On progresse, lentement mais sûrement.

1) Tout d’abord les chiffres bruts manquaient. D’autres et moi-même les avons réclamés. Ils sont devenus disponibles. 👍🏻

2) Dans le cadre des calculs effectués sur ces chiffres, celui qui accompagne le nombre brut de «nouveaux cas», hospitalisations ou décès, c’est le pourcentage d’augmentation par rapport à la veille. Il s’agit du calcul de la dérivée première qui conduit à représenter une accélération ou une décélération de la vitesse avec laquelle le nombre varie. Cette présentation génère des pourcentages d’accroissement énormes, particulièrement spectaculaires avec les petits nombres et donc trompeurs pour les non-spécialistes. Repris récemment systématiquement en rouge sur les graphiques publiés par le service public Sciensano (cf. ci-dessous), ce calcul, certes utile pour monitorer l’évolution des chiffres, devrait céder la priorité à un pourcentage rapporté à l’augmentation en cours. Malgré les arguments souvent développés, rien n’a encore changé, la formule avec l’effet le plus anxiogène est toujours utilisée et est relayée par la presse. 👎🏻

On voit ici que cette représentation (rouge) donne une allure catastrophique à une courbe (verte) peu inquiétante. Trop peu ?

3) Ensuite, le combat s’est porté sur l’obtention du nombre de tests effectués, donnée indispensable pour pouvoir connaître le taux de positivité des tests de détection, en d’autres termes, le pourcentage de tests positifs par rapport au nombre de tests effectués. Il a fallu longtemps mais c’est finalement devenu disponible la semaine dernière. 👍🏻

On constate le haut taux de positivité de mars-avril, lorsqu’on effectuait peu de tests et qu’ils étaient plutôt destinés aux malades. Actuellement le taux est stabilisé à environ 3% (en moyenne, par jour: 600/20.000)

Toutefois, ces données et ce calcul manquent encore dans la répartition par province et par commune. 👎🏻

4) Considérer des tests de détection moléculaires (PCR + antigène) positifs chez une même personne comme deux “nouveaux cas” est évidemment abusif. Cela gonfle artificiellement le nombre de cas si on assimile « cas positifs » à « tests positifs » et, maintenant, cela pourrait contribuer au dépassement du fameux seuil de 50 “cas” pour 100.000, seuil au delà duquel on devient une zone orange et qui, à Bruxelles par exemple, a entraîné l’obligation du port du masque en toutes circonstances, y compris dans les parcs ! 👎🏻

5) Aujourd’hui, sur 9.916 décès attribués au virus durant toute l’épidémie, on ignore jusqu’au sexe et à l’âge de 2.670 d’entre eux, soit 27% ! Plus de 1 sur 4 ! Cela jette un sérieux doute sur la précision du diagnostic du décès et donc de sa qualification en décès COVID. Et pourrait avoir largement contribué à accorder à la Belgique un rang extrêmement élevé du taux de mortalité sur le plan international. (Sciensano peut, je pense, être exonéré de cette responsabilité-là mais c’est tout le système qui n’est manifestement pas au point!) 👎🏻

En outre, de nombreux éléments épidémiologiques manquent encore dans les rapports quotidiens (ils devraient pouvoir être réintroduits rétrospectivement dans la mesure du possible): 👎🏻

1) la répartition, parmi les nouvelles détections du virus, des statuts cliniques (asymptomatiques, symptomatiques légers, graves, hospitalisés, aux soins intensifs, sous assistance respiratoire) au moment du test. Selon Sciensano le 14 juillet dernier, les asymptomatiques constituaient 75% des positifs.

2) la répartition du taux de positivité (nombre de positifs/nombre de tests effectués) par province et par commune.

3) la garantie que les hospitalisations et les décès sont associés au code postal de résidence du patient plutôt qu’à celui de l’hôpital, pour permettre un suivi au niveau local.

4) la fréquence, le nombre et la nature des co-morbidités observées chez les patients décédés.

Enfin, ce qui est important à réaliser, c’est que nous ne devons plus nous considérer aujourd’hui dans une gestion de crise mais dans une gestion de risque. Et la communication de risque est différente de la communication de crise. Nous devons impérativement adapter notre vocabulaire à cette situation si nous voulons continuer à obtenir la participation citoyenne aux mesures sanitaires. Cette participation est indispensable pour faire face à toutes les éventualités que nous pourrions rencontrer dans les mois qui viennent. Gardons les superlatifs pour décrire les vraies alertes et ne les banalisons pas lorsqu’il n’y a pas lieu. Ne détournons pas nos concitoyens de cette préoccupation par l’imposition de règles inexplicables et exagérées. Que le bon sens prévaille.