Faut-il s’inquiéter de l’augmentation des “nouveaux cas” de COVID-19 en Belgique ?

J’aimerais pouvoir examiner cette question objectivement, en me tenant aux faits et à des données certifiées, sans m’aventurer dans des interprétations hasardeuses ni faire de prédictions. Un exemple: je ne parle pas de deuxième vague. Je sais qu’elle peut venir mais actuellement, je ne la vois pas vraiment. J’espère ainsi pouvoir partager mon analyse sans me faire incendier sur les réseaux sociaux…

Souvenons-nous: ce qui a poussé nos autorités à imposer un ‘lock down’ en mars-avril, c’est l’augmentation subite et inquiétante des admissions hospitalières et la perspective d’un débordement des capacités d’assurer les soins adéquats.

Graphique officiel de mortalité annuelle en Belgique
révélant le pic de sur-mortalité attribuable à la COVID-19 en avril 2020.

A cet égard (et malgré bon nombre de ‘couacs’ tels que la saga des masques ou – beaucoup plus dramatique – la négligence inexplicable vis-à-vis des maisons de repos), la politique de prévention mise en œuvre en mars 2020 a eu des effets incontestables et ramené la mortalité au niveau des autres années. On doit s’en réjouir. Elle aurait même exercé un effet favorable sur les affections par les autres virus respiratoires “courants” et sur les naissances prématurées…

Toutefois, sa prolongation, même atténuée, pose question, pour toutes sortes de raisons auxquelles chacun pense, sur le plan économique notamment et en particulier chez les plus démunis, mais également sur le plan sociologique, psychologique et éducationnel (pour les enfants et les adolescents) ou tout simplement sur le plan de la prévention et/où du suivi des autres pathologies, négligées en raison des priorités mais aussi à cause de la peur qu’inspire le passage à l’hôpital ou la visite chez le médecin.

Pour toutes ces raisons, il devient impérieux de reconsidérer la stratégie, en gardant bien en point de mire ses objectifs de départ.

Aujourd’hui, il existe bien un rebond (différent d’une seconde vague, tout le monde comprendra), en ce sens que de nouvelles contaminations apparaissent (cf. graphique ci-dessous, en haut à g.). C’est ici qu’il faut rappeler qu’être contaminé ne veut pas toujours dire être malade, la grande majorité d’infections par le SARS-CoV-2 s’averant asymptomatiques, et que l’objectivité exige que : 1) quand on rapporte les nombres de confirmations de tests positifs (qu’on appelle malheureusement “nouveaux cas confirmés”), on les accompagne toujours du pourcentage des tests réalisés qu’ils représentent; 2) quand on annonce le nombre de cas quotidiens comme moyenne de 7 jours, on cesse d’entretenir l’anxiété en parlant non pas du pourcentage d’augmentation par rapport à l’augmentation précédente, mais plutôt par rapport au nombre cumulé précédent.

Toutefois, ce ne sont pas les nouvelles contaminations qui appellent tant notre vigilance, mais plutôt le critère qui a provoqué le confinement, à savoir l’hospitalisation (en haut à dr.) et la capacité des hôpitaux de gérer l’afflux. Ce critère-là est incontestablement très limité, même si on ne peut nier un début d’augmentation. Aussi n’oserais-je me risquer à encourager un déconfinement complet à ce stade, cela va de soi.

Evolution de 4 caractéristiques de l’épidémie de SARS-CoV-2 (Sciensano, 02/08/2020)
1) nouvelles détections du virus, 2) admissions à l’hôpital, 3) nombre de patients en unité de soins intensifs et 4) nombre de décès.

Aujourd’hui , de plus en plus de personnes sont testées. Même si le nombre de tests par jour n’augmente pas significativement (et c’est dommage, il devrait, pour bien faire), le nombre cumulé de personnes testées augmente chaque jour. Il n’est donc pas surprenant de voir augmenter le nombre de cas. Il aurait fallu que le virus disparaisse magiquement de la population pour qu’on ne le dépiste plus. Par conséquent, nous devons nous re-focaliser plutôt sur la statistique des hospitalisations et tenir celle-là à l’œil.

Il convient donc de :

Surveiller les hospitalisations, les admissions dans les unités de soins intensifs (en bas à g.) et, bien entendu, les décès documentés comme étant dûs au virus (en bas à dr.), voilà l’objectif numéro un.

• En cas d’augmentation préoccupante des admissions à l’hôpital, rechercher le foyer de dispersion, le circonscrire clairement et y appliquer des consignes de sécurité extrêmement rigoureuses le temps nécessaire.

Relâcher progressivement les contraintes dans les zones “vertes” à l’échelon communal, tout en maintenant la vigilance et un testing régulier et massif. On m’objectera que tester tout le monde et à intervalles réguliers coûte cher, certes, mais certainement beaucoup moins que ce que vont coûter tous les effets collatéraux du confinement et d’un déconfinement lent et affligé de marches-arrière. Au départ, un ciblage est envisageable avec des priorités bien définies en fonction des populations les plus à risque, jusqu’à une généralisation des tests avec une périodicité à établir. Aucun test n’est rigoureusement infaillible, mais ceux qui sont actuellement développés en Belgique-même sont extrêmement performants, ils sont généralement adoptés à l’étranger et devraient, par raison d’Etat, bénéficier d’un assouplissement des complications administratives permettant une mise en application rapide.

Établir une stratégie quant à la conséquence de la positivité des tests. Pour cela, il importe de bien différencier les tests de présence virale (test de détection, PCR et dérivés, isolément du virus, etc.) des test de l’immunisation potentielle (tests sérologiques de détection d’anticorps). La logique voudrait l’application, pour les personnes ayant un test de dépistage positif, d’une «quatorzaine» bien comprise, pour laquelle l’élément majeur pourrait effectivement être la fameuse bulle limitant les contacts, la distanciation et le port impératif du masque, le confinement complet étant idéal. Pour les personnes chez qui on trouve des anticorps anti-SARS-CoV-2, il existe toujours un débat quant à leur contagiosité, mais en première approche, on peut, jusqu’à preuve du contraire, les considérer comme «guéris», même si cette expression doit faire bondir certains spécialistes.

En résumé, le confinement a rempli son objectif et a permis d’amoindrir et d’écourter le pic de l’épidémie dans le pays. Il a évidemment mis la population sous cloche et, depuis le début, on sait que soulever la cloche pour laisser les gens revivre normalement sera un défi terriblement compliqué, puisqu’on sait qu’on n’aura pas éradiqué le virus. Remettre la cloche, même partiellement, ne fait que reporter le problème et prolonger, voire aggraver les difficultés collatérales.

Les formes sérieuses de la maladie, nécessitant une hospitalisation et, dans certains cas, des soins intensifs, doivent être dans le collimateur pendant que, grâce à des tests à grande échelle, une meilleure connaissance de la circulation du virus doit être établie.