Adapter la stratégie ?

Nous sommes tous confrontés à la nécessité de trouver un juste compromis entre l’essentielle liberté de choix et la responsabilité vis-à-vis des autres, tout en accordant une attention particulière à la protection des plus vulnérables.

Personne ne peut prétendre savoir ce qui va se passer dans le futur. Chacun peut faire des suppositions et même des prédictions, rien n’y fait. Une pandémie comme celle-ci évolue sous l’influence d’innombrables paramètres liés :

• au virus, évidemment, et à toutes les variations, mutations, etc qu’il peut présenter ;

• à l’être humain qu’il infecte, son âge, son sexe, ses caractéristiques ethniques, son comportement et mode de vie, son degré de mobilité, sa forme physique, ses éventuelles comorbidités et/ou carences vitaminiques ;

• à la population, sa densité, sa mobilité, son environnement ;

• à l’existence d’un antiviral ou d’un médicament inhibant des effets collatéraux de l’infection sans action directe sur le virus et agissant par exemple sur le système immunitaire ;

• au climat, aux saisons ;

• aux infrastructures de santé et aux autres pathologies traitées dans ces structures ;

En outre, il faut garder en mémoire que tous ces paramètres varient dans le temps de façon régulière ou irrégulière, donc plus ou moins prévisibles voire pas du tout.

La modélisation prédictive d’une pandémie est donc une gageure dont on sait d’avance qu’elle a peu de chances de se vérifier. Dans le cas du retour d’un virus connu, c’est réalisable, plus ou moins, en fonction de l’œuvre à laquelle on l’a vu précédemment. Mais lorsqu’il s’agit d’un nouveau virus ou même d’une forme inattendue d’un virus connu, l’exercice est infiniment plus compliqué, à tel point qu’il s’apparente à un jeu de hasard.

Les “solutionnistes”, forts de leur conviction, d’une part, que tout se modélise et qu’il suffit d’y consacrer la puissance de calcul nécessaire, et d’autre part, que la technologie peut toujours apporter une solution à tout, ne partagent généralement pas cet avis. C’est comme cela que certains s’imaginent que le ou plutôt les vaccins vont éradiquer le virus et que le problème trouvera sa solution.

Le danger de cette vision des choses, c’est qu’elle est anesthésiante et empêche toute réflexion sur d’autres stratégies que les mesures anti-contaminations maximales avec cessation d’activités et interdiction de mobilité. La solution semble en effet simple à première vue : il suffit d’attendre patiemment la vaccination massive et toute forme d’impatience, comme toute stratégie divergente, devient inacceptable et même incivique.

Mais même si on accepte le postulat de l’efficacité-innocuité des différents vaccins, les délais sont encore très longs, les manœuvres dilatoires des producteurs les allongent encore davantage et, pendant ce temps, les faillites ainsi que les désordres psychologiques et sociologiques s’accumulent, tout le monde en connaît la liste aujourd’hui.

La population s’exaspère et on traite cette exaspération comme de l’enfantillage. L’empathie officielle n’apparaît que rarement au détour d’une petite phrase de commisération, suivie d’une exhortation au courage et à la vaillance. À la guerre comme à la guerre ! Le bout du tunnel est en vue mais ce sera encore très long !

La gestion actuelle de la crise est globale et peu adaptée à la grande variété des contextes. Elle est même peu adaptée à la réalité de l’épidémie qui prend des allures différentes en fonction de l’âge et de l’état de santé sous-jacent. En outre, face aux nombreuses inconnues de la biologie de ce virus, le principe de précaution amène à considérer que tout ce qui n’est pas démontré inoffensif est dangereux. Toutefois sans vouloir faire preuve d’un laxisme irresponsable, on peut progresser en promouvant une meilleure connaissance de l’état des lieux sur le plan sanitaire.

Pour cela, un ‘testing’ aussi large et fréquent que possible doit être envisagé. Son but ne doit pas être de détecter la moindre trace de virus mais de repérer, peut-être imparfaitement mais autant que faire se peut, les individus réellement contaminants (test PCR salivaire ou test antigénique) ainsi que ceux dont on peut se risquer à penser qu’ils sont protégés (test sérologique), en première approximation.

On le voit bien, ces suggestions impliquent l’abandon pragmatique des certitudes absolues qui paralysent la reprise d’activités dans différents domaines. Elles comportent donc une certaine prise de risque mais c’est effectivement cette prise de risque qui conditionne le dégel de la situation où nous sommes immobilisés, à durée indéterminée.


Article dans la Libre Belgique on-line du 30.01.2021

Interview-débat sur LN24 le 30.01.2021

Article dans Le Soir on-line du 01.02.2021

4 commentaires sur “Adapter la stratégie ?

