Invité comme keynote speaker à un symposium panafricain sur l’accès libre (Open Access) aux publications scientifiques (cela ne vous surprendra guère: je vous casse régulièrement les pieds avec ce sujet que, dans un article récent de la Libre Belgique, on qualifiait gentiment d’obsessionnel…), j’ai vécu quatre journées exceptionnelles.
En effet, si j’ai toujours défendu l’Open Access comme mouvement de justice sociale, et même si j’ai toujours prétendu que c’était particulièrement dans les universités des pays en développement que le besoin s’en faisait le plus absolument sentir, se retrouver face aux réalités de spécialistes de la documentation scientifique d’un peu tous les pays d’Afrique laisse pantois.
Bien formés et bien informés, ils sont confrontés à une quasi incapacité de se procurer toute source d’information pourtant indispensable et l’Open Access est, pour eux, une vraie solution quasi miraculeuse.
Et pourtant, à l’heure actuelle, l’Open Access ayant solidement progressé, il ne peuvent accéder gratuitement, comme nous, qu’à peine à la moitié de la littérature scientifique. Et à une proportion encore bien plus réduite aux manuels de cours et aux livres dont les étudiants ont besoin. C’est un immense progrès, partant de zéro il y a peu, mais c’est un manque qu’ils ne peuvent pallier faute de moyens.
En outre, une deuxième difficulté survient: comment donner accès à des milliers d’étudiants et de chercheurs aux ressources informatiques, l’équipement moderne et mis à jour faisant terriblement défaut.
Enfin un troisième écueil se présente: la résistance obstinée du monde Académique d’admettre le changement de paradigme de la diffusion du savoir que nous vivons actuellement.
Ces trois difficultés, nous les rencontrons toutes également, mais à un degré considérablement moindre, sauf peut-être la troisième…
Quoi qu’il en soit, je n’ai jamais caché ma conviction absolue de la nécessité d’une évolution de la diffusion des connaissances, de l’exigence d’un accès gratuit au savoir qui permet d’éviter toute discrimination sur la base des moyens financiers disponibles et de la nécessité de modifier totalement nos critères d’évaluation de la recherche et des chercheurs. Mais aujourd’hui, cette conviction n’en est que plus considérablement renforcée. Et elle se double d’une colère, d’une rage même, face à l’indifférence et au mépris ainsi qu’aux manœuvres d’intoxication intellectuelle que font subir les multinationales de l’édition, aveuglées par leurs profits excessifs et scandaleux aux chercheurs des pays en développement. Certes, elles se défendent en prétendant leur octroyer des conditions particulièrement avantageuses, mais cette ligne de défense ne tient pas à l’épreuve de l’analyse.

If there’s any document that should be free, it is knowledge about your basic rights” (Albie SACHS, Capetown 5/12/2016).

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