L’association des éditeurs belges (ADEB) entre en résistance contre l’avant-projet de décret de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il est clair qu’ils sont victimes des abus outrageux commis par les toutes grandes maisons internationales qui pratiquent des augmentations annuelles de prix et affichent fièrement des profits de plus de 40%, des méfaits qu’on ne peut leur reprocher. Le ras-le-bol causé par les requins de l’édition (Elsevier, Wiley, Springer et consorts) jette l’opprobre sur toute la profession, souvent injustement, et en fait subir à tous les conséquences fâcheuses. Néanmoins la combinaison de plusieurs facteurs, à savoir cet agacement extrême, le progrès technique de la communication électronique, le souci croissant du respect d’une éthique scientifique plus stricte, le besoin de réduire la pléthore d’articles et d’en améliorer la qualité, ouvre toutes grandes les portes d’une nouvelle ère, généralement appelée « Science Ouverte » (Open Science). Cette évolution est inexorable et personne ne parviendra, sous aucun prétexte, à l’empêcher de prendre le pas sur les pratiques désormais anciennes. Il s’agit ici d’un phénomène extrêmement répandu sous le nom de « désintermédiation-réintermédiation » que connaissent bien les banques, les opérateurs de télécommunication, les compagnies aériennes, les librairies et beaucoup de marchands au détail, pour lesquels l’Internet a déstructuré le modèle d’affaires. Rien de très particulier ici, donc.

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Aucun « business model » n’a jamais résisté à l’évolution des techniques. La jante en polymère et le pneu ont remplacé la roue en bois cerclée de métal qui était pourtant, et pendant des siècles, une véritable merveille. Et ceci au grand dam des fabricants de roues de carrosse. Ceux d’entre eux qui s’en sont bien sortis sont ceux qui ont fait preuve d’adaptabilité et qui ont reconverti leurs activités dans une ligne plus en phase avec les nouvelles tendances. Qu’on me comprenne bien, j’ai le plus grand respect pour les fabricants de roues de carrosse, qui ont rempli leur rôle en temps utile. Ma parabole n’a rien de méprisant pour les métiers disparus ou en voie de disparition (ou de transformation). Elle vise seulement à faire comprendre que c’est le progrès qui dirige, dans la mesure où il crée des options plus efficaces, plus rapides et plus accessibles à tous, bref, mieux adaptés. Les modèles d’affaires doivent donc évoluer en conséquence, soit en montrant la voie, soit en la suivant de près.

Qu’on le veuille ou non, les nouvelles générations de chercheurs vont communiquer en utilisant les moyens modernes dont elles disposent déjà aujourd’hui. L’Internet est gratuit et immédiat. La nécessité d’intermédiaires comme les maisons d’édition ne reposera bientôt plus que sur l’habitude paresseuse des évaluateurs de la recherche qui consiste à soi-disant « mesurer » le prestige des journaux dans lesquels les chercheurs parviennent à publier leurs travaux et d’attribuer cette « valeur » à l’objet de l’évaluation (un chercheur, une équipe, un projet, etc.).

L’argument des éditeurs pour conserver leur quasi-monopole actuel est qu’ils seraient les seuls à pouvoir assurer la révision par les pairs, c’est-à-dire le contrôle de qualité, faisant mine d’oublier qu’ils confient la totalité de cette tâche à des chercheurs qui s’en acquittent pour eux gracieusement et par pur intérêt scientifique (ceux-là ont anonymement la primeur de l’information en exclusivité, ce qui ne manque pas de poser des problèmes éthiques, mais ceci est encore une autre question).

Dans un monde idéal, les publications scientifiques devraient être déposées sur des plateformes publiques non-commerciales, être soumises à la critique par les pairs de manière totalement ouverte, être modifiables en versions datées et numérotées successives en fonction de l’évolution des travaux de l’auteur mais également en fonction des critiques (positives autant que négatives) du monde scientifique compétent. En d’autres termes, la publication de recherche devrait reproduire exactement la méthode que les chercheurs appliquent depuis toujours dans les congrès scientifiques où la critique est ouverte et personnalisée.

Image: http://amorasterix.over-blog.com/article-25744931.html
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