  1. Un travail de recherche qui a commencé en 2005…
    Tout est lié et découle du système économique actuel.
    – intérêts économiques passant avant les valeurs fondamentales
    – l’argent n’est plus un moyen mais un objectif à travers tout
    – le climat… Passe après le business débridé
    – la santé… Idem, il n’existe que le vaccin et pourtant plusieurs pays sans confinement et prenant soin des gens dans des traitements préventifs ont moins de morts…

    Il est temps de proposer une solution d’évitement du virus en respect total des personnes, sans tracing, sans flicage, basée sur la précaution de l’autre : « ne venez pas dans ma zone, je suis pas bien mais je dois me déplacer pour faire des tests et faire des courses avant de me confiner en attendant les résultats »

    Projet AvoidCorona de Blueworldfoundation et je demande votre soutien.

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  2. camille.ek@uliege.be

    Lu et approuvé,

    Camille

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  3. Duvivier

    Merci beaucoup pour cet article tellement nécessaire et urgent !
    Heureuse de lire qu’il a aussi pu être publié auprès de médias mainstream alors que ce type de message est souvent censuré pour d’autres qui allertent sur les mêmes idées depuis des mois!!

    Une stratégie globale avec un accent mis sur les traitements en laissant les médecins accompagnet, soigner leurs patients et prescrire.
    Dr Aldrich USA rappelle les 4 pilliers pour faire face à une pandémie , sans exclusive et sans en omettre aucun:
    -les gestes barrières
    -les traitements précoces
    – les traitements à l’hôpital
    – immunité collective ou traitement vaccinal

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  4. annielavoisier

    Cher Bernard Rentier,

    Merci pour votre article qui me donne un peu d’espoir par votre vision et votre réflexion.
    Effectivement comment adapter la stratégie?
    Permettez moi de témoigner en tant qu’artiste.
    Dans la situation actuelle, nous sommes interdits d’exercer notre art. Je suis musicienne, une vocation qui naît dans la tendre enfance, car on ne décide pas de devenir musicien professionnel et de commencer des études supérieures en musique à 18 ans. Très jeune, notre vie s’articule autour de la pratique de notre instrument. Une priorité devant les vacances, les sorties, les loisirs. Nous vivons musique, nous respirons musique, nous ressentons musique, nous pleurons musique……Une exigence, une contrainte mais qui à terme nous mène à la joie. Prendre conscience de nos gestes, du travail de nos mains, de notre souffle, conduisent à maîtriser un instrument de musique. Progresser nous mène à une compréhension du langage musical, et à affiner notre oreille qui perçoit mieux la subtilité des sons, leur texture et leur organisation, leur pouvoir bénéfique.

    Notre mission c’est de partager avec d’autres, avec un public, une œuvre musicale que nous avons travaillée, mûrie, remplie d’émotions.
    Interpréter, c’est récréer dans l’instant présent, c’est rendre vivantes les merveilleuses œuvres écrites il y a des années, voire des siècles, par des compositeurs de génie. C’est leur permettre de revivre sous d’autres doigts, avec d’autres couleurs, d’autres sentiments. C’est les faire renaître sans cesse renouvelées par notre présence et notre engagement.
    Être musicien, c’est partager, c’est donner du bonheur, c’est permettre d’exercer la capacité d’entendre dans le silence, c’est sortir de l’agitation bruyante, c’est de suspendre le temps, enfin c’est de toucher l’âme. Mais comme disait François Cheng, a-t-on le droit de nos jours de parler de l’âme ?
    Quelle étrange époque ; on ne parle plus que de nos maladies, des virus, ceux qui « attaquent » le corps. Mais le reste, notre esprit, et l’impalpable qui nous constitue ? Notre Humanité ?….

    Nos liens sociaux ont été réglementés, les spectacles, les concerts ont été interdits. On a contraint les artistes à taire leurs voix. Jusqu’à quand ? Certains ne savent plus comment manger. Sans parler des étudiants en musique, en théâtre, qui se destinent à vivre de leur art, à monter sur scène, à transmettre leur passion encore fraîche et enthousiaste! Mais sans perspectives, avec tous les spectacles reportés indéfiniment, une ombre s’insinue; à quoi bon, se demandent-ils ?

    Est-ce cela le monde prévu pour demain ? Un monde sans échanges, sans vision élargie de ce qu’est l’être humain dans un tout, un monde ignorant de ce qui est « essentiel »…..Un monde sans chaleur, encourageant le virtuel à outrance pour partager les savoirs? Un monde sans art et sans culture ? Un monde qui en réduisant les rendez-vous culturels appauvrira notre capacité à réfléchir, à élargir nos points de vue, à débattre ?

    Non décidément, je, nous, n’en voulons pas…..

    Aimé par 1 personne

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