To be or not to be tested ?

Logiquement, une politique progressiste telle que réclamée avec de plus en plus d’insistance par certains experts avisés et reposant sur des mesures différenciées doit être accompagnée d’une surveillance renforcée de l’épidémie dans le pays. C’est le prix de l’assouplissement éventuel.

Pour assurer cette surveillance, j’ai suggéré, dans un article de blog antérieur, un élargissement considérable (en fait, aussi large que possible) de la campagne de tests de détection du SARS-CoV-2, le virus responsable de la COVID-19, maintenant que les indicateurs montrent une accalmie de l’épidémie en Belgique et que le virus circule toujours néanmoins. Il est indispensable de connaître le mieux possible le statut tant virologique (tests PCR ou antigénique) que sérologique (test anticorps) de la population. Il existe des analyses plus sophistiquées encore (mise en culture du virus, tests d’immunité cellulaire) mais trop lourdes pour une application de masse.

La PCR en cause

Une caractéristique problématique de l’utilisation de la technique de PCR pour du ‘testing’ systématique est son extrême sensibilité. Souvent présentée comme l’avantage extraordinaire de cette technique pour la détection extrêmement spécifique de quantités infinitésimales d’ADN ou d’ARN (détection du VIH-SIDA dans des poches de sang pour transfusion, identification d’individus en médecine légale), elle devient sur-performante quand on s’en sert pour détecter et identifier des virus dont l’infectiosité est proportionnelle à la charge virale, comme par exemple les virus à transmission aérogène, dont le SARS-CoV-2. C’est ainsi qu’on peut être amené à considérer comme potentiellement contagieuse une personne qui aurait été infectée longtemps auparavant et chez qui seules des traces inactives de l’ARN viral subsistent.

Des faux positifs ?

Pour être clair, il ne s’agit pas ici du risque de « faux positifs » mais de non-concordance entre la positivité du test et la contagiosité de la personne positive (à laquelle on attribue le terme malheureux de «cas»). Autrement dit, l’équation «test PCR positif = danger» est une approximation trompeuse surtout actuellement, lorsque près de 750.000 personnes ont été infectées en Belgique soit 6,5% de la population, et même probablement beaucoup plus car il est vraisemblable que beaucoup de gens ont été infectés de manière asymptomatiques et n’ont jamais été testés.

Tester plus mais mieux tester ?

L’inconvénient de cet excès de sensibilité est l’écartement, isolement, mise en quarantaine inutile de personnes non contagieuses, ce qui est présenté comme un frein à l’utilisation de cette technique et le retour vers des tests moins sensibles, tels que le test antigénique, par exemple. Le test salivaire (également un test PCR mais pour lequel le prélèvement est beaucoup plus facile, confortable, rapide et auto-réalisable) est également proposé comme solution car sa sensibilité apparaît moins élevée (uniquement en raison du prélèvement, pas de la technique PCR, qui est la même).


Une nouveauté : la mesure semi-quantitative

Dans une mise au point récente sur les procédures de testing, Sciensano annonce que, dorénavant, les laboratoires d’analyses agréés sont priés de communiquer les résultats des tests PCR de détection du SARS-CoV-2 de manière semi-quantitative, et que quatre catégories pourront ainsi être distinguées :

1. très fortement positif ; 2. fortement positif ; 3. positif ; 4. faiblement positif.

selon le nombre de copies de l’ARN viral détectées par unité de volume dans les conditions précises de la technique décrites dans les procédures, détails dans lesquels je n’entre pas ici. En effet, moyennant une adaptation (malheureusement lourde) de la technique, il existe des moyens de la rendre quantitative ou, en première approximation, semi-quantitative.

Lorsque le résultat d’un test se classe dans la catégorie 1 ou 2 (très fortement ou fortement positif) il peut être considéré comme révélateur d’une infection récente ou en cours et la personne testée doit être considérée comme potentiellement contagieuse.

Lorsque le résultat d’un test se classe dans la catégories 3 ou 4 (positif ou faiblement positif) il peut être considéré comme révélateur d’une infection ancienne si la personne testée :

• n’a pas présenté de symptômes légers de la COVID-19 depuis au moins 10 jours, ni de symptômes graves de la COVID-19 depuis au moins 4 semaines ;

• n’a pas été en contact avec une personne ayant été testée positivement au cours des 3 dernières semaines (période correspondant à 10 jours d’incubation et 10 jours de période infectieuse) ;

• a déjà été testée positive par PCR au minimum une semaine avant ce prélèvement, ou si elle présente une sérologie positive.

Dans ces cas, aucune mesure (d’isolement ni de recherche des contacts) n’est nécessaire.

7 commentaires sur “To be or not to be tested ?

  1. Jean-Pol

    Ces mesures semi-quantitatives c’est une très bonne nouvelle qui devrait diminuer le caractère anxiogène de la communication des experts, ,des médias et des politiques vers la population.
    Il reste à voir comment et quand elle sera mise en oeuvre ,le plus tôt serait le mieux.
    Il faudrait au sein des « cas » ( terme non adéquat en effet ) distinguer au minimum deux catégories ou bien donner
    uniquement le chiffre pour les personnes potentiellement les plus contagieuses et sortir les autres des statistiques ….
    En faisant de cette manière on est peut-être déjà au 800 contaminations/jour
    attendues et aux 3% de positivité ( si on classe uniquement comme positives les
    personnes potentiellement contagieuses ).
    Et il y aurait peut-être aussi moins de personnes qui entrent en unités covid parce qu’elles sont positives mais que dans la réalité ce qui justifie leur entrée à l’hôpital est une autre pathologie .
    Je me dis : pourquoi n’a-t-on pas fait ça plus tôt ?

