Les travailleurs de la santé ayant contracté une infection naturelle par le SARS-CoV-2 ne devraient pas être obligés de se faire vacciner

C’est une position que je défends depuis très longtemps (déjà depuis plusieurs décennies à propos de la vaccination grippale) et tout particulièrement depuis l’évocation d’une obligation vaccinale du personnel soignant, voire même de la population tout entière pendant la crise COVID-19.

Une lettre récente de Dennis G. McGonagle de l’Institut de médecine rhumatismale et musculo-squelettique de l’Université de Leeds, au journal The Lancet, exprime parfaitement mon point de vue sur le sujet. J’en reprends ici les passages essentiels, traduits en français.

«Selon l’étymologie, le mot immunité dérive du latin immunis, qui signifie exempt de service public, non taxé ; non grevé. Par extension, le terme immunité signifie exempté d’une maladie infectieuse particulière, mais il risque aujourd’hui d’être assimilé à une exemption d’emploi en raison des obligations de vaccination qui ont été mises en œuvre ou proposées dans différents pays ».

« Au Royaume-Uni, les professionnels de la santé non vaccinés risquent d’être licenciés de manière imminente parce qu’ils sont supposés présenter un danger pour eux-mêmes et pour les patients vulnérables, mais le gouvernement britannique mène actuellement une consultation pour savoir si cette obligation doit être supprimée ».

« Les personnes naturellement immunisées constituent une grande proportion des travailleurs de la santé, compte tenu de l’exposition au SARS-CoV-2 sur le lieu de travail. Il existe des arguments convaincants contre de telles obligations unilatérales qui méritent d’être rappelés en fonction des connaissances accumulées sur l’immunité aux infections virales des voies respiratoires ».

« Tout d’abord, il est bien établi que pour les virus à ARN en simple brin tels que les influenzavirus, l’immunité naturelle après guérison offre une meilleure protection que la vaccination qui, [pour les personnes fragiles], doit être effectuée chaque année en raison de l’affaiblissement de l’immunité vaccinale. Ceci a également été démontré dans une étude sur le SARS-CoV-2 où les personnes exposées à une infection naturelle étaient dix fois moins susceptibles d’être réinfectées que les personnes vaccinées sans infection naturelle. Les personnes exposées à une infection naturelle étaient également moins susceptibles d’être admises à l’hôpital avec COVID-19 ».

« Ensuite, avant la pandémie de COVID-19, il était solidement établi [pour les virologues expérimentés] que, bien que la vaccination systémique contre les agents pathogènes des voies respiratoires puisse protéger contre les infections graves, elle n’empêche pas l’infection des voies respiratoires ni la propagation du virus en raison d’un manque d’immunité mucosale. Par conséquent, les individus présentant une immunité résultant d’une infection naturelle sont probablement moins susceptibles de transmettre l’infection à des patients vulnérables par rapport à ceux qui sont vaccinés mais non immunisés naturellement ».

L’inconvénient est que l’immunité mucosale dans les voies respiratoires est difficilement mesurable et cette mesure ne peut être effectuée facilement qu’indirectement, dans la salive par exemple. En outre, les taux d’anticorps sériques ne sont pas du tout indicatifs de l’immunité des muqueuses. Et que ce soit dans les muqueuses ou dans le sang, le taux d’anticorps mesurés ne reflète que très approximativement le taux de protection immunitaire. En effet, dans la lutte anti-virale, les anticorps (immunité humorale) ne sont pas les seules armes à notre disposition, le rôle de l’immunité innée et celui de l’immunité cellulaire étant prépondérants. Par ailleurs, un taux d’anticorps mesuré ne peut préjuger de la capacité de développer très rapidement une réponse immunitaire secondaire en cas de rencontre avec le virus.

« Finalement, de nombreuses études ont montré que la vaccination chez des personnes ayant déjà été infectées par le SARS-CoV-2 induit ce que l’on appelle une super-immunité (ou immunité hybride), c’est-à-dire des réponses plus élevées des anticorps et des lymphocytes T par rapport à la vaccination seule. Ce concept est souvent évoqué en faveur de la vaccination, mais cet état de super-immunité n’a pas de corrélations cliniques à long terme prouvées, et de plus en plus d’études montrent qu’il n’existe que des avantages supplémentaires marginaux, voire nuls, de la vaccination chez les personnes ayant une immunité naturelle. Il est erroné d’attribuer à la vaccination une supériorité par rapport à l’infection naturelle sur la base du fait que des réponses plus élevées en anticorps sériques sont comptées chez les vaccinés, car un temps considérable peut s’être écoulé depuis l’infection naturelle, avec une diminution tout-à-fait normale des niveaux d’anticorps ».

