Celles et ceux qui suivent mes interventions se souviendront que j’ai abondamment réclamé la publication du taux de positivité des tests de dépistage de la COVID-19 (le principe étant que publier un nombre de «cas» n’a guère de sens si on ne précise pas combien de tests ont été effectués). J’ai même reçu le conseil de faire le calcul moi-même…

Ce n’est plus nécessaire. La requête a peut-être été entendue ? En tout cas Sciensano a rendu publique cette information sur son site. https://covid-19.sciensano.be/sites/default/files/Covid19/Derni%C3%A8re%20mise%20%C3%A0%20jour%20de%20la%20situation%20%C3%A9pid%C3%A9miologique.pdf

Comme attendu, cela donne une bonne idée de la circulation du virus. Ça indique en outre que, durant les dernières semaines, le taux de positivité est resté stable, donc que l’augmentation du nombre absolu de positifs qui crée l’émoi est effectivement lié à l’augmentation du nombre de tests effectués, comme on pouvait s’en douter.

Les semaines 9 à 12 (24/02-22/03), relativement peu de tests, très ciblés sur les symptomatiques graves ont vu un accroissement du taux de positivité des tests de détection du virus (PCR) jusqu’à près de 1 sur 3. Durant les semaines 13 à 17 (23/03-26/04), avec l’augmentation du nombre de personnes testées et l’élargissement de la sélection, on assiste un abaissement vers un taux moyen d’environ 3%, reflet probable de la situation générale, et on ne verra plus de changement important de ce taux d’avril jusqu’aujourd’hui. Les légères variations qui s’ensuivent sont vraisemblablement liées à une politique de ciblage des tests qui évolue.

Le taux de positivité est en jaune, difficilement visible, et ses valeurs d’ordonnées sont sur l’échelle de droite (photo d’écran 10.08.2020)

Ce taux a effectivement augmenté durant les 6 dernières semaines pour atteindre environ 3%. Le graphique nous rappelle qu’en mars dernier, le taux de positivité était monté à plus de 30% dans le même temps. Pas du tout la même cinétique. Hormis cet effet de démarrage, spectaculaire, j’en conviens, le taux est bien stabilisé et peut varier avec le ciblage (= qui est testé). Un affinement de celui-ci conduit à une augmentation du taux.

Quelques remarques cependant:

1. Comme souvent rappelé par divers spécialistes, les tests ne sont plus exactement les mêmes aujourd’hui qu’en mars-avril, ils ont techniquement évolué. Toutefois, ceci devrait permettre une détection plus fine, qu’on s’attend à trouver plus sensible.

2. La politique de testing a, elle aussi, évolué, le public testé n’est plus le même. Tout changement de cette politique entraîne une variation du taux de positivité.

3. Nous n’avons pas d’informations sur le statut clinique des nouveaux contaminés détectés (asymptomatique, symptomatique léger, symptomatique sévère,…) ni d’ailleurs celui des négatifs, qui pourraient avoir été testés précisément parce qu’ils étaient symptomatiques ! (ça aussi, ce serait intéressant à savoir…);

4. Nous ne connaissons toujours pas avec une précision suffisante le biais de sélection: pour quelle raison est-on testé ? quelles sont les catégories de testés et leurs proportions ? (adressé par un généraliste, suspect de contact contaminant, retour de l’étranger, etc.) http://www.vivreici.be/videos/detail_coronavirus-en-belgique-quelle-est-la-proportion-de-nouveaux-cas-positifs-par-rapport-au-nombre-de-tests-effectues?videoId=1643470);

5. Nous avons ici l’information au niveau national mais nous n’avons pas encore l’information équivalente au niveau des villes et communes. Pourtant elle serait extrêmement utile pour analyser l’impact des mesures de sécurité sanitaire prises indépendamment des normes fédérales dans des foyers suspects lorsque des mesures plus restrictives y sont prises comme tout récemment à Anvers.

6. On ne manquera pas de m’objecter que rien n’empêche encore la courbe actuelle de prendre bientôt l’allure de celle de mars. Évidemment. En futurologie, tout peut arriver et je n’ai pas plus que quiconque une boule de cristal. Disons donc qu’on n’en sait rien. Et si cela n’arrive pas, ce que je souhaite, on pourra également dire que c’est grâce aux mesures prises (ce qui sera d’ailleurs tout-à-fait possible).


Note ajoutée après publication

@covidata.be me signale que le taux de positivité fait l’objet d’une présentation mise à jour sur son site depuis quatre mois. Désolé de ne pas en avoir eu connaissance. Le savoir eût évité bien des débats inutiles. J’ajoute dorénavant leur lien intéressant à ma liste de références.