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    1. Pourquoi pas plus tôt ?
      Incompréhensible. La technique est au point depuis longtemps et nous la réclamons depuis le début de la pandémie.
      Probablement le coût.
      Egalement et surtout le désir mythique de ne manquer aucune chance de détecter la moindre présence du virus et d’éviter de manquer un contaminateur potentiel.
      A aucun moment la corrélation « positif = contagieux » n’a été démontrée. On sait que le test surestime énormément la contagiosité.

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  2. Pascale

    OUi, je rejoins la question « pourquoi pas plus tôt? « 

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  3. PASCALE RIGAUX

    et, pour moi, la réponse est que cela a rapporté aussi énormément d’argent à ceux qui produisent ces tests PCR. Pourtant ce n’est pas le grâle, cela fait longtemps que certains le disent, alors que à l’Uliège, on a testé des centaines d’étudiants avec le test salivaire, test qui est quand même moins invasif ! Je suis d’accord qu’il faut continuer à tester pour déceler les VRAIS cas, mais il faut vraiment arrêter de mettre tout le monde en quarantaine parce qu’un jour, il a fait un Influenza et qu’il garde dans son filtre (nasal) des traces parfois infimes d’un ancien virus. .. Ce test PCR a surtout servi à entretenir la psychose des médias et du gouvernement envers une population qui n’attend plus que le vaccin « sauveur », produit en quelques mois à peine, pour une efficacité de 60 ou 70 %, ce qui reste encore à vérifier…

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  4. Denis Flandre

    Pour compléter l’analyse de Bernard et les commentaires, par ailleurs excellents,
    – la PCR ne génère-t-elle tout de même pas des faux positifs quand le nombre de cycles excède la limite de détection ? Il me semble que le résultat est alors dans le « bruit de mesure » et la décision (positif / négatif) est donc prise « à pile ou face » ?
    – je pensais que la décision de communiquer le nombre de cycles pratiqués pour chaque test avait déjà été prise l’an passé. Elle n’est donc toujours pas implémentée ?
    – il y a aussi le délai, souvent plus de 24 h pour la PCR classique, moins de 24h pour les tests salivaires, 30 minutes pour les tests Ag. La rapidité est critique pour éviter les contaminations en isolant rapidement les personnes contagieuses.
    – le coût de la PCR n’est-il pas de 50 euros par test ? Si oui, près d’un demi-milliard de dépenses en un an ?
    Il y a effectivement beaucoup de choses à dire et de questions à se poser quant à la stratégie qui a été suivie. Merci à Bernard et autres contributeurs de les soulever.

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    1. ❓La PCR ne génère-t-elle tout de même pas des faux positifs quand le nombre de cycles excède la limite de détection ?
      ➡️ Normalement, non, sauf en cas de ce qu’on appelle une « contamination moléculaire »: l’hyper-amplification de l’ADN génère des milliards de molécules qui sont précisément la cible du test qui, par ailleurs, est hyper-sensible. Les labos connaissent bien ce risque et disposent de techniques qui permettent de l’éviter. Mais il est vrai que plus on fait de cycles, plus les risques augmentent. La littérature assure néanmoins que ce risque est quasi-annulé si les précautions adéquates sont respectées.

      ❓Je pensais que la décision de communiquer le nombre de cycles pratiqués pour chaque test avait déjà été prise l’an passé. Elle n’est donc toujours pas implémentée ?
      ➡️ Elle est supposée l’être…

      ❓Il y a aussi le délai, souvent plus de [24 h](x-apple-data-detectors://0) pour la PCR classique, moins de 24h pour les tests salivaires, 30 minutes pour les tests Ag. La rapidité est critique pour éviter les contaminations en isolant rapidement les personnes contagieuses.
      ➡️Oui mais là, en gagnant du temps, on perd de la sensibilité. Il faut donc un consensus sur le niveau de sensibilité. Quand on prône un risque zéro, on tend vers la sensibilité maximum, on craint les faux négatifs plus que les faux positifs.

      ❓Le coût de la PCR n’est-il pas de 50 euros par test ? Si oui, près d’un demi-milliard de dépenses en un an ?
      ➡️ En effet. 46,81 € pour être précis (coût du remboursement INAMI), 8,9 millions de réalisés pour la Covid-19, donc à ce tarif, 416 millions d’€ jusqu’à présent.
      Attention: on a effectué 8,9 millions de tests mais ça ne veut pas dire que c’est le nombre de personnes. Beaucoup de tests ont été répétés. La proportion de la population testée est très largement en dessous !

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  5. Prégardien Bernadette

    Voici bientôt les tests autotest antigéniques. Si j’ai bien compris, ils sont plus représentatifs de l’infectiosité d’une personne car moins sensibles que les test PCR. Il s’agit d’un test nasal et en pratique pas si facile que ça à réaliser par monsieur et madame « tout le monde ». J’ai bien peur que ces tests génèrent beaucoup de faux négatifs..et ne servent à rien en fait. De plus, ils viennent de Chine. N’y avait-il pas une société liégeoise qui produisait des test rapides salivaires? Je devrais les recevoir la semaine prochaine dans mon officine mais je ne suis vraiment pas convaincue. Qu’en pensez-vous

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