Et si on réhabilitait l’immunité collective ?

A plusieurs reprises durant cette pandémie, j’ai évoqué le concept de l’immunité collective, et cela a eu le don de faire hurler beaucoup de monde, en ce compris les experts les plus influent du pays. Traduite en « laisser courir le virus», l’idée-même été associée à une notion d’eugénisme, comme si elle signifiait nécessairement l’abandon de tout élément de prudence sanitaire et de tout contrôle, comme si elle poussait à un débridement coupable entraînant la mort des plus faibles, en quelque sorte un nettoyage des moins résistants… Cette image, parfois même assimilée à “l’euthanasie des moins adaptés”, a bien marqué les esprits, au point de donner une réputation sulfureuse à une expression qui constitue un des principes de base de l’épidémiologie : l’immunité collective (herd immunity).

Tous les virologues de ma génération savent néanmoins qu’il s’agit là du seul moyen de venir à bout des épidémies. Aujourd’hui, après quelques mois de bannissement absurde du concept, la notion d’immunité collective (qu’elle soit naturelle ou artificielle ou une combinaison des deux) est revenue au devant de la scène comme l’unique voie de sortie de la pandémie. C’est le retour d’un principe quasi-séculaire qui est au fondement de l’épidémiologie des virus à transmission aérogène.


❓❓❓ DE QUOI PARLE-T’ON ?

L’immunité collective est, en biologie des populations, un état de protection immunitaire d’un nombre suffisant d’individus pour empêcher la circulation d’un agent infectieux.

La propagation d’un virus est d’autant plus effective que la population-cible dans laquelle il circule est dense. Chaque personne ayant acquis une immunité contre ce virus est virtuellement soustraite à la chaîne de reproduction du parasite et cesse de constituer pour lui un vecteur potentiel. Tout se passe alors comme si la densité de population-cible était réduite d’autant. La propagation du virus est donc fort ralentie et elle s’arrêtera lorsque les individus encore sensibles seront suffisamment dispersés pour ne plus donner au virus l’occasion d’encore trouver une cible.

C’est ce principe qui est imité artificiellement mais très rapidement, celui-là, par la distanciation physique, qui met les cibles hors de portée du virus en quelque sorte. C’est aussi la base du principe du ‘lockdown’, du confinement. La différence est cependant considérable : l’immunité collective est durable alors que, par contre, la distanciation physique (accompagnée du ‘lockdown’ et du confinement, des fermetures de magasins, de restaurants, de salles de spectacle et de toutes les restrictions sur des activités de proximité ou de groupe ainsi que les métiers correspondants et tout particulièrement la notion très belge de “bulle”) donne rapidement lieu à une distanciation sociale avec son lot de conséquences et ne peut se prolonger dans le temps. Le retour à la normalité entraîne automatiquement une reprise de l’épidémie ainsi interrompue et postposée. C’est pour cette raison qu’on assiste au désormais fameux « yoyo des mesures ».

Pour prendre un exemple certes imparfait mais illustrant relativement bien le fait que le confinement est une fuite, une reddition, un dernier ressort quand tout a échoué, on peut dire que confiner, c’est comme plonger dans l’eau et rester en apnée sous la surface pour échapper à des moustiques voraces. On ne peut y rester longtemps sans se noyer, il faut émerger tôt ou tard pour respirer et à ce moment ,on se fait piquer. Trois solutions: soit on espère que les moustiques vont partir tout seuls, soit on trouve un moyen de les faire partir, soit on les affronte en s’équipant adéquatement pour revivre normalement ou presque, pour soigner et pour prévenir. C’est cette troisième solution qui est la seule possible à terme et c’est en elle qu’il faut investir massivement. Pas en achetant des tubas pour respirer sous l’eau.

❓❓❓ COMMENT ATTEINDRE L’IMMUNITÉ COLLECTIVE ?

Il existe deux grandes voies vers l’immunisation collective qui, vous l’aurez compris, n’est pas le moins du monde un objectif cynique et cruel mais la seule issue réaliste pour toute épidémie, y compris les pandémies qui, elles, requièrent une coordination planétaire.

