Crier au loup sans qu’il apparaisse a toujours eu le même effet: réduire la crédibilité de l’alerte, jusqu’au jour où…

J’avais fait remarquer dans un billet précédent qu’afin de ne pas crier au loup à propos d’une hypothétique deuxième vague (controversée) de la COVID-19, on ferait mieux de ne pas mettre en avant un chiffre, celui qui indique l’évolution de la variation des contaminations, des hospitalisations ou des décès.

Ce chiffre est certes scientifiquement intéressant, il fait partie des mesures classiquement utilisées par les épidémiologistes. Il indique si une courbe grimpe davantage que précédemment, reste constante ou s’affaiblit (et il en va de même pour une décroissance).

Toutefois, lorsqu’il porte sur des petits nombres, il projette une impression démesurée. En effet, le passage de 1 à 2 (+100%) donne une information identique à l’augmentation de 1.000 à 2.000 (+100%). Supposons que ces chiffres représentent le nombre de personnes hospitalisées dans votre commune, vous admettrez que votre réaction ne sera pas pareille selon le cas ! Le risque de débordement des hôpitaux n’est pas du tout le même.

La raison de mon inquiétude, c’est la publication quotidienne de chiffres superlatifs qui peuvent être démesurés par rapport à la réalité concrète. Mon argumentation sur la proportionnalité entre les faits bruts et leur communication a été abondamment relayée dans la presse et semble avoir été comprise. L’objection qui m’est faite est cependant que ce chiffre existe bel et bien, qu’il n’est ni faux ni inventé, et que ce n’est pas le moment de rassurer car si le niveau d’anxiété de la population venait à diminuer, la vigilance générale s’évaporerait.

Grand moment d’humilité: le 7 août, malgré la répercussion de mes remarques dans les médias et une tendance consensuelle apparaissant chez les experts (francophones en tout cas), je constate qu’une nouvelle représentation accompagne les infos quotidiennes. Non seulement on maintient l’évolution de la variation en exergue, mais on la présente maintenant en graphique, ce qui lui donne encore plus d’impact.

Qui donc, au cas où il/elle serait rasséréné/e par le graphique du haut, ne se laissera pas convaincre par celui du bas de l’évidence que nous affrontons bien une deuxième vague quasi aussi forte que la première…?

(Si j’étais facétieux, j’attirerais l’attention sur le fait que, depuis 2 jours, on est en négatif !! Mais ce serait malhonnête: la critique pour les chiffres négatifs est la même que pour les positifs, ils indiquent un ralentissement de la croissance et non une décroissance ! 🤗)

C’est plus clair ? 🤔