimination est pour le moins interpellante.

« Aux yeux du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke, la vaccination est « un devoir déontologique évident ». »

C’est un véritable mantra que nous sert le ministre à chaque occasion. L’évidence dont il parle est, en réalité, une intuition.

« « Va-t-on virer des milliers de personnes ? Non, on pourra convaincre des milliers de personnes de se faire vacciner », a-t-il estimé. »

On peut se demander quel élément de conviction sera utilisé… Remarquons toutefois que le débat à la Chambre des Représentants porte bien « sur le licenciement et l’interdiction absolue d’exercer ». C’est ce qu’on appelle ‘virer’.

Enfin, certain•e•s député•e•s ont contesté la proportionnalité de la mesure, reproché l’absence d’étude rigoureuse de son impact sur l’occupation du personnel soignant, évoqué le court-circuitage du Parlement ou suggéré dans un ultime effort démocratique – en vain – « que l’éventuel arrêté royal soit approuvé dans les 7 jours par la Chambre… »

6 commentaires sur “Perseverare diabolicum

  1. Monsieur le Recteur, vous lire est toujours très intéressant et je regrette que les grands média ne vous lisent pas plus souvent et ne vous donnent plus que très rarement la parole. Le processus législatif sera probablement respecté, et cette loi ne pourra être contestée pour un quelconque manquement et une large majorité de personnes n’y trouvera rien à redire puisque depuis deux ans, on nous explique que la vaccination est notre seule planche de salut. Il est regrettable que les débats publics n’existent plus, que les argumentaires ne soient plus à la mode et que seule une poignée de scientifiques à la manœuvre soient encore acceptés dans les médias. Plus on renforce la conviction de la population qu’elle est protégée par ces lois et cette vaccination de masse, moins nous le sommes car les quelques « gestes barrières » qui peuvent atténués le risque sont négligés. Durant ces deux années, je vous ai lu, ainsi que quelques-uns de vos collègues, avec intérêt. Merci pour votre persévérance, apporter des nuances et des arguments à ce mantra, c’est se retrouver bien isolé et peut-être avoir raison un peu trop tôt.

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  2. Merci pour ce texte à nouveau probant et excellent. Pour que son contenu percole chez nos parlementaires, il faudra d’abord les piquer avec un vaccin à large spectre contre la bêtise, la méchanceté et l’opportunisme.

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  3. jacques aghion

    Il est regrettable que tant de personnes, même parmi celles qui pourraient être aisément renseignées – des chercheurs en biologie sensu latissimo – continuent d’ignorer la gravité de bien des « effets secondaires » de la vaccination anti Sras-CoV-2 (un collègue de l’ULiège vient de mourir de ce que son madecin a appelé une grippe avec un syndrome respiratoire sévère – Sras, n’est-ce pas ? et d’autres exemples, moins dramatiques sont légion).
    Ceux que d’aucuns appellent maintenant des « experts de plateau » se sentiraient-ils (et elles) déshonoré(e)s de reconnaître leurs erreurs ? Oui, errare humanum est mais …
    Bravo une fois encore pour ce texte à la fois informatif et très raisonnablement agressif.

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  4. c130554

    Certains services ont déjà réduit leur nombre de lit par manque de personnel soignant …mais où est le bon sens ?
    Merci à vous Mr Rentier pour vos informations .
    I..Dardenne

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  5. François Laviolette

    Bonne continuation à vous et merci cher Monsieur RENTIER ; comme vous, à ma petite échelle, j’essaye de réveiller la masse silencieuse et la déontologie bien mise à mal d’autres… on y arrivera petit à petit !! 🙂

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  6. Sur les considérations proprement médicales, l’argumentation est imparable.
    Mais comment ne pas voir que nos gouvernants ont perdu l’initiative dans le domaine de la santé comme dans beaucoup d’autres. L’Union Européenne couvre indûment et illégalement de plus en plus de domaines dont celui, précisément, de la santé. C’est ainsi que cette institution a annoncé l’apparition d’une législation rendant obligatoires des certificats EU Covid-19 à partir du 1er juillet 2022. Les gouvernements, par des zig-zag désarçonnant la population finiront par vouloir imposer la vaccination à tous contre toute logique. Ils sont pieds et poings liés à l’UE et n’ont aucune velléité d’exercer les prérogatives en matière de santé qui sont pourtant les leurs.
    Sans oublier le Grand Reset du Nouvel Ordre Mondial qui se veut l’instance supérieure (officieuse jusqu’à présent) des Etats-Nations, et pour lequel la Covid-19 est l' »opportunité » d’imposer la numérisation des individus, l’intelligence artificielle et la surveillance généralisée.
    Si ces réalités ne sont pas évoquées, on laissera longtemps l’éléphant s’installer dans le salon.

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