« La vaccination intramusculaire génère facilement une réponse en anticorps, qui est mesurable sous forme d’anticorps sériques, bien que de façon transitoire. Ce phénomène ne peut pas être utilisé pour affirmer que les vaccins sont meilleurs que l’infection naturelle ».

« Dans certains pays, dont l’Allemagne, les voix des immunologistes concernant l’équivalence entre l’immunité naturelle et la vaccination sont au moins partiellement entendues, puisque les travailleurs de la santé qui se sont rétablis d’une infection naturelle par le SARS-CoV-2 sont exemptés de la vaccination obligatoire pendant 90 jours. Cependant, compte tenu de l’histoire de la pneumonie virale et de l’immunité naturelle, le fondement scientifique de ce délai n’est pas clair, il devrait sans doute être indéfini ».

« L’Angleterre connaît actuellement une pénurie de personnel de santé, qu’un mandat de vaccination ne ferait qu’exacerber ; en fait, cela semble être le principal facteur qui a poussé le gouvernement britannique à reconsidérer sa politique. Pour éviter une nouvelle crise du personnel de santé, il faudrait notamment sensibiliser les politiciens à la puissance de l’immunité naturelle chez les personnes qui se sont remises du COVID-19 ».

Ce problème de pénurie de personnel soignant est patent également en Belgique et il est, en ce moment, bien plus responsable de la saturation hospitalière que le nombre d’admissions. En fait, l’idée de la vaccination obligatoire – par principe – du personnel soignant dans l’ensemble des établissements de soins ne repose sur aucune base scientifique. Sans entrer ici dans le débat sur ce qui amène des soignants à refuser la vaccination – les raisons peuvent être très diverses – et en respectant la liberté de chacun d’opérer un choix (pour rappel, la vaccination nécessite un consentement éclairé), deux constatations s’imposent :

1) pour ce qui est du danger pour les patients, le personnel vacciné, on le sait aujourd’hui, est tout aussi potentiellement vecteur du virus que le personnel précédemment infecté et non-vacciné. A vrai dire, il l’est également tout autant que les non-vaccinés tout court. Les évidences concernant la transmission malgré la vaccination sont actuellement très nombreuses : d’une part, le constat épidémiologique est clairement que le virus circule dans la population vaccinée, et d’autre part, la charge virale produite lors de l’infection est équivalente, que l’on soit vacciné ou non (Acharya et al. 2021, Singanayagam et al. 2021, Salvatore et al. 2021, Riemersma et al. 2021, Puhach et al. 2022).

2) pour ce qui est du danger pour eux-mêmes, c’est-à-dire en réalité du risque pour leur établissement de soins de devoir les mettre en quarantaine en cas d’infection, il est le même pour les vaccinés que pour les guéris non-vaccinés. A vrai dire, il l’est également pour les non-vaccinés tout court. Et ce n’est pas en limogeant les non-vaccinés qu’on va résoudre le dilemme de la surcharge, on va l’aggraver, au contraire.

Durant ce que je m’obstine à appeler la COVID-21, ces considérations sont plus que jamais évidentes. Elles remettent également en question l’idée étrange de vacciner les convalescents d’une infection par le SARS-CoV-2.

2 commentaires sur “Les travailleurs de la santé ayant contracté une infection naturelle par le SARS-CoV-2 ne devraient pas être obligés de se faire vacciner

  1. Marie de Croÿ

    Merci pour cet éclairage limpide!

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  2. Verté Patrick

    Sur la même logique, supprimer leur CST aux personnes qui n’ont pas reçu leur dose booster et qui ont eu le covid n’a pas de sens. C’est pourtant ce que la Belgique compte faire, surtout pour tous ceux qui se sont mis en quarantaine après un autotest et n’ont pas fait de PCR.

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