Et l’immunité mucosale ?

🟦 Les anticorps

Les anticorps, macromolécules capables de se fixer par stéréocomplémentarité à des macromolécules « non-soi », généralement des protéines (ou glycoprotéines) dites antigènes, sont constitués de deux domaines :

🔸 Fab (fraction antigen-binding) capable de se lier à une région d’un antigène qui lui est stéréocomplémentaire, dite épitope, et

🔸 Fc (fraction cristallisable ou fraction constante) responsable de la fonction physiologique de l’anticorps.

Schéma d’une immunoglobuline monomérique

On distingue 5 classes d’immunoglobulines : IgG, IgA, IgM, IgD et IgE caractérisées par leur domaine constant Fc (pour une revue générale sur les anticorps, l’article de Wikipedia qui leur est consacré est très didactique et complet).

Différentes sortes (isotypes) d’immunoglobulines

🟦 Qu’est-ce que l’immunité mucosale ?

Le système immunitaire mucosal est indépendant du système immunitaire systémique et protège les surfaces muqueuses exposées contre les antigènes environnementaux. Il agit en première ligne de défense contre la plupart des antigènes. Les muqueuses sont la principale porte d’entrée des agents pathogènes dans le corps. Le système immunitaire mucosal est constitué d’un réseau complexe de tissus, de cellules lymphoïdes et non-lymphoïdes et de molécules effectrices, notamment des cytokines, des chimiokines et des anticorps de classe IgA.

Les IgA sécrétoires (S-IgA) jouent un rôle crucial dans la défense immunitaire des surfaces muqueuses, première porte d’entrée du SARS-CoV-2. Les tests sérologiques qui détectent les IgA ciblant la protéine Spike spécifique du SARS-CoV-2 et la protéine de nucléocapside (NP ou N)) peuvent donc représenter une piste diagnostique et thérapeutique importante.

Les données actuelles suggèrent que l’infection par le SARS-CoV-2 suit un schéma d’immunisation similaire à celui du SARS-CoV-1. Le domaine de liaison au récepteur (receptor binding site, RBD) de la protéine Spike du virus reconnaît le récepteur humain de l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 (ACE2) qui est exprimé par les cellules épithéliales et qui facilite la pénétration du virus dans ces cellules. Les anticorps anti-RBD de type immunoglobuline (Ig) M sont le premier isotype à être produit contre le nouvel antigène. Ils peuvent être détectés dès le troisième jour suivant l’apparition des symptômes et changent généralement de classe par la suite pour devenir des IgG. C’est la commutation isotypique. Le changement de classe peut également entraîner la formation d’IgA.

Les IgA sont principalement produites par les plasmocytes dans une région (lamina propria) adjacente aux surfaces muqueuses. Cette commutation isotypique ne modifie pas la spécificité de l’anticorps vis-à-vis de l’antigène correspondant, mais permet plutôt d’obtenir différents effets biologiques par le biais de la région Fc de l’anticorps.

Synthèse et transport des immunoglobulines

On dispose de peu d’études systématiques sur la production d’S-IgA chez les patients COVID-19. Les tests sérologiques rapportés se concentrent sur les IgM, IgG et les immunoglobulines totales, alors que les IgA, lorsqu’elles sont sécrétées dans le mucus après avoir traversé l’épithélium (pour cela, elles s’associent en dimères, les deux monomères étant reliés par une « pièce sécrétoire »), jouent un rôle important dans l’immunité des muqueuses. L’S-IgA est en fait l’immunoglobuline la plus importante pour la lutte de première ligne contre les agents pathogènes dans le système respiratoire et le système digestif. En outre, contrairement aux IgG, les IgA ne sont pas impliquées dans une amplification de l’infection dépendant des anticorps (ADE). Les S-IgA peuvent neutraliser le SARS-CoV-2 avant qu’il n’atteigne les cellules épithéliales et ne s’y lie. La quantité d’S-IgA spécifiques du RBD dans la muqueuse respiratoire peut donc servir d’indicateur de la capacité de résistance immunitaire de l’hôte, qui peut être directement mesurée dans la salive et permet d’utiliser la détection des IgA comme marqueur de diagnostic précoce, comme montré ici, ici et ici.

🟦 Les vaccins stimulent-ils l’immunité mucosale ?

Le développement exceptionnellement rapide de vaccins à grande échelle contre le SARS-CoV-2 a pris le pas sur les travaux immunologiques fondamentaux nécessaires à une bonne compréhension des caractéristiques essentielles de l’immunité contre ce virus, en particulier sa composante mucosale.

La vaccination par ARN messager BNT162b2 (Pfizer/BioNTech) suscite la production d’anticorps neutralisants dans le sang, mais pas dans la salive, ce qui indique que l’immunité des muqueuses oro-nasales est peu activée par ce protocole de vaccination, expliquant l’infectiosité du virus qui reste active chez les personnes vaccinées. Des travaux ont cependant laissé entendre que ce même vaccin suscite la production d’S-IgA nasales et salivaires, la question n’est donc pas encore tranchée.

