[© Benedicte, L’Hebdo]

En une grosse semaine, on a dit et écrit une multitude de choses sur le Brexit. Tout et son contraire, ou presque.

Voici une analyse qui, personnellement, me parle. Son auteur exprime à merveille ce que je pense mais le formule bien mieux que je ne pourrais le faire.

Je partage l’idée qu’un référendum sur un sujet aussi important et complexe, provoquant des conséquences énormes et même planétaires, est non seulement une folie, mais également un déni du processus démocratique tel qu’on le conçoit dans nos pays.

Notre démocratie est fondée sur la représentation: nous élisons des représentants chargés de s’occuper des affaires communes, d’en étudier les tenants et aboutissants et de prendre les décisions en connaissance de cause. Certes ils/elles font cela plus ou moins bien, parfois très mal, mais notre responsabilité leur est déléguée. Si nous n’en sommes pas contents, il existe une sanction électorale. Personne ne peut, en principe, garder cette représentation ainsi que le rôle , les avantages et les charges que cela implique, au delà du terme électoral sans ré-élection.
Il n’y a aucune raison, quel qu’en soit le motif, d’organiser une consultation directe: elle remet en cause le système, ce qui est dangereux (qu’on l’aime ou non), elle l’invalide de facto (pourquoi pas un référendum sur chaque question qui se pose, alors?) et elle accorde le pouvoir de décision à une minorité mal instruite de la question et de ses conséquences. En effet, en n’imposant pas une majorité des 2/3 des votants comme pour changer une constitution et en ne rendant pas le vote obligatoire, on en arrive à une décision capitale prise par 34% de la population.
Bien évidemment, on rappellera que le Royaume-Uni s’apprête à quitter une embarcation dans laquelle il n’a jamais eu qu’un pied, l’autre restant à quai, empêchant ainsi le bateau de naviguer à sa guise, et qu’il est préférable qu’il le quitte. D’autres diront le contraire.

Mais le propos n’est pas là, il est dans le fait que ce référendum-ci, sans doute plus que tout autre avant lui, démontre qu’il constitue un outil fondé sur une illusion démocratique, en réalité purement démagogique, et qu’il devient une arme redoutable capable d’exploser dans les mains de celui qui s’en sert et de le volatiliser politiquement. Ceci n’est toutefois qu’un moindre mal (il est bon que les manipulateurs de la démocratie se volatilisent), c’est bien peu de chose en regard de la réaction en chaîne que cette explosion peut déclencher pour une nation, un continent et peut-être le monde entier.

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