Une adolescente de 16 ans non vaccinée meurt de la rougeole. Triste constat. Que faut-il en penser ?

En 1976, aux USA, j’ai commencé mes recherches sur la rougeole et en particulier sur les ravages que le virus pouvait causer dans le système nerveux.
Ceci m’a amené à comprendre et expliquer le mécanisme de la latence du virus et celui qui conduisait à la panencéphalite sclérosante subaiguë (PESS, en anglais SSPE), une maladie très rare tuant 1 enfant par million après des années de dégénérescence progressive, une horreur.
Mais le risque majeur, à l’époque, était l’encéphalite rougeoleuse aiguë, beaucoup plus fréquente (1 cas sur 1.000), foudroyante et mortelle.

En 1985, j’ai cessé de me préoccuper de la rougeole, car la vaccination devenant généralisée (et obligatoire pour entrer à l’école aux USA), la panencéphalite avait disparu des pays où l’on vaccinait, et l’encéphalite également, du moins chez les vaccinés. Ce n’était plus un problème, cela n’intéressait plus personne et obtenir du financement pour une recherche sur un virus qui ne faisait plus parler de lui devenait quasi impossible.

La rougeole est donc devenue un non-problème depuis 30 ans. Les moins-de-40 ans n’ont jamais vu ces cas qui étaient si courants lorsque ma génération était jeune. Les nouveaux médecins non plus, évidemment. Quand une maladie est un non-problème, il est très difficile de faire comprendre au public la nécessité de maintenir une politique de vaccination universelle. Le paradoxe survient lorsque le risque inhérent à la vaccination, infiniment moindre que celui de la maladie au départ, devient supérieur à celui-ci grâce au vaccin ! La logique individuelle est alors de ne pas faire courir le risque de la vaccination à un enfant qui ne risque plus de contracter la maladie puisque le virus ne circule plus. Le vaccin semble inutile.

Mais un argument contredit cette logique et est généralement mal connu: le virus n’est pas éradiqué.
Il reste des régions du monde où le virus circule comme il le faisait chez nous avant la vaccination. Les voyages étant ce qu’ils sont aujourd’hui, le virus peut être rapidement réintroduit par quelqu’un qui vient ou revient d’une région où le virus circule. Celui-ci trouvera alors un terrain accueillant chez les non-vaccinés et des accidents comme celui de cette jeune fille vont se multiplier.

Tant que le virus n’est pas éradiqué (le seul qui le soit est celui de la variole, depuis 1978, justifiant l’arrêt mondial de la vaccination anti-variolique), c’est à dire n’a pas complètement disparu de toute la planète, nous sommes tous tenus d’être vaccinés. Par chance, une seule vaccination par enfant suffit à créer l’immunisation collective pour toute la vie.
Tout écart par rapport à cette règle se paie cash.

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