Il est plus que temps de s’interroger sur l’intérêt (au delà de celui de l’épidémiologie fondamentale, extrêmement intéressante au demeurant) d’utiliser la positivité des tests (de détection de l’ARN viral) comme indicateur des mesures restrictives. Par « sérieusement », je veux dire sans préjugé. C’est un indicateur important de la circulation du virus dans la population mais, on le voit bien dans la réalité des chiffres, pas pour la prise de décisions en matière de mesures contraignantes souvent disproportionnées.

Faute de nous reconfiner tous, ce qui n’aurait aucun sens car ce serait pour attendre quoi ? (à part un terriblement hypothétique vaccin, auquel on ne peut que croire mystiquement ou ne pas croire), le virus ne peut que circuler à nouveau comme on le perçoit actuellement et le nombre de « nouveaux cas » asymptomatiques ne peut qu’augmenter, ce qui va finir par mettre tout le monde en quarantaine… un vrai reconfinement, quoi.

Voici deux exemples clairs montrant que plus on teste (et c’est très bien ainsi), plus on trouve.

Dans le premier graphique datant du 20 mars, on voit déjà nettement la corrélation au niveau international, à quelque exceptions près, entre le nombre de tests et le nombre de positifs.

Dans la seconde série, publiée par Sciensano sur son site ce samedi 19 septembre, on voit nettement la corrélation entre la montée actuelle des « nouveaux cas » (en haut) et l’augmentation des tests (en bas).
[NB: Lors de la “première” vague, la disponibilité et la politique de testing n’étaient pas les mêmes].

Attention à l’échelle des ordonnées, évidemment…

J’ai vraiment du mal à comprendre ceux qui affirment que l’augmentation des « nouveaux cas  » n’a rien à voir avec l’augmentation du nombre de tests effectués et l’hypothèse de la deuxième vague qui aurait lieu actuellement Ces concepts (qui ne sont pas seulement belges) conditionnent toutes les mesures impactant l’emploi, le travail, la scolarité, la culture, la vie sociale, la médecine préventive, le suivi médical, la santé psychologique, …

En outre, il n’est pas sans intérêt de prendre la mesure de ce dont on parle quand on évoque les « cas » positifs. La figure suivante représente, en bleu, le nombre de tests effectués en Belgique et, en rouge, les positifs (graphique @covidata.be sur les données de @sciensano.be). C’est le taux de positivité (3,4% ce 19/09/2020).

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Gérer les risques (dans ce cas-ci, il s’agit de la réapparition des cas symptomatiques) est indispensable mais avec une évaluation objective du danger et de qui en est menacé. Prendre le nombre de « nouveaux cas positifs » comme sonnette d’alarme est se montrer d’une prudence infinie. Observer scrupuleusement l’évolution des cas symptomatiques est beaucoup plus raisonnable, même si on objecte qu’il existe alors un délai de quelques jours entre le signal et l’alerte: la durée de l’incubation.

Par symptomatique, on entend toute personne, quel que soit son âge, qui manifeste des signes attribuables au SARS-CoV-2, hospitalisé ou non.

Évidemment, ceci requiert que la symptomatologie soit confirmée par des tests de détection du virus (PCR sur échantillon salivaire doit suffire) et par des tests sérologiques répétés. Ces confirmations sont nécessaires car d’autres affections respiratoires sont attendues avec l’automne.