➡️ La première est l’immunisation collective naturelle, celle qui se produit lorsqu’on ne fait rien et qui, pour se passer dans les meilleurs conditions, doit être strictement et attentivement contrôlée par toute une série de principes et de procédures.

➡️ La seconde est l’immunisation collective artificielle, que peut nous conférer un vaccin et qui, pour agir dans les meilleures conditions, doit s’avérer à la fois efficace et sans danger, ce qui requiert une vérification parfaitement normée et contrôlée mais qui prend, en principe, de nombreuses années.

L’idée d’ouvrir la société lors d’une accalmie de l’épidémie pour obtenir une immunité collective naturelle a été – et continue à être – le sujet d’objections acharnées. Examinons les sereinement.

🤔 « Mais, cher Monsieur, l’immunité collective naturelle n’existe pas ! »

Cette objection se fonde tout d’abord sur l’affirmation péremptoire selon laquelle l’immunité collective naturelle n’aurait jamais existé, ce qui revient à nier un nombre gigantesque d’observations médicales et de santé publique réalisées sur plus d’un siècle, désormais incontestables scientifiquement. Cette protection naturelle et spécifique est en effet bien connue pour beaucoup d’infections dans lesquelles le virus frappe dès le plus jeune âge (rougeole, rubéole, oreillons, avant l’ère des vaccins), immunisant ainsi périodiquement les nouveaux jeunes individus sensibles pour la vie entière.

La négation de l’immunité collective naturelle trouve également un argument dans les quelques cas de réinfection par le SARS-CoV-2 qui ont été signalés, notamment dans la ville brésilienne de Manaus où la séroprévalence (taux d’anticorps dans le sang) atteignait les deux tiers de la population, mais où quelques cas de COVID-19 résurgents ont été rapportés. La population y vit dans des agglomérations énormes, surpeuplées, à faible niveau socio-économique et tributaires de grands bateaux surchargés pour leur mobilité. Il est difficile d’établir une théorie entièrement nouvelle sur la base d’observations aussi ténues et localisées, en regard de l’ensemble de la pandémie qui a atteint actuellement entre 10 et 20 % de la population mondiale et où de telles observations n’ont pas – ou rarement – pu être faites.

🤔 « Mais, cher Monsieur, l’immunité collective naturelle suppose que l’immunité individuelle contre le virus puisse être de longue durée, ce qui n’est peut-être pas le cas ! »

L’exemple connu et souvent mis en avant pour étayer cette thèse et celui de l’influenza, la « vraie grippe », dont l’immunité, naturelle ou vaccinale, ne persiste pas longtemps, non pas parce que cette immunité faiblit mais parce que le virus, fortement sujet à des mutations et également des recombinaisons géniques, n’est plus reconnu par notre système immunitaire. On peut s’attendre à un phénomène similaire avec le SARS-CoV-2. On comprendra donc que cette évasion immunitaire vaut autant pour l’immunité vaccinale que pour l’immunité naturelle et c’est la raison pour laquelle la vaccination contre la grippe doit, lorsqu’elle est pratiquée, être répétée régulièrement.

Si l’immunité est de courte durée, alors COVID-19 pourrait devenir une infection virale endémique et probablement annuelle comme la grippe saisonnière. Même si l’immunité naturelle s’avère de courte durée, il demeurera important d’établir une immunité collective pour protéger les groupes à haut risque d’emblée et chaque année, sans blocages récurrents et prolongés de la société qui dévastent l’économie et, par conséquent, l’espérance de vie des moins nantis et le bien-être général de la population.

Par contre, si l’immunité naturelle n’est pas durable, cela poserait un problème pour l’éventuelle immunité collective artificielle qu’induirait un vaccin, car la population mondiale pourrait dans ce cas avoir besoin de vaccins produits et distribués partout et chaque année.

