Petite illustration de la logique des précautions sanitaires actuellement mises en place en Belgique pour maintenir la propagation du Covid-19 dans le champ de capacité de soins.


Il faut comprendre que le succès de l’opération n’assure pas – ou très peu – la diminution du nombre total de personnes infectées, mais étale dans le temps l’épisode épidémique.

En conséquence:

  • pas de débordement du système de soins, les personnes à risque seront prises en charge et, pour la plupart, soignées de façon satisfaisante, la mortalité sera considérablement diminuée;
  • l’épisode, à l’échelle de la population, durera plus longtemps, il faudra patienter avant un retour à la normale.

En conclusion: au prix d’une prolongation de la période épidémique, les fatalités seront limitées au maximum.

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Quelques précisions sur les difficultés que l’on rencontre pour prévoir l’évolution locale de l’épidémie.

Représentation des différents groupes de population durant une épidémie infectieuse. En ordonnées: la gravité des symptômes
1. Décédés.
2. Malades (symptomatiques).
3. Porteurs du virus asymptomatiques.

Lors d’un épisode épidémique, on distingue plusieurs catégories de population, à commencer par deux principales: les infectés et les non-infectés.

Parmi les infectés, certains sont asymptomatiques, également appelés porteurs sains (catégorie 3). On ne peut évidemment les distinguer des non-infectés puisqu’ils ne se plaignent de rien. Seul un dépistage, à supposer qu’il soit suffisamment sensible, peut permettre d’en avoir le cœur net. Toutefois, ceci nécessiterait de tester toute la population, ce qui est – financièrement et techniquement – irréalisable à l’heure actuelle.

Les grandes difficultés rencontrées aujourd’hui et qui entretiennent une grande confusion sont liées directement à la méconnaissance que nous avons des proportions relatives de ces catégories d’infectés 2 et 3 mais également de la proportion de non-infectés.

Les porteurs asymptomatiques (catégorie 3) sont potentiellement contagieux. Ils le sont moins que les symptomatiques puisque, dans le cas particulier du Coronavirus Covid-19, ils ne toussent ni n’éternuent (deux des symptômes essentiels avec la fièvre, les douleurs musculaires et les difficultés respiratoires). Mais on ne peut exclure qu’ils transmettent le virus. Ils constituent, sans qu’on puisse les identifier, un groupe potentiellement dangereux dont on n’a pas de raisons de se méfier a priori. Ce sont eux, ainsi que les faiblement symptomatiques non encore fébriles qui sont, à leur insu, responsables de la rapidité de la progression du virus.

Le Coronavirus responsable du Covid-19 est très généralement bénin, au sens où la majorité des personnes malade n’est pas très lourdement affectée et où, si les soins adéquats sont prodigués à temps, très peu de patients atteignent la catégorie 3 et décèdent (il s’agit toujours de personnes dont le système respiratoire est endommagé ou dont le système immunitaire est défaillant), mais en outre, les symptômes qu’il provoque sont très semblables à ceux qu’occasionnent les plus de 140 autres sortes de virus respiratoires (rhinovirus, adenovirus, influenzavirus, etc.). Se trouver dans la catégorie 2 des porteurs symptomatiques ne veut donc pas encore dire qu’on est infecté par ce Coronavirus. Là également, un test de confirmation est nécessaire.

On le comprend, savoir exactement où on en est n’est pas simple. Beaucoup d’erreurs d’appréciation sont possibles. Dans le doute, il convient donc, dès que l’épidémie s’avère galopante, de prendre des mesures strictes en considérant toute la population comme potentiellement contaminante, sans exception (sauf celle, encore rare mais qui va grandir, des patients diagnostiqués avec précision et guéris). C’est ce qui justifie les mesures extrêmes prises par les autorités belges responsables ce 12 mars 2020 dont l’objectif est de ralentir la progression de l’infection et l’étaler pour ne pas dépasser les capacités actuelles de gestion médicale de la pandémie.