Des chercheurs ont montré, chez la souris, que des vaccinations intranasales avec des vaccins à adénovirus vecteur, après une vaccination intramusculaire préalable avec un vaccin à ARN messager ou à ADN vectorisé, relancent une immunité systémique mais également mucosale. Contrairement à deux applications intramusculaires d’un vaccin à ARN messager aux souris, les vaccinations initiales intranasales avec des vaccins à adénovirus vecteur induisent des niveaux élevés d’S-IgA mucosales et de lymphocytes T-mémoire au niveau des poumons et une neutralisation des variants viraux préoccupants dans les muqueuses. Ces résultats appuient une autre étude indiquant que le niveau des S-IgA mucosales induites par la vaccination par ARN messager dépendrait de l’immunité préexistante. En effet, la vaccination n’a induit qu’une faible production d’S-IgA mucosales chez les individus ne présentant pas d’immunité mucosale anti-SARS-CoV-2 préexistante mais plus forte chez les personnes ayant fait le COVID-19. Les personnes séropositives vaccinées ont pu produire rapidement des réponses S-IgA anti-spike relativement élevées en renforçant l’immunité muqueuse préexistante.

Ces différents travaux ont incité fortement les chercheurs à développer un vaccin intranasal sensé activer la réponse immunitaire mucosale (lire ceci et ceci). Toutefois, il semble que cette technique ne donne pas entièrement satisfaction dans le cadre de la vaccination anti-grippale.

L’efficacité protectrice d’un vaccin est affectée par la nature de l’antigène, du véhicule d’administration de l’antigène et de l’adjuvant, mais également par la voie d’immunisation. Il est généralement admis que l’immunisation par voie muqueuse, à l’aide d’antigènes sous-unitaires, peut susciter des réponses immunitaires muqueuses mais également systémiques robustes conférant une protection contre des agents pathogènes muqueux spécifiques. Des observations réalisées sur des vaccins expérimentaux et des modèles animaux suggèrent que, dans certaines circonstances, les voies systémiques d’immunisation ont le potentiel d’induire des réponses immunitaires à la fois dans le compartiment systémique et dans plusieurs compartiments muqueux. Cependant, on ignore dans quelles circonstances une immunisation systémique peut déclencher une réponse immunitaire mucosale protectrice et si les observations faites dans les modèles animaux sont transposables aux humains.

On comprendra que les observations disponibles aujourd’hui ne permettent pas de trancher clairement la question : les vaccins actuels confèrent-ils une immunité mucosale suffisante pour protéger efficacement de l’infection et empêcher la propagation du virus ?

On ne peut actuellement y répondre qu’en prenant en compte le fait que les personnes vaccinées peuvent être infectées, qu’elles peuvent propager le virus et qu’elles puissent être porteuses d’une charge virale équivalente à celle que portent les personnes non vaccinées infectées, alors que la protection conférée par les vaccins se manifesterait plutôt contre les formes graves impliquant l’invasion du système circulatoire et éventuellement des organes par le virus. Ceci est confirmé par l’observation actuelle du progrès des contaminations dans la population vaccinée.

Ces diverses observations mettent en évidence le rôle essentiel de l’immunité mucosale dans la défense naturelle contre le SARS-CoV-2 et montrent l’intérêt de prendre en considération les sécrétions salivaires, nasales et lacrymales pour l’évaluation de l’immunité de première ligne chez les personnes infectées.

4 commentaires sur “Et l’immunité mucosale ?

  1. Yannick Molitor

    Je reçois ce jour la convocation à la vaccination pour mes enfants.
    Dans le paragraphe sur les raisons de vacciner votre enfant je lis :
    « l’immunité après la vaccination est, elle aussi, meilleure et plus durable qu’avec une infection au virus ».
    Or une étude de grande envergure du CDC dit tout le contraire :
    https://www.reuters.com/business/healthcare-pharmaceuticals/prior-covid-infection-more-protective-than-vaccination-during-delta-surge-us-2022-01-19/

    Est-ce bien légal d’écrire des mensonges dans un courrier officiel ???

    Aimé par 1 personne

    1. Je ne m’étonne plus de rien… Non seulement la vaste étude du CDC le montre clairement mais c’est archi connu depuis les balbutiements de la virologie…

      Aimé par 1 personne

    2. Et à côté de celle-là, il y a aussi quelques autres références:

      ● 146 Research Studies Affirm Naturally Acquired Immunity to Covid-19: Documented, Linked, and Quoted.
      https://brownstone.org/articles/79-research-studies-affirm-naturally-acquired-i mmunity-to-covid-19-documented-linked-and-quoted/

      ● The review and autopsy of two Covid immunity studies
      https://brownstone.org/articles/a-review-and-autopsy-of-two-covid-immunity-st udies/

      ● Robust T Cell Immunity in Convalescent Individuals with Asymptomatic or Mild COVID-19
      https://doi.org/10.1016/j.cell.2020.08.017

      ● Covid 19 natural immunity
      https://systems.enpress-publisher.com/index.php/ti/announcement/view/144

      ● SARS-CoV-2 antibody-positivity protects against reinfection for at least seven months with 95% efficacy
      https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/14760584.2022.2012457?journa lCode=ierv20

      ● Lasting immunity found after recovery from COVID-19
      https://www.nih.gov/news-events/nih-research-matters/lasting-immunity-found -after-recovery-covid-19

      ● Association of SARS-CoV-2 Seropositive Antibody Test With Risk of Future Infection.
      https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/fullarticle/2776810

      Aimé par 1 personne

  2. […] est que l’immunité mucosale dans les voies respiratoires est difficilement mesurable et cette mesure ne peut être effectuée facilement qu’indirectement, […]

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