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Peut-être est-ce dû au congé de Printemps, mais je suis étonné du peu de réactions dans les médias – sociaux ou non – à propos de deux récentes initiatives de la Communauté Européenne, à savoir:

– le lancement d’un appel d’offre pour la mise en place d’une plateforme publique de publication scientifique;

– la création d’un « EU Open Science Monitor » accompagnée d’un appel à contrat de consultance « afin de déterminer la portée scientifique ouverte, la nature, les impacts sur la science et les connaissances scientifiques, et leurs impacts socio-économiques. […] Cela fournira une vue fondée sur des preuves de l’évolution de la science ouverte et devrait faciliter l’élaboration de politiques ».
Voilà deux belles idées a priori, dont chacun devrait se réjouir.

Mais, à mieux lire, on découvre à chacune ses bémols, toujours regrettables, parfois scandaleux, mais révélateurs de la mentalité qui règne en maître au sein des structures de gouvernance européennes et qui place l’économie du profit devant l’intérêt collectif…

1. La plateforme ouverte de publication sera réservée aux bénéficiaires des financements hyper-sélectifs du programme H2020. C’est certes une restriction compréhensible de la part d’un organisme finançant, mais c’est aussi une occasion manquée de constituer une gigantesque vitrine ouverte de la production scientifique européenne et une solution au problème grandissant de la publication scientifique séquestrée aujourd’hui encore par les puissances de l’argent. Il est vrai que l’hyper-puissant lobby des éditeurs supranationaux n’aurait jamais laissé l’Europe poser un geste aussi défiant à leur égard.

2. La Communauté Européenne a décidé, pour construire cette plateforme « publique », de faire appel au privé, en imposant des revenus minimums d’un million d’Euro durant les deux derniers exercices, ce qui va évidemment limiter considérablement l’éventail des candidatures et empêcher toute initiative publique ou associative de se mettre dans les conditions requises. On devine donc tout de suite à qui cette plateforme sera confiée. Vous avez dit ‘éviter le conflit d’intérêt’?

3. Pour l’aider à constituer l’Open Science Monitor et en alimenter la réflexion, la Communauté Européenne a choisi une compétence particulière: celle… d’Elsevier. C’est donc l’archétype du capital carnassier en matière de communication scientifique qui mettra son immense expertise dans l’art de combattre par tous les moyens l’ouverture de la science au service d’une réflexion sur le futur de la recherche européenne… Vous avez dit ‘éviter le conflit d’intérêt’?

Je sais pertinemment que « plus c’est gros, plus ça passe » mais tout de même… Ces initiatives cruciales pour la recherche européenne sont tellement verrouillées, cadenassées, neutralisées avant même d’être émises que le silence relatif qui accompagne leur divulgation m’étonne.