Des pommes et des poires…

Toute la presse a diffusé la semaine dernière (27.08.2021). un argument qu’avait avancé Paul Magnette, président du parti socialiste belge au micro d’RTL : « Quand l’OMS a décidé d’éradiquer la polio, on l’a fait à travers un vaccin obligatoire, et heureusement car la maladie a été éradiquée ».

Certes, on ne peut attendre de l’interviewé d’être un familier du monde complexe des virus, mais dans un cas comme celui-ci, où l’erreur apparaît dans le titre-même de l’interview, il est étonnant que personne n’ait réagi, qu’il n’y ait pas eu de démenti ou, à tout le moins, un correctif, ce qui pourrait entraîner des conséquences très importantes, et de grandes désillusions.

Petite remise des idées en place :

En amalgamant Coronavirus et Poliovirus, on risque fort d’ignorer qu’on ne parle pas du tout de la même chose. La polio n’est absolument pas éradiquée. Elle est seulement contrôlée. Dans les communautés qui refusent la vaccination, la poliomyélite infantile réapparaît très rapidement… Et dans plusieurs pays, elle sévit toujours.

La très grande majorité des personnes infectées par le poliovirus ne souffre de rien de plus qu’une diarrhée, le virus circule donc dans les eaux usées et peut repasser dans l’alimentation pour peu qu’on n’y prenne garde. Pour se rendre dans le système nerveux, le poliovirus doit franchir la paroi intestinale, passer dans le sang et puis franchir une nouvelle barrière qui sépare efficacement le sang du système nerveux, il faut donc des lésions et c’est rare. Mais si on a dans le sang des anticorps dûs à la vaccination, le virus est neutralisé. Le vaccin est donc efficace contre la forme grave, un peu comme pour le SARS-CoV-2. Bien que le poliovirus n’ait pour seul hôte que l’être humain, il n’est toujours pas complètement éradiqué, malgré les efforts de l’OMS pour vacciner le monde entier.

Le seul virus dont on se soit définitivement débarrassé est le poxvirus de la variole (officiellement éradiqué en 1980), suite à une campagne de vaccination universelle de l’OMS. Contracter le virus veut dire être malade et dans un très grand nombre de cas, en mourir. Il n’y a donc pas d’asymptomatiques, ce qui facilite considérablement le suivi de l’épidémie. Et le seul hôte du virus est l’être humain.

Les coronavirus ont plusieurs caractéristiques qui les rendent très différents de la variole, et même de la polio : ils sont transmis par les voies respiratoires, ils n’infectent pas que les humains mais disposent d’un vaste réservoir animal et enfin leur génome n’est pas stable mais est sujet à de très fréquentes mutations qui permettent l’émergence de variants susceptibles d’échapper à la défense immunitaire de leur hôte.

S’imaginer qu’en vaccinant toute la population belge, on va débarrasser le pays du SARS-CoV-2 est une idée tellement irréaliste que rares sont ceux qui y croient encore. S’imaginer qu’en vaccinant toute la population mondiale – à supposer même qu’on y parvienne – on va éradiquer le SARS-CoV-2, est encore plus illusoire car il dispose de réservoirs animaux quasi illimités. Le COVID-19 est effectivement une zoonose.

Ces caractéristiques sont bien connues des spécialistes depuis de nombreuses décennies. Il y a quelques mois, les mettre en évidence pour expliquer l’échec – prévisible d’avance – de l’objectif d’éradication était inconvenant et sujet à critique virulente. Aujourd’hui, l’idée fait le chemin qu’elle aurait dû faire d’emblée car elle commence à invalider la notion simpliste du ‘tout-au-vaccin’. La conséquence de cet échec annoncé est qu’il faut, comme nous le répétons inlassablement, se préparer à « revivre malgré le virus », en renforçant les capacités sanitaires, en rendant à la médecine de première ligne sa fonction de prise en charge précoce des personnes infectées, en épargnant aux enfants une vaccination qui n’est pas absolument claire quant à ses risques à terme.

Encore une fois, lorsqu’on est sorti de l’urgence de la gestion de crise, c’est à la gestion du risque qu’il faut consacrer ses efforts. En misant sur l’illusion d’une éradication, on gaspille énergie et moyens qui devraient être consacrés à organiser la résistance au virus et à ses variants.

5 commentaires sur “Des pommes et des poires…

  1. Patrick Verté

    Au sujet de la variole, la page wikipedia rapporte les éléments suivants: « En 1950, l’Organisation Sanitaire pan américaine (OSPA), s’appuyant sur un nouveau procédé développé par le virologue Leslie Collier, entreprend d’éradiquer la variole des Amériques (ce résultat sera atteint en 1967, sauf au Brésil)80. L’Union soviétique propose à l’Organisation mondiale de la santé, en 1958, d’éradiquer entièrement la variole, qui faisait alors 2 millions de victimes par an dans le monde81. La stratégie initiale, prévue pour l’éradication dans les pays du Tiers-Monde, estimait qu’un taux de vaccination de 80 % au moins (seuil de l’immunité grégaire) était nécessaire pour éradiquer le virus81. La campagne de vaccination se révèle ardue à mettre en œuvre81.

    Le rapport final de la Commission mondiale pour la certification de l’éradication de l’OMS note :

    « Les campagnes d’éradication reposant entièrement ou essentiellement sur la vaccination de masse furent couronnées de succès dans quelques pays mais échouèrent dans la plupart des cas. […] En Inde, cinq ans après une campagne nationale d’éradication entreprise en 1962 (55 595 cas), le nombre de notifications était plus grand (84 902 cas) qu’il ne l’avait jamais été depuis 1958. Il eût été extrêmement coûteux et logistiquement difficile, sinon impossible, d’atteindre des niveaux beaucoup plus élevés de couverture. Avec les moyens disponibles, il fallait absolument changer de stratégie82. »

    L’OMS change alors de stratégie en 1967, mettant en œuvre la « stratégie de surveillance et d’endiguement », qui consiste à isoler les cas et à vacciner tous ceux qui vivaient aux alentours de foyers d’épidémie. Une équipe internationale est constituée sous la direction de l’Américain Donald Henderson.  »

    Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Variole#Vaccinations_modernes_(XXe_si%C3%A8cle)

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    1. C’est exact. L’éradication n’a pu être obtenue que par une vaccination universelle, suivie de campagnes plus ciblées pour éliminer les poches restantes.

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      1. JANNE

        LA covid ,acronyme genré 😉

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      2. Et vraiment plus utilisé au féminin par personne 😊
        J’avais tenu bon jusqu’ici mais ça devenait ridicule !
        Et tant pis pour l’Académie française où il y’a, il est vrai, bien plus d’immortels que d’immortelles, et qui trouve qu’une maladie, ça doit être féminin.
        Comme le choléra ou le tétanos,… oups, pardon !

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  2. Michel Lecoq

    « Il n’y pas que des éléphants dans les magasins de porcelaine : il y a aussi des énarques. » Iegor Gran.
    Magnette : président de parti, politologue, on peut l’assimiler à un énarque.

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