Le buzz médiatique y est allé bon train le 31 août dernier lorsque les Grandes Conférences Liégeoises, pourtant coutumières de sujets polémiques depuis 15 ans, ont osé braver l’interdit et inviter Didier Raoult en novembre prochain, pour une conférence sur l’interférence de la politique et des lobbies financiers et pharmaceutiques avec la science et la médecine. Tout le monde s’est ému d’un tel acte blasphématoire, contraire à la doxa établie par l’inquisition médicale française dès le printemps dernier et soutenue internationalement par un ensemble hétéroclite et indéfinissable d’intérêts divers.

Le sujet, surtout si c’est celui par lequel il est né qui en parle, est devenu tabou. D’innombrables intervenants sur les réseaux sociaux ont donné leur opinion, pour ou contre, parfaitement non-éclairée, sur un sujet qui a quitté le domaine de la science et de la médecine pour entrer dans celui du droit d’expression, et atteindre des sommets dans l’ultracrépidarianisme généralisé.

Étrange histoire… Pourtant, l’article original ne manquait pas de prudence dans son titre même : « Hydroxychloroquine and azithromycin as a treatment of COVID-19: results of an open-label non-randomized clinical trial ». De l’aveu-même des auteurs, il s’agit bien d’un essai clinique ouvert non randomisé. Certes, l’étude était frappée d’emblée d’une faute méthodologique liée au trop faible nombre de patients et à l’arrêt volontaire de l’expérience par un nombre significatif de patients, mais elle avait le mérite d’attirer l’attention sur une piste potentielle de traitement au moment même où on en avait le plus besoin.

D. Raoult face à ces attaques virulentes, de véritables anathèmes, a utilisé des médias populaires, notamment de nombreuses vidéos sur YouTube, auto-promotrices et condescendantes, voire agressives, ce qui n’a pu qu’enflammer le débat et le sortir complètement de la communauté médicale où il était désormais proscrit, pour l’amener au niveau des discussions de comptoir de bistrot. Tout ceci a conduit, en s’éloignant de la rigueur scientifique, à une sorte de rivalité de clubs de football, dont les fondements médicaux ont pratiquement disparu.

Le débat scientifique lui-même a cessé d’en être un lorsque deux articles niant énergiquement l’effet bénéfique de l’hydroxychloroquine (HCQ, un médicament très utilisé pour combattre la polyarthrite rhumatoïde et le lupus érythémateux disséminé) et publiés dans deux des « meilleurs » journaux médicaux mondiaux, The Lancet et le New England Journal of Medicine, ont été rétractés par leurs auteurs pour fraude manifeste. Tout, dans ces articles, était faux et forgé de toutes pièces. Le sacro-saint examen par les pairs (Peer Review) a failli lamentablement et c’est l’Open Peer Review, c’est-à-dire la lecture en Open Access, qui a permis de déceler la forfaiture.

Curieusement, c’est dans un total silence médiatique (que je sache) qu’un article sur une étude belge rétrospective portant sur plus de 8.000 patients de COVID-19 hospitalisés était publié le 24 août 2020, montrant qu’un traitement court et à faible dose par l’HCQ réduisait (de 27% à 17%) le taux de décès dans le groupe traité.

Passé inaperçu donc, l’article. Et pourtant, un communiqué de Sciensano, d’habitude prompt à déclencher le buzz sur le sujet de la COVID-19, est paru le 26 août, mais lui aussi, dans l’indifférence générale. On a ici affaire à une étude portant sur un nombre statistiquement significatif de patients et l’information vaut de circuler. Elle sort également du tabou la question de l’HCQ et justifie que la parole soit accordée à quelqu’un qui, bien que controversé, est par ailleurs un excellent virologue.

J’en terminerai par ceci: les Grandes Conférences Liégeoises ne sont pas l’ULiège. Elles ont un comité de programmation indépendant qui ne rend aucun compte à personne. Elles ne sont ni subventionnées ni hébergées par l’Université, même si, il a 15 ans, celle-ci s’est impliquée dans leur lancement et si, aujourd’hui encore, plusieurs universitaires ou anciens, comme le recteur honoraire Arthur Bodson ou moi-même, siègent à leur CA. Elles ont un impératif de rentabilité certes, mais elles veillent à couvrir des sujets souvent « chauds » et contestés. C’est leur essence même. Au fil des années, elles ont suscité, par leur programmation, de nombreux tollés, non pas tant auprès de leur public nombreux et fidèle, qu’auprès de personnes, souvent universitaires, qui s’arrogent un rôle de censeur et voudraient pouvoir décider qui il est bon d’inviter et qui ne peut pas l’être. Dans ce cas, ils n’hésitent pas à en faire état à leur recteur et à lui demander d’intervenir…

Une invitation aux Grandes Conférences Liégeoises n’est pas l’octroi par l’Université d’un doctorat honoris causa. Ça n’a rien à voir et il ne faut pas tout confondre. Pour nous, la politique de la muselière ou du bâillon n’a jamais eu que l’effet inverse de celui qu’elle vise.

[PS: ceci ne se veut pas une promotion de la conférence, toutes les places ont été réservées dès le jour de l’annonce.]