🤔 « Mais, cher Monsieur, les coûts en termes de décès et de souffrance physique durant l’établissement de l’immunité collective naturelle seraient trop élevés ! »

Cette objection ne tient pas compte de l’équilibre nécessaire entre, d’une part, les effets directs de la COVID-19 et d’autre part, les effets indirects des mesures sanitaires. Elle sous-estime les dommages collatéraux et néglige l’analyse coûts-bénéfices où il a été démontré que les coûts de tous ces effets en termes non seulement de décès et de souffrance physique, mais également de souffrance psychologique, d’inégalités sociales et de préjudice à l’économie sont en fait beaucoup plus élevés avec les ‘lockdowns’. Cette différence, que certains annonçaient depuis plusieurs mois, devient aujourd’hui de plus en plus indéniable.

🤔 « Mais, cher Monsieur, une transmission incontrôlée chez les jeunes entraînerait inévitablement la contamination des groupes à haut risque et, dans ces groupes, une mortalité élevée ! »

La capacité à protéger avec succès les établissements de soins et les hôpitaux contre la COVID-19 est [discutable](https://doi.org/10.1016/S0140-6736(20)32153-X). L’isolement prolongé des groupes à haut risque est considéré comme « contraire à l’éthique ». L’objection est étrange, car si nous ne pouvons pas protéger ceux qui se trouvent dans les maisons de soins ou les hôpitaux, pourquoi utilisons-nous des équipements de protection individuelle ? En outre, l’isolement prolongé de tous les groupes est ce qui s’est produit jusqu’à présent et, selon l’analyse coûts-avantages, c’est ce qui est contraire à l’éthique en causant beaucoup plus de dommages à tous, y compris aux personnes âgées à haut risque. Bien sûr, l’infection peut toujours se propager aux populations à forte mortalité, mais l’objectif est de réduire ce risque. De plus, <10% de la population est à haut risque, ce qui représente >90% des décès potentiels ; nous pouvons certainement nous concentrer sur la protection de ce sous-groupe de personnes. La surveillance en Europe montre que malgré l’augmentation des cas de COVID-19, la surmortalité n’a que légèrement augmenté, ce qui laisse supposer que la protection des plus vulnérables pourrait être possible. Une étude a également montré que l’éloignement social des personnes de plus de 70 ans permettrait d’éviter plus de décès qu’une durée fixe d’éloignement social de l’ensemble de la population.

🤔 « Mais, cher Monsieur, l’immunisation collective naturelle provoquerait des cas de “Covid long” ! »

Certes, le risque zéro n’existe pas, dans aucune activité de la vie. Des cas sporadiques de Covid long chez des jeunes ont été rapportés et sont indéniables. Ils ne peuvent que nous émouvoir. Ils restent néanmoins anecdotiques. Au risque de sembler insensible, je dis ça en réalité avec une grande compassion pour chacun d’entre eux, mais également un respect des proportions et de la statistique. Ces événements sont rares, bien plus que beaucoup d’autres pathologies évitables et vis-à-vis desquelles on ne semble pas faire preuve de la même compassion en temps ordinaire, ni se préoccuper de leur augmentation pourtant alarmante à cause des mesures sanitaires elles-mêmes (comme les diverses assuétudes qui affectent aussi les individus jeunes). La galerie des pathologies psychiques et psycho-somatiques dues au confinement, même partiel, ou plus précisément à la distanciation sociale créée – entre autres mais principalement – par le principe des “bulles” (à ne pas confondre avec la distanciation physique qui est un simple respect d’une distance-barrière entre individus) frappe durement les adolescents et les jeunes adultes et laissera des traces durables.

