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L’épidémie du Coronavirus Covid-19 et l’« infodémie » qu’il provoque, avec ses informations, parfois exactes et souvent fausses, a réveillé chez moi le souvenir d’un livre que j’ai co-écrit en 1984 et dont un chapitre était consacré aux Coronaviridae. A cette époque, ces virus n’avaient guère fait parler d’eux et n’inquiétaient personne.

Cet ouvrage a maintenant 35 ans et on pourrait penser que, dans ce domaine, il devrait être complètement dépassé. En fait, il n’en est rien, il est fréquemment cité et bon nombre de demandes de tirés-à-part me parviennent encore, avec une recrudescence ces dernières semaines. Depuis la parution de cet ouvrage, beaucoup de travaux ont fait avancer les connaissances sur la régulation moléculaire de la réplication des coronavirus, surtout avec les épidémies de SRAS en 2002 puis de MERS en 2012, dues à des membres de la même famille. Toutefois, le processus d’assemblage viral décrit dans notre ouvrage, un processus important pour le développement d’anti-viraux, reste toujours d’actualité et le schéma qui l’accompagne est encore parfaitement valable.

Pour tenter de répondre aux demandes des lecteurs potentiels, je me suis renseigné sur la disponibilité actuelle du livre. Springer le vend sous forme électronique au prix de 71,68 €. Google Play le met à disposition sous forme d’e-book également pour 64,55 €. Il est également disponible sur Amazon.com, mais pour la somme astronomique de 111 €. Il n’y est plus disponible en téléchargement (c’est récent, il était encore téléchargeable la semaine dernière, ce qui est étrange car dans un monde virtuel, on ne voit pas très bien ce que signifie « épuisé ». Pour être précis, il ne s’agit pas de « en rupture de stock » mais de « actuellement indisponible », ce qui est encore plus suspect). Mettons-nous à la place d’un chercheur avide d’informations sur ce virus et à qui on a dit qu’il est toujours valable aujourd’hui. Il aimerait pouvoir vérifier ce qu’il contient. Payer une telle somme d’argent juste pour essayer de savoir si un livre scientifique de 35 ans présente encore un intérêt n’est vraiment pas possible pour la plupart des chercheurs qui doivent vérifier un grand nombre d’articles, de chapitres et de livres. Et c’est ainsi que les informations, aussi intéressantes soient-elles, ne circulent pas.

Irrité de savoir qu’en cette période d’épi/info-démie, l’accès à une information scientifique pouvant être importante, voire même simplement utile, soit toujours, après 35 ans, derrière une barrière de péage, à un tarif incontestablement excessif, j’ai décidé d’en faire le dépôt dans l’archive institutionnelle de mon université, ORBi-ULiège pour que chacun puisse y accéder librement (merci Dominique Chalono, pour l’aide). En bons scientifiques, mes co-auteures (Kathryn V. Holmes, de l’Université du Colorado à Denver, à l’époque à l’Uniformed Service University à Bethesda, Maryland et la regrettée Monique Dubois-Dalcq, du NIH, Bethesda, Maryland) ni moi ne bénéficiant de droit d’auteur, c’est sans hésitation que j’ai mis à la disposition du public (qui, à l’époque, a investi dans ce travail), le chapitre consacré aux Coronavirus.

Depuis lors, ces derniers jours, l’éditeur Springer Nature à rendu accessible ce chapitre (sans demander leur avis aux auteurs, et sans même les informer, cela va sans dire !) dans le cadre d’une volonté de donner à chacun l’accès libre en ligne à toute la littérature scientifique qu’ils publient ou qu’ils ont publié sur les Coronavirus. Je constate qu’il en va de même pour les Rétroviridæ, une décision probablement antérieure et liée à la propagation du VIH/SIDA. A quand donc les Orthomyxoviridæ (dont le virus influenza responsable de la grippe)? Et pourquoi pas tous les autres chapitres (les Rhabdoviridæ et la rage, les Paramyxoviridæ et la rougeole ou les oreillons, les Bunyaviridæ et le hantavirus ou le virus de la vallée du Rift, les Arenaviridæ et les virus des fièvres hémorragiques, les Togaviridæ et la rubéole ou les virus transmis par arthropodes, les Rotaviridæ et le rotavirus) après 35 ans derrière un péage? Chacun de ces chapitres peut être téléchargé pour 30,19 € !
Un jour, on se demandera comment il a été possible d’autoriser ainsi la séquestration des connaissances contre paiement pendant des décennies et pourquoi on ne les a libérées que sous la pression d’une angoisse collective. Angoisse planétaire face à un virus particulier alors que plusieurs autres virus de la liste font également des ravages mais, bien sûr, seulement dans les pays tropico-équatoriaux….

Comme la bibliographie regroupe à la fin du livre l’ensemble des références de tous les chapitres confondus, elle a été placée en annexe dans un document séparé. Je présente mes excuses au lecteur pour l’incapacité dans laquelle il se trouve de réutiliser du texte ou des photos, le pdf n’est en effet pas « fouillable » (searchable), notre manuscrit original étant à présent introuvable. Le PDF de l’éditeur, outre qu’il soit d’une piètre qualité, n’est pas plus explorable. Quel dommage…