Le contexte :

En juillet 2012, la Commission Européenne (C.E.) a publié la recommandation aux États Membres de développer et mettre en œuvre une politique et des stratégies qui garantissent l’accès libre (Open Access, OA) à toutes les productions scientifiques financées par les deniers publics.

Cette initiative de la Commission est de première importance. Elle fixe, au niveau du continent, la norme de l’accès libre comme une obligation et elle se reflète déjà, de manière pour le moins vigoureuse, dans les conditions obligatoires du huitième programme-cadre européen, « Horizon 2020« . Tous les candidats à une subvention H2020 devront donc s’engager à rendre librement accessible les résultats de leurs recherches accomplies dans ce cadre (tout en pouvant les publier dans le journal de leur choix).

La mise en œuvre :

Les 2 et 3 décembre derniers se réunissaient au Birkbeck College de Londres les membres du programme européen PASTEUR4OA (Open Access Policy Alignment Strategies for European Union Research) dont l’association EOS (Enabling Open Scholarship, Aisbl) que je préside est l’initiateur et dont l’objectif est de soutenir en pratique la recommandation de la C.E.

Une harmonisation et une coordination entre les États Membres sont les étapes indispensables de la mise en œuvre de la recommandation.
Le projet PASTEUR4OA a reçu de la C.E. la responsabilité d’aider au développement et de renforcer les stratégies et les politiques nationales et de faciliter leur coordination.
Il doit établir un réseau de centres d’expertise dans les États Membres qui développera un programme coordonné et collaboratif d’activités en soutien de l’application de la recommandation dans chaque État, sous le contrôle de partenaires du projet.
Les deux journées de Londres ont permis de faire le point sur l’avancement du projet, mis en route depuis février 2014 et de lancer officiellement le réseau européen « The Knowledge Net » qui aura en charge sa coordination et son suivi.

La « voie verte » doit se généraliser, sous sa forme la plus radicale :

Le « modèle liégeois », à savoir la politique établie à l’ULg depuis 2007 limitant les publications prises en compte pour toute évaluation à celles qui sont librement accessibles sur le dépôt institutionnel (ORBi) est considéré par tous les participants comme le modèle idéal. Il distingue la politique de l’ULg de celle des autres institutions qui ont rendu le dépôt obligatoire sans l’imposer effectivement (sauf à Luxembourg et au Minho, Portugal, qui exercent la même fermeté).

Le degré de « compliance » à l’ULg est le plus élevé du monde: 87% selon les experts canadiens qui procèdent régulièrement à l’analyse (celle-ci consiste à dénombrer les articles publiés par une institution qui se trouvent dans les répertoires Web of Science et Scopus et sont absents du répertoire institutionnel. La méthode est donc approximative car tout n’est pas repris dans ces répertoires, en particulier les articles qui ne sont pas en langue anglaise ou relevant de divers domaines de sciences humaines, mais elle est très indicative) et même 89% pour les articles de plus de 2 ans.
Une comparaison entre les trois grands dépôts institutionnels belges francophones est édifiante à cet égard, en ceci qu’elle montre clairement la faible proportion de dépôts de contenu en texte intégral lorsqu’une incitation relativement comminatoire n’est pas appliquée (ULB*: 17%; UCL*: 27%; ULg: 62% mais, à Liège, le dépôt ORBi n’accepte pas les entrées d’articles de périodiques plus récents que 2001 s’ils ne sont pas en texte intégral) (*: données FNRS, nov. 2014).

Si toutes les universités appliquaient le même modèle, l’harmonisation serait complète et l’application de la directive homogène et efficace. Toutefois, la difficulté réside dans la grande variété de situations dans les différents pays, le degré d’information et la prise de conscience de la question par les personnalités politiques en charge, le degré d’autorité des recteurs ou présidents et la réalisation de l’ampleur de l’enjeu…

Le défi :

PASTEUR4OA et son réseau « The Knowledge Net » vont donc devoir accomplir ce tour de force, qui consistera à rapprocher le plus possible les politiques nationales afin de placer les universités en position idéale pour que leurs membres puissent accéder aux fonds de recherche européens.

image

Publicités