🤔 « Mais, cher Monsieur, les systèmes de santé seraient submergés par une propagation incontrôlée ! »

C’est là, effectivement l’objection la plus inquiétante, celle qui mérite qu’on s’y attarde car, en cas de débordement effectif, les prestataires de soins de santé peuvent être acculés à prendre des options douloureuses. Il existe plusieurs moyens de minimiser cette possibilité, notamment en mettant l’accent sur la protection des personnes à haut risque (voir ci-dessous), sur la diffusion d’informations sur l’usage raisonnable et volontaire du lavage-désinfection des mains et, dans les zones de forte affluence, du port de masque là ou il paraît utile, en limitant les très grands rassemblements à forte promiscuité, et en augmentant la capacité de soins intensifs si nécessaire. La prévision des besoins en matière de capacité de soins de santé à court ou moyen terme, même lorsqu’elle se fonde directement sur des données et pour les prévisions du lendemain, a systématiquement échoué. Sauf exception, la plupart des systèmes de soins de santé n’ont pas été débordés, bien qu’ils aient parfois été durement sollicités avec des pics de cas extrêmes. Une meilleure gestion collective doit être mise en place désormais pour de telles crises sanitaires car il y en aura d’autres.

🤔 « Mais cher Monsieur, il suffit d’être un peu patient et d’attendre le(s) vaccin(s) »

Effacer le SARS-CoV-2 de la surface de la Terre serait, bien sûr, un magnifique accomplissement étant donné les dégâts qu'il a causés. Mais le problème est que jamais une éradication de virus n'a été réalisée a l’exception d’un seul : la variole en 1980. Il a fallu des décennies pour en arriver là. On n’y est parvenu qu'en raison d'un ensemble de circonstances unique. Tout individu infecté était immédiatement repérable, aucun test de laboratoire n’était nécessaire pour le savoir, ça se voyait. D’autre part, le vaccin était stable et n'avait pas besoin d'être réfrigéré. Enfin, lorsqu'il était administré, il était rapidement évident qu'il fonctionnait ou non, une pustule se développait et laissait une trace visible, facilitant considérablement le suivi. Rien de tout cela avec le SARS-CoV-2, bien sûr. 

Le SARS-CoV-2 fait partie des virus à transmission aérogène, une transmission très efficace et très difficile à contrôler. L’existence de « reservoirs » animaux complique encore les choses et pourrait permettre au virus d’attendre un moment, une saison plus favorable pour réapparaître après en avoir profité pour muter et générer des variants de moins en moins reconnus par les systèmes de défense antivirale humains. C’est la « stratégie » développée par les virus influenza, responsables des « vraies grippes ».

Le développement de vaccins en un temps qui constitue le record absolu du genre rend évidemment le public circonspect.


❓❓❓ QUELLES LEÇONS APRÈS L’EXPÉRIENCE DES ‘LOCKDOWNS’ ET DES CONFINEMENTS ?

L’étude des dommages collatéraux et les analyses du rapport coûts-bénéfices ont montré que les ‘lockdowns’ sont bien plus nuisibles qu’une réponse adaptée aux risques de la population.

Que peut-on faire alors ?

Apprendre à communiquer

Améliorer la communication avec la population, la rendre moins anxiogène, moins culpabilisante et moins infantilisante. Une explication basée sur des données fiables et vérifiables par tous passera mieux. Un soutien professionnel de la communication gouvernementale serait le bienvenu.

Ne pas se bercer d’illusions et remettre en question les idées toutes faites

Ne pas considérer que la vaccination sera la panacée universelle qui nous libérera du virus tant que plusieurs éléments ne sont pas clairement confirmés (innocuité à terme, protection, non-contagiosité, efficacité durable). Il est donc temps d’abandonner les approches fondées sur la peur, qui reposent sur un confinement généralisé, peu discriminant, de type stop-start, comme principale réponse à la pandémie, des approches qui demandent aux citoyens d’attendre patiemment que les unités de soins intensifs soient renforcées, qu’une vaccination complète soit réalisée et qu’une immunité collective artificielle soit atteinte.

L’objectif de la politique actuelle, comme dans la plupart des pays, est manifestement de créer une immunité collective artificielle. La vaccination universelle (et pas seulement focalisée sur les populations « à risque ») est la stratégie choisie. Bien que non-obligatoire, la pression en sa faveur est clairement perceptible. L’évocation d’un passeport/laisser-passer/certificat de vaccination montre à suffisance qu’une certaine coercition pourrait bientôt s’exercer sur les récalcitrants, alors que les conditions dans lesquelles les vaccins ont été développés et testés ainsi que l’absence de garanties quant à leur efficacité et leur innocuité à long terme amènent légitimement à une certaine circonspection de la part du public.

Se focaliser sur la protection des personnes à risque

Il est essentiel que la nouvelle approche soit fondée sur un contrat social clair, lui-même basé sur des données disponibles, appliqué avec précision à l’ensemble des générations et de façon segmentée, c’est-à-dire appliquées différemment en fonction de situations différentes et bien documentées. Dans le cadre de ce contrat social, les jeunes générations pourraient accepter la contrainte de certaines mesures de prévention à condition que les groupes plus âgés et plus vulnérables adoptent non seulement ces mesures, mais aussi des mesures plus spécifiques (par exemple, un auto-isolement volontaire selon des critères de vulnérabilité) pour réduire leur risque d’infection. Pour être convaincantes, les mesures visant à encourager l’adhésion des groupes vulnérables à des mesures spécifiques doivent être cohérentes et équitables.

Une réponse adaptée au risque et à la population commence par une meilleure compréhension par le public des risques et des compromis impliqués. La protection doit se concentrer en tout premier lieu sur les groupes à haut risque, les personnes hospitalisées ou dans des maisons de soins infirmiers, dans les prisons, les refuges pour sans-abri mais également certaines catégories les personnes âgées ou souffrant de comorbidités multiples graves. On doit veiller à prendre des mesures logiques comme, par exemple, que le personnel soignant travaille dans un seul établissement, que l’équipement de protection individuelle soit suffisant, que le personnel soit proportionnellement plus nombreux, que la rémunération soit équitable et motivante. Il faudrait investir dans l’amélioration des déterminants sociaux de la santé, s’attaquer aux inégalités en matière de santé et qui servent mieux les personnes âgées, les personnes sans domicile et celles qui vivent avec des moyens limités. Quel que soit le risque individuel, le confinement généralisé provoque plus de tort que de bien.

Revoir la stratégie de vaccination

Dès que la perspective d’une vaccination a commencé à apparaître, diverses stratégies ont été proposées. Comme on pouvait craindre des effets indésirables des vaccins peu connus tout particulièrement chez les personnes « à risque », on pouvait envisager d’utiliser au départ les vaccins pour tenter d’établir une immunité collective artificielle en vaccinant le reste de la population. Si l’on considère que la vaccination, quel que soit le vaccin, ne provoque pas d’effets délétères, il devient plus logique de vacciner la population « à risque » (et le personnel soignant) et de compter sur l’infection naturelle et bénigne pour immuniser collectivement le reste de la population. Comme cette stratégie est la plus rapide, elle fait partie des scénarios qui doivent être envisagés.

Comme le fait remarquer très justement Lieven Annemans dans le Journal du Médecin, «Nous pourrions commencer dès à présent à jauger les conséquences de différents scénarios et à en évaluer les coûts et bénéfices pour la collectivité. Dans l'état actuel de nos connaissances, vacciner sans hésiter l'ensemble de la population ne semble pas vraiment répondre à la demande d'une approche nuancée et pondérée».

Par ailleurs, même si ce n’est pas le cas jusqu’à présent, on ne peut écarter l’éventualité de l’émergence d’un phénomène d’évasion immunitaire, un échappement vis-à-vis du système immunitaire suite à des mutations, dont des variantes ultérieures du SRAS-CoV-2 pourraient être responsables. La lutte contre l’évasion immunitaire pourrait alors nécessiter une réévaluation complète des stratégies de santé publique.

Revoir les conséquences des tests

Les tests (PCR, antigéniques, sérologiques) apportent un suivi de l’évolution du virus dans la population. Il est non seulement indispensable que les chiffres soient corrects, mais qu’ils soient aussi correctement interprétés. Les résultats des tests doivent être rendus publics, précise quel pourcentage des tests PCR sont faiblement voire très faiblement positifs, quelle proportion des sujets positifs sont symptomatiques, combien de personnes sont hospitalisées dans les unités COVID en raison d’une infection COVID-19 et combien le sont avec un test SARS-CoV-2 positif (mais sans COVID-19). C’est tout à fait possible sur le plan technique, et ce sans la charge administrative beaucoup trop lourde qui existe à l’heure actuelle.

La préoccupation doit également se focaliser sur d’autres mesures, telles que l’anxiété, la dépression, de la pauvreté, de la violence, etc. Un vaste tableau de bord social est nécessaire pour pouvoir évaluer les décisions et ajuster rapidement les mesures si nécessaire. Des spécialistes interdisciplinaires doivent être associés aux conseils d’experts.

Enfin, une attention particulière doit être accordée à un mode de vie sain, sur un plan tant physique que psychologique. C’est évidemment un objectif de long terme, mais c’est absolument essentiel en vue de prochains épisodes pandémiques et même épidémiques. Les maladies cardiovasculaires, le diabète, l’obésité, sont des facteurs de co-morbidité considérablement aggravants vis-à-vis de la COVID-19. Les prestataires de soins doivent, beaucoup plus encore qu’à l’heure actuelle, insister auprès de leurs patients sur l’importance de la qualité et l’équilibre de l’alimentation et des habitudes de vie.

Développer des stratégies complémentaires

L’expérience de la Covid-19 doit nous inviter à nous préparer à résister à une éventuelle 3ème vague ou à d’autres pan- (ou épi-) -démies à l’avenir. Il faut dès à présent rechercher de nouveaux moyens de protection qui n’entravent pas la vie en société.

Les clusters ou foyers de propagation peuvent, on le sait à présent, être repérés et suivis attentivement grâce à des détections du virus dans les eaux usées. Ils apparaissent même comme un détecteur avant-coureur avec plusieurs jours d’avance. Un contrôle régulier devrait être mis en œuvre pour assurer une surveillance épidémiologique continue, au moins aux endroits de concentration humaine, en particulier les grandes entreprises, les universités, hautes écoles et complexes scolaires importants.

Bon nombre de dispositifs, notamment de renouvellement et purification d’air par ultrafiltration peuvent être installés – s’ils ne l’ont pas déjà été dans l’entre-deux-vagues de 2020 – dans les lieux fréquentés à nouveau par le public, salles de spectacle, salles de sport, restaurants, cafés, etc. Des directives précises, basées sur des mesures précises de volumes, de flux d’air, de qualité de filtres, etc. doivent être édictées, mises en application et contrôlées. Il y a urgence.

Maintenir les écoles ouvertes

L’école assure aux enfants des apports essentiels sur le plan éducatif, social et développement. Très tôt, on a realisé que les enfants ont une morbidité et une mortalité très faibles dûes à la COVID-19 et, en particulier ceux qui sont âgés de 12 ans au plus ne sont pas affectés par le SARS-CoV-2, sauf exception rarissime et en situation de co-morbidité.

Les écoles primaires, garderies et crèches n’ont qu’une très faible probabilité d’être la source de transmission du CoV-2. Au terme de la 1ère vague, les enfants représentaient moins de 2 % des contaminations confirmées dans le monde. Les fermetures d’écoles ne semblent pas avoir d’impact sur les épidémies. Une modélisation prévoyait que la fermeture des écoles et des universités et l’isolement des jeunes augmenteraient le nombre total de décès [reportés à une deuxième vague et aux vagues suivantes]. La modélisation prévoyait également que la fermeture des écoles à elle seule n’empêcherait que 2 à 4 % des décès.

Les parents et les enseignants doivent recevoir une information claire et complète sur leur faible niveau de risque, et les enseignants qui sont plus vulnérables en raison de leur âge ou de co-morbidités peuvent se voir confier un enseignement à distance. Tant que les écoles n’ouvrent pas à temps plein, l’éducation fait défaut, en particulier pour ceux qui ont le moins de possibilités, ce qui aggrave les disparités sociales que les systèmes éducatifs sont censés niveler. De même, autoriser les visites dans les hôpitaux pour enfants et les établissements de soins pédiatriques de longue durée, où le risque, même avec des comorbidités, est si faible qu’il ne justifie pas de sacrifier nos plus vulnérables dans le faux espoir de les protéger.

Soutenir la recherche

De plus amples informations devraient permettre d’optimiser les réponses à la pandémie. Cela vaut en particulier pour la prévention, la prophylaxie et le traitement éventuels de la COVID-19.

😷 L‘efficacité des masques en tissu pour prévenir l’infection ou pour en réduire la gravité doit être étudiée plus avant.

💉 La sécurité, l’efficacité et la durabilité de la protection offerte par les vaccins, en particulier dans les groupes à haut risque, doivent être déterminées dans le cadre de vastes essais contrôlés randomisés de phase III.

🧑🏻‍⚕️ De nouveaux traitements sont en cours d’essais cliniques. Ils ne doivent pas faire l’objet d’un rejet et leur efficacité à réduire les symptômes de la Covid-19 doit être mesurée même s’ils n’ont pas d’activité anti-virale proprement dite. la dexaméthasone ayant un effet bénéfique sur la mortalité chez les personnes atteintes de COVID-19 grave nécessitant un traitement à l’oxygène.

🦠 Des recherches sont également nécessaires pour déterminer la fréquence et la gravité des réinfections.

🛌 La fréquence, la durée et la gravité de la « COVID longue » doivent être mieux étudiées. L’impact de la grippe sur la morbidité et la mortalité liées à la COVID-19 doit être analysé, car les deux virus pourraient entrer en compétition.

🧑🏻‍⚖️ La recherche sur les effets collatéraux la lutte contre le virus tels que les entorses au droit, à la démocratie, aux libertés civiles, aux libertés fondamentales et à l’éthique des soins de santé est nécessaire pour prévenir l’érosion des idéaux et des institutions démocratiques de protection des droits dans le monde.


«L’humanité ne peut pas empêcher l’apparition de nouveaux pathogènes. C’est un processus naturel de l’évolution, qui a débuté voilà des milliards d’années et qui se poursuivra. Mais, aujourd’hui, L’Humanité a les connaissances et les outils nécessaires pour empêcher un nouveau pathogène de se propager et de provoquer une pandémie. Si le COVID-19 continue de se répandre en 2021 et de tuer des millions de personnes, ou si une pandémie plus mortelle encore s’abat sur l’humanité en 2030, il ne s’agira ni d’une calamité incontrôlable, ni d’un châtiment divin. Ce sera un échec humain, et plus précisément un échec politique.» (Yuval Noah Harari)

12 commentaires sur “Et si on réhabilitait l’immunité collective ?

  1. joss

    Dans un premier temps, avant de mettre au point un vaccin efficace, développer l’immunité collective naturelle à travers nos jeunes (qui ne sont pas inquiétés par ce virus) et protéger les personnes à risque. Ensuite, une fois le vaccin autorisé, étendre l’immunité collective naturelle par l’immunité collective artificielle en vaccinant la population à risque. Et la recherche d’un vaccin ne doit pas nous empêcher de chercher un traitement. Toutes les solutions sont les bienvenues, traitement et vaccin sont complémentaires.

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  2. Jean

    Petite remarque concernant les statistiques d’hospitalisations : depuis l’été 2020, il y a des discussions quant à la pertinence des chiffres renseignés par Sciensano. Sciensano indique ne comptabiliser que les personnes qui sont effectivement hospitalisées pour cause de corornavirus disease 19 et non les personnes hospitalisées pour un motif autre mais dont on détecte, à la faveur de la politique de tests généralisés, qu’elles sont porteuses du virus Sars-CoV-2. Dans le même temps, on entend des médecins hospitaliers indiquer que leur patient simplement positifs, mais non malades, sont repris dans les statistiques transmises à Sciensano…

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  3. Gaston

    Merci. On a besoin de plus comme vous dans les médias. Cette folie a assez duré.

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  4. jpswingsuliegebe

    Je m’attendais à /quelque’chose /de ta part  ces jours-ci, mais de là à ce que ce soit un TFE circonstancié !   Et mettant tout « cartes sur table » !   A bons ( ou pas ) entendeurs, prenez-en de la graine et cessez de cafouiller tous azimuts … Amitiés, JP

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  5. Stephane Horman

    Entièrement d’accord avec vous ! Je prône cela depuis avril, et ce sera d’autant plus vrai quand les groupes à risque auront été vaccinés. Autres avantages d’une immunisation naturelle des jeunes ( <30ans, soit 4.000.000 de personnes,… et on ne prend pas de risque !) :
    1- d'autres sites antigéniques sont aussi pris en compte, peut-être moins sujets à mutation, et
    2- la maladie dans 1 mois garanti quasi à coup sûr un variant, donc un peu plus de tolérance si d'autres variants descendant du virus anglais apparaissaient… Si je ne me trompe, les vaccins sont basés sur les premières souches virales, donc perdront leur efficacité en même temps que l'immunité des premiers malades. On sera content que les jeunes puissent alors faire tampon en protégeant les gens redevenus à risque!
    Pour ce qui est des rechutes, je pense qu'il est très difficile de faire la différence avec une réactivation de l'immunité, expliquant une récidive des symptômes, mais rarement respiratoires ( surprenant ! ) et le test PCR (+). La vaccination donne souvent ces mêmes symptômes, alors qu'on n'a pas d'infection concomitante, mais juste l'immunité qui se met en route !
    Bonne journée

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  6. Jean-Marie Beckers

    Cher Bernard

    En tant que scientifique j’admire la rigueur et la pertinence de ton analyse.

    En tant qu’homme j’apprécie ta sincérité et ton courage.

    Merci.

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  7. joss

    Le gouvernement a souvent justifié le confinement comme protection des plus faibles. La moitié des décès intervient chez les plus de 85 ans, bien au-delà de l’espérance de vie en Belgique. Mais si le confinement leur a permis de reporter leur mort d’un an en les tenant en « prison » forcée, alors ce confinement est un échec.

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  8. .

    A reblogué ceci sur Waterloo-bloget a ajouté:
    Un sujet qui concerne aussi Waterloo en ces temps incertains de covid-19.
    L’auteur se justifie : « ceci est un peu long mais rien ne vaut les nuances. Ni les références bibliographiques.
    Un sujet terriblement mécompris et pourtant crucial si on veut parler des mêmes choses en évitant les glissements conceptuels…

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  9. […] à succès, jusqu’à ce que nous nous immunisions contre elle à son tour. Comme expliqué dans un article précédent de ce blog, les épidémies se terminent naturellement par l’acquisition d’une immunité dans une tranche […]

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  10. Merci pour cet article, tellement pertinent. Que pensez-vous de la mise en garde du Dr Geerft Vanden Bossche, concernant les risques de faire apparaître de dangereux mutants par la pression vaccinale et la baisse de l’immunité naturelle? https://zerhubarbeblog.net/2021/03/16/covid-19-halte-a-la-vaccination-de-masse/

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    1. Sa réflexion repose sur des hypothèses qui paraîtront fantaisistes tant qu’il n’en donnera pas les sources et elles ne correspondent à rien de connu. Son évocation d’anticorps naturels innés est tout à fait farfelue. Ses publications personnelles (https://scholar.google.com/scholar?hl=fr&as_sdt=0%2C5&q=geert+van+den+bossche&oq= ) ne sont pas du tout garantes de ses compétences en virologie et en immunologie virale. Il est difficile de donner foi à quelqu’un qui manque autant de crédibilité et de références.
      https://childrenshealthdefense.org/defender/rebuttal-rosemary-frei-bossche-vaccination-concern/
      https://www.rosemaryfrei.ca/the-curious-case-of-geert-vanden-bossche/

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      1. OK merci ! Difficile pour les non spécialistes comme moi de savoir quel crédit à donner à tous ces